LE 360. Une question ? Une réponse. Ce jeudi, démarre le conclave réunissant syndicats et patronats dans le but d’amender la dernière réforme des retraites. Voici les principaux points à négocier.Un « conclave » pour amender la dernière réforme des retraites. C'est l'idée de la réunion qui démarre ce jeudi entre syndicats et patronats. Adoptée aux forceps en utilisant l'article 49.3 de la Constitution, la dernière loi avait notamment porté l'âge de départ de 62 à 64 ans.
Un arbitrage fortement contesté par la plupart des syndicats de salariés, qui y ont vu un recul social sans précédent. À la mi-janvier, le nouveau Premier ministre, François Bayrou, s'est donc résolu à revenir sur le texte contesté en permettant une nouvelle renégociation « sans aucun tabou ».
🔎Pourquoi parle-t-on de « conclave » ?
Tiré du latin cum clavis (avec clé), le mot évoque d'abord une « pièce fermée à clé », avant de se transformer en symbole d'une réunion secrète où se prennent des décisions capitales. Il désigne le plus souvent l'assemblée des cardinaux réunis pour élire un pape, dans le recueillement de la prière, loin du tumulte et des influences du monde profane.
Le dialogue politique peut se targuer d'un vocabulaire particulièrement fourni : accords de Grenelle, négociations, concertations du Ségur, forums citoyens, convention citoyenne... une multiplicité de termes qui porte en elle la difficulté actuelle du dialogue social.
🔬 Que veulent renégocier les syndicats ?
Pour les syndicats, la priorité est très claire : revenir en arrière sur l'âge de départ à la retraite, fixé désormais à 64 ans. La numéro 1 de la CFDT, Marylise Léon, a dit attendre « un bouger sur l'âge légal, la reconnaissance des métiers pénibles », mais aussi l'amélioration des droits des femmes.
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La dirigeante de la CGT, Sophie Binet, veut aller encore plus loin. « L'objectif de la CGT » est toujours « d'abroger cette réforme injuste et violente », ce qui coûterait « 10 milliards d'euros ». Un chiffre selon elle « tout à fait soutenable » pour les finances de l'Etat.
🙅‍♂️ Que ne veut pas renégocier le patronat ?
Reculer l'âge, justement. Le président du Medef, Patrick Martin a estimé dimanche dernier qu'il faudrait « a minima » maintenir à 64 ans l'âge légal de départ à la retraite. Voir « le pousser un peu plus loin ». Pour Patrick Martin, il faut « réinventer le financement » des régimes de protection sociale dans leur ensemble.
Même son de cloche du gouvernement qui alerte sur le coût d'une telle mesure pour les finances publiques. « Si c'est pour déséquilibrer plus encore le système de retraite, je pense que c'est une erreur très grave (...) pour nos propres finances publiques, pour le refinancement de notre dette », a ainsi expliqué dimanche dernier le ministre délégué chargé du Commerce extérieur, Laurent Saint-Martin.
La ministre du Travail, Astrid Panosyan-Bouvet a toutefois estimé qu'il fallait « prendre en compte » la question des « carrières pénibles », des métiers « qui ne sont pas tenables toute une vie ».
🕺Les chiffres de la Cour des comptes dans la danse
Sollicitée par le Premier ministre, la Cour des comptes a publié un diagnostic financier du régime des retraites, en l'état. Un document « flash » sur lequel doivent s'appuyer les partenaires sociaux dans leur négociation.
D'après elle, la situation financière est « préoccupante », avec un déficit global des régimes de retraites qui atteindra 15 milliards en 2035, et jusqu'à 30 milliards en 2045. La Cour note aussi que l'accumulation des déficits contribuera au gonflement d'une dette qui atteindrait en 2045, 350 milliards d'euros pour le régime général, et 120 milliards pour les agents des fonctions publiques locales et hospitalières.
Plusieurs leviers sont possibles pour redresser la situation, selon la Cour des comptes, qui a tenté de chiffrer chaque option : relèvement ou abaissement de l'âge, hausse des cotisations salariales et patronales, durée de cotisation. Mais elle est s'est gardée de préconiser les choix « à privilégier ».