Réforme des retraites : va-t-on conclure en conclave ?

Le pape François à l'intérieur de la Basilique Saint-Pierre.
Reuters

Le pape François à l'intérieur de la Basilique Saint-Pierre.
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« Conclave » : il est fort à parier, à moins que vous ne soyez un habitué ou un passionné des us et coutumes du Vatican (ou les deux), que vous ayez davantage entendu ce mot ces derniers jours qu'à l'accoutumée.
Pour les communs des mortels, La Tribune propose un rapide tour d'horizon de ce mot, afin de vous expliquer son étymologie, son emploi, son usage, sa raison d'être, pour que la symbolique du conclave ne soit plus qu'une histoire de retraites ou d'experts du vocabulaire papal.
Tiré du latin cum clavis (avec clé), le mot évoque d'abord une « pièce fermée à clé », avant de se transformer en symbole d'une réunion secrète où se prennent des décisions capitales. Il désigne le plus souvent l'assemblée des cardinaux réunis pour élire un pape, dans le recueillement de la prière, loin du tumulte et des influences du monde profane.
Loin de toute pression ? L'histoire nous dit le contraire : jusqu'au XIIIe siècle, la population et les monarques européens s'immiscent dans l'élection de l'évêque de Rome, prolongeant parfois le processus au-delà du raisonnable. En 1216, les habitants de Pérouse s'inspirent d'une pratique venue du nord de l'Italie, consistant à isoler les participants pour hâter l'issue. Un demi-siècle plus tard, la population de Viterbe enferme les prélats au pain et à l'eau, puis sans toit, « afin de permettre aux influences divines [et à la pluie] de descendre plus librement sur leurs délibérations » et d'obtenir un prompt dénouement. Grégoire X est élu ; une tradition est née.
Dans La Fin de Satan, poème épique et religieux, Victor Hugo voit dans le conclave un « sanhédrin », un « sénat de prière / Qui s'assemble au lieu dit le conclavé de Pierre / Ce tribunal qui fait une haie à la loi / Qui seul sait le comment et seul dit le pourquoi, / Pour punir le blasphème a commis dix-neuf juges ». Dans Les Misérables, Victor Hugo évoque aussi ce conclave comme l'antichambre des ambitions : « Un évêque qui sait devenir archevêque, un archevêque qui sait devenir cardinal, vous emmène comme conclaviste (...). Toute calotte peut rêver la tiare. Le prêtre est de nos jours le seul homme qui puisse régulièrement devenir roi ; et quel roi ! le roi suprême. »
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François Bayrou, agrégé de lettres classiques, n'a cessé de faire référence à des philosophes tout au long de sa carrière politique. Montaigne d'abord, originaire comme lui du Sud-Ouest, « le Premier ministre voit en Montaigne une préfiguration du centrisme qu'il défend », écrit Philosophie magazine. Pascal, Charles Péguy... Le Premier ministre, féru d'histoire et de politique, avait certainement en tête la symbolique et les connotations littéraires du mot « conclave », mais la richesse du mot fera-t-elle le succès de l'homme ?
Le dialogue politique peut se targuer d'un vocabulaire particulièrement fourni : accords de Grenelle, négociations, concertations du Ségur, forums citoyens, convention citoyenne... une multiplicité de termes qui porte en elle la difficulté actuelle du dialogue social. Aujourd'hui, comment y arriver ? Par quelle voie y parvenir ? Va-t-on conclure en conclave ?
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Les partenaires sociaux sauront-ils transcender leurs intérêts particuliers pour s'aligner sur ceux du pays ? C'est en tout cas l'espoir de François Bayrou. Comme le rappelait Chateaubriand dans ses Mémoires d'outre-tombe : « Par son caractère universel qui n'a jamais eu de modèle ou d'exemple dans l'histoire, un conclave n'est pas le conseil d'un État particulier, mais celui d'une nation composée des nations les plus diverses et répandue sur la surface du globe. »
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