Coût « sous-estimé », « difficultés de déploiement » : le bilan sévère de la Cour des comptes sur le SNU
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Le coût du Service national universel est largement sous-estimé, selon la Cour des comptes. (photo d'illustration)
Philippe Wojazer
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Le coût du Service national universel est largement sous-estimé, selon la Cour des comptes. (photo d'illustration)
Philippe Wojazer
Cinq ans après son lancement, la Cour des comptes dresse un bilan très sévère du Service national universel (SNU). Les Sages de la rue Cambon pointent dans un rapport, publié ce vendredi, les objectifs « incertains », le coût « largement sous-estimé », ainsi que les « difficultés de déploiement » du dispositif, pourtant cher à Emmanuel Macron.
Pour rappel, le SNU, promesse de campagne du chef de l'État, a été lancé en 2019, avec l'objectif de le rendre à terme obligatoire pour toute une classe d'âge (environ 800.000 jeunes par an). Il comporte une « mission d'intérêt général » et un « séjour de cohésion » avec des activités sportives, culturelles et intellectuelles, les journées démarrant par la « levée des couleurs » (drapeau et hymne national) et port de l'uniforme.
Il ne concerne jusqu'à présent que des jeunes volontaires âgés entre 15 et 17 ans. Depuis mars, ce dispositif est intégré au temps scolaire, avec un stage de douze jours pour les élèves en classe de seconde, volontaires.
Les Sages de la rue Cambon se sont penché sur le coût du SNU, sujet qui, depuis le départ, fait débat. Ils épinglent « un dispositif sans pilotage budgétaire », et dont le coût est « largement sous-estimé ».
Le coût de fonctionnement annuel du dispositif généralisé serait plutôt de « 3,5 à 5 milliards d'euros ». En 2023, un rapport sénatorial estimait que le coût du SNU pourrait s'élever « entre 2,4 et 3,1 milliards d'euros par an », comme évoqué dans un rapport des inspections générales de 2018. Ce rapport recommandait même de « surseoir » à ce projet.
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La Cour des comptes évoque aussi de « multiples difficultés » dans le « déploiement » du SNU, notamment sur l'« identification de lieux d'hébergement susceptibles d'accueillir des mineurs dans le respect des jauges prévues par le cahier des charges, les conditions de recrutement » ou encore la « rémunération des encadrants, le transport des jeunes vers et depuis les centres ».
La Cour déplore par ailleurs qu'en « matière de mixité sociale comme d'engagement, les ambitions du dispositif ne sont pas atteintes ».
La Cour des comptes fait une liste de recommandations. Elle propose notamment de « clarifier les objectifs du dispositif et prévoir leurs modalités d'évaluation », de « créer les conditions d'un pilotage ministériel et administratif adapté aux ambitions du dispositif » - en évoquant l'Éducation nationale, les Armées et les Comptes publics - ou encore de « donner une assise juridique au dispositif, permettant d'assurer sa montée en charge ».
Dans un document annexe au rapport, le ministère de l'Education nationale se défend, affirmant que « les objectifs du SNU sont parfaitement clairs et connus depuis l'origine et demeurent inchangés : faire Nation, renforcer la cohésion sociale, proposer un parcours d'engagement aux jeunes ».
De son côté, le ministère des Armées admet « la nécessité de clarifier ses objectifs (du SNU, ndlr) et de créer les conditions d'un pilotage ministériel et administratif adapté à l'ambition gouvernementale retenue ».
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Ce bilan sévère met à mal la volonté d'Emmanuel Macron de généraliser le dispositif. Pour rappel, le président de la République avait annoncé à la mi-janvier dernier que son gouvernement irait vers « une généralisation du service national universel » en classe de seconde, sans préciser de date de mise en œuvre. L'ex-Premier ministre Gabriel Attal avait ensuite annoncé en janvier le lancement des « travaux » en vue d'une généralisation du SNU « à la rentrée 2026 ». Cette généralisation, évoquée à plusieurs reprises ces derniers mois, se heurtait déjà à de vives résistances.
(Avec AFP)
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