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ÉconomieFrance

Coronavirus : un rebond poussif de l'économie française se profile

Photo de Grégoire Normand

Grégoire Normand

Publié le 07 avril 2020 à 05:00 - Mis à jour le 07 avril 2020 à 20:00

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Vincent Kessler

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

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La propagation du virus sur tous les continents a amené un grand nombre d'économistes à revoir leurs prévisions économiques. Pour la France, le scénario d'une reprise rapide paraît de moins en moins crédible.

"La France est en train de vivre sa pire récession économique depuis la Seconde guerre mondiale". Lors d'une récente audition devant la commission des affaires économiques du Sénat, Bruno Le Maire a dressé un tableau noir de la situation.

"J'ai donné il y a quelques semaines une évaluation provisoire des perspectives de croissance pour 2020 de -1 %, indiquant que ce chiffre serait révisé. Je rappelle que le chiffre de croissance le plus mauvais qui a été fait par la France depuis 1945, c'est en 2009, après la grande crise financière de 2008, -2,9%. Nous serons vraisemblablement très au-delà des -2,9% de croissance de 2009, c'est dire l'ampleur du choc économique auquel nous sommes confrontés".

Les premiers indicateurs avancés et travaux d'économistes montrent que le désastre économique concerne aussi bien le secteur des services que celui de l'industrie. En Europe, le tertiaire est particulièrement en première ligne. L'économiste de Coface Julien Marcilly rappelle néanmoins quelques divergences. "Dans une crise classique, l'industrie est généralement le secteur le plus touché. Le choc principal touche d'abord les services. C'est une situation atypique. Ce ne sont pas les économies les plus industrialisées et qui échangent le plus qui sont les plus concernées. Ce sont les pays qui connaissent leurs économies domestiques grippées qui sont les plus touchées."

La fermeture des frontières, le blocage des ports, la mise à l'arrêt des brasseries, restaurants, hôtels et aéroports, la paralysie des chantiers et travaux publics ont provoqué un recul historique de l'activité dans un grand nombre de secteurs. Le confinement de l'économie française pendant un mois pourrait peser environ 2,6 points de PIB (60 milliards d'euros), selon de récentes estimations de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Le possible prolongement de confinement au delà du 15 avril pourrait accroître ces pertes déjà faramineuses. Lors d'un point presse avec plusieurs journalistes ce mardi 7 avril, l'économiste de Natixis Patrick Artus, régulièrement en contact avec le ministère de l'Economie ainsi que d'autres économistes , s'attend à un report de la date de confinement.

"Avec ce qui se passe en Asie, nous avons une vue plus précise qu'avant sur le profil du déconfinement. L'Europe est encore loin du déconfinement et encore plus aux Etats-Unis. Honnêtement, je ne vois pas comment les pays européens sérieux envisagent la fin du confinement avant la mi-mai. Il ne faut pas envisager un retour à la normale avant un bon mois. En outre, il faut envisager des scénarios de retour des salariés entre la mi-mai et l'été. Avec les vacances, le retour  à la normale devrait être même repoussé en septembre."

Le confinement a commencé le 17 mars en France et doit pour l'instant durer jusqu'au 15 avril, mais le premier ministre Édouard Philippe a laissé entendre vendredi qu'il serait certainement prolongé. Pour de nombreuses entreprises, cela signifie encore plusieurs jours ou semaines d'inactivité ou de travail au ralenti, et donc une forte contraction des rentrées d'argent.

La reprise rapide de moins en moins crédible

"L'illusion du redémarrage en trombe s'évapore définitivement" a rappelé l'économiste du cabinet Xerfi Olivier Passet dans une vidéo. Il y a encore quelques semaines, de nombreux économistes tablaient sur une reprise rapide en forme de V. Le ralentissement de l'épidémie en Chine et le redémarrage progressif des usines laissaient la porte ouverte à des scénarios favorables pour la croissance française. La propagation du virus d'abord en Italie, puis à l'échelle de tout le continent européen et aux Etats-Unis ensuite a rapidement douché de tels espoirs.

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Pour tenter de calculer le niveau de cette reprise, le directeur de la recherche économique à l'IESEG school of management Eric Dor a travaillé sur quatre scénarios dans une récente note. Dans le scénario le plus optimiste, l'économiste prend en compte un confinement jusqu'en avril avec une reprise rapide. Avec cette configuration, la croissance reculerait de 7,4% en 2020. Toujours avec un confinement en avril mais une reprise progressive, le PIB connaîtrait un repli de 12,3%. Avec un confinement prolongé jusqu'en mai et une reprise rapide, l'inflexion serait de 10%, et de 15% avec un rebond progressif. Pour l'économiste, "l'hypothèse de reprise accélérée est très optimiste mais semble moins réaliste".

Des effets non linéaires

Le prolongement des mesures de confinement pourrait avoir des effets amplifiés avec le temps. Sur ce point, les économistes de l'OFCE ont rappelé que cet allongement pourrait notamment favoriser l'épuisement des stocks de produits critiques nécessaires à la production et donc une amplification de la rupture des chaînes de valeurs, des risques financiers et bancaires ainsi que des effets de stock sur les bilans (trésorerie, carnets de commande, prime de risque), en particulier des acteurs privés et donc la multiplication de faillites. Patrick Artus reconnaît qu'il pourrait y avoir une aggravation des dépôts de bilan dans les prochaines semaines même si la France devrait être relativement épargnée par rapport aux Etats-Unis. "Les faillites, c'est une perte du capital et du PIB en moins. Il y aura nécessairement une hausse des faillites. En France, il devrait y avoir un nombre limité de faillites grâce aux politiques publiques "open bar". L'autre facteur inquiétant selon l'économiste est la dette des entreprises. "Les entreprises qui sortiront de la crise seront très endettées. Cela va geler l'investissement et les embauches. Il y a un risque de croissance faible. L'économie française pourrait mettre beaucoup de temps à récupérer les pertes de PIB".

Inadéquation entre l'offre et la demande

Beaucoup d'économistes s'interrogent sur la nature de la reprise. Le scénario d'un rebond en V avec un consommation vigoureuse à la fin du confinement paraît de moins en plausible. "Il ne faut pas croire que l'on va retrouver des économies comme avant. En Chine, il y a une chute  des achats de logements ou des voitures à cause de l'incertitude et une hausse des biens de première nécessité", explique Patrick Artus. En Europe, ce schéma de consommation pourrait se reproduire si la crise est amenée à durer. Surtout, les épidémiologistes redoutent un retour de la contamination après une première vague. Ce qui aurait un impact économique et social délétère avec un scénario en W.

Le poids de l'incertitude

L'incertitude des entreprises, des consommateurs et de la sphère publique pourrait largement peser sur la reprise. Les différents agents économiques peuvent en effet modifier leur comportement en fonction des risques. Les ménages peuvent par exemple privilégier l'épargne de précaution au détriment de la consommation alors que c'est un l'un des moteurs de l'activité en France. Du côté des entreprises, les investissements devraient fortement marquer le pas.

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Le retour de la confiance pourrait être un facteur clé pour retrouver un rythme plus dynamique. Si les mesures de soutien actuelles viennent en grande partie soutenir les entreprises et les salariés en France, cette stratégie de riposte ne devrait pas suffire à relancer l'économie. Plusieurs économistes plaident pour un plan de relance à l'échelle européenne, sans oublier la question du réchauffement climatique. Aux Etats-Unis, l'administration a déjà assoupli les règles environnementales pour les industries fossiles. Les débats dans les prochaines semaines pourraient être vifs entre les partisans du modèle actuel et ceux qui défendent des paradigmes alternatifs.

Grégoire Normand

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