Covid-19 : le confinement met en lumière un fossé entre "cols blancs" et "cols bleus"

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Photo d'illustration. Comment poursuivre l'activité sans mettre en danger les salariés pour qui le télétravail est impossible?
Photo d'illustration. Comment poursuivre l'activité sans mettre en danger les salariés pour qui le télétravail est impossible? (Crédits : Reuters)
"Eux sont planqués chez eux en télétravail, nous on va bosser": des syndicats s'inquiètent de la montée d'un "sentiment d'injustice" chez des salariés, entre les cadres d'un côté et les non-cadres de l'autre.

"Il y a une impression d'injustice entre ce qu'on peut appeler les 'cols bleus' et les 'cols blancs', même si ne je n'aime pas beaucoup ce terme, mais aussi les CDD, les CDI", met en garde Cyril Chabanier, le président de la CFTC.

S'appuyant sur des témoignages de salariés depuis le début du confinement la semaine dernière, le dirigeant note un mécontentement de la part de salariés obligés de se rendre au travail - exécutant la plupart du temps des tâches manuelles - vis-à-vis des cadres, employés de bureau, ingénieurs, dirigeants...

"Eux sont planqués chez eux en télétravail, pendant que nous on va bosser", "On a l'impression d'être des sous-salariés. Si on chope le coronavirus, c'est pas grave", a-t-il entendu.

M. Chabanier relève aussi dans l'administration des cas "incompréhensibles", "où on a demandé à tous les CDI de rester chez eux et réclamé que les CDD fassent les permanences sur place".

"Le sentiment d'inégalité - lorsque ce sont toujours les plus petits revenus, les plus précaires, qui écopent - commence à monter dans notre pays et il faut faire attention à ça", prévient-il.

D'autant que le matériel de sécurité n'est pas systématique pour les salariés qui se déplacent. "La vie d'une caissière de supermarché ne vaut pas moins que celle d'un ingénieur informatique en télétravail, la vie d'un facteur, c'est pas moins que [celle d']un journaliste ou d'un autre travailleur en télétravail", a relevé vendredi Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT.

Lire aussi : Alimentation, eau, déchets... L'inquiétude monte dans les services essentiels

"Sur le front"

Éric Beynel, de Solidaires, fait part aussi d'une "impression d'injustice". "Les chauffeurs routiers, les livreurs, les postiers, les personnes dans le commerce, l'intendance... beaucoup de salariés sont sur le front, souvent des femmes, des ouvriers, des salariés en précarité, des classes populaires, contrairement aux cadres, qui se sont mis à l'abri, quand ils n'ont pas quitté les villes pour des maisons de vacances ou d'autres lieux", avance-t-il. Ajoutant: "Il y a une colère qui commence à poindre".

Le sentiment d'injustice apparaît encore plus criant quand il est demandé aux salariés d'accomplir une tâche qui leur semble non indispensable en cette période de crise sanitaire, alors que les médecins multiplient les appels à rester chez soi.

Jean-Marie Pernot, chercheur de l'Institut de recherches économiques et sociales, lui non plus n'est pas "très à l'aise" avec la segmentation "cols bleus"/"cols blancs", qui appartient plutôt à l'époque industrielle, rappelle-t-il. Mais il note que ces tensions décrites par les syndicats "ne viennent pas du néant et s'inscrivent dans des rapports au quotidien dans l'entreprise en France, où il y a une hiérarchie très présente et où les objectifs sont souvent donnés par les cadres".

"La structure sociale avec ses inégalités structurelles se donne à voir à un moment de crise comme celui là", relève le chercheur.

Comment poursuivre l'activité sans mettre en danger les salariés pour qui le télétravail est impossible? Fournir les équipements sanitaires, revoir en profondeur les processus de production, dont les distances entre deux postes par exemple, proposent les syndicats.

"Un certain nombre de cols bleus, notamment dans l'industrie, ne devraient pas aller travailler", estime Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT. Lui réclame de "vraies mesures de confinement" et une définition précise des "activités urgentes et indispensables", où entreraient le personnel soignant, le service public, les transports de voyageurs, de marchandises, l'agroalimentaire ou le commerce alimentaire.

Cyril Chabanier suggère la mise en place d'une "veille managériale": "par exemple que des cadres en télétravail viennent à tour de rôle travailler un jour par semaine ou tous les 15 jours, afin de ne pas parler au personnel uniquement par téléphone ou à travers l'ordinateur".

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Commentaires
a écrit le 25/03/2020 à 18:59 :
Cette différence existe. Mais celle qui me frappe le plus et celle entre petite entreprise et grande entreprise. Souvent les employés des premieres sont exposés quand les second sont relativement bien protégé. Et aussi le fait que les femmes sont globalement les plus exposés du fait de leur proportions dans les secteurs de la santé et de la distribution.
a écrit le 25/03/2020 à 9:30 :
Cette différence a toujours existé elle est juste un peu plus visible... Quand vous amenez votre enfant à l'entreprise votre responsable ne se prive pas de vous dire qu'il a pas sa place dans l'entreprise et qu'il existe d'autres moyens... Mais quand il a le problème de garde lui il peut amener son enfant exceptionnellement... Quand vous allez pas bien soit vous allez quand même au bouleau soit vous êtes en arrêt maladie, lui télétravail...
Ce souci a toujours existé...
a écrit le 25/03/2020 à 9:26 :
Covid-19 : le confinement met en lumière un fossé entre "cols blancs" et "cols bleus"


C’était déjà le cas avant , le virus n'a fait qu'accentuer ce fossé.
a écrit le 24/03/2020 à 18:26 :
Où l'on risque de redécouvrir le concept de lutte des classes.
L'anesthésie de ce sujet fait de compromis en compromissions, c'est terminé. La cohorte des sans grade va prendre conscience de son pouvoir. Sans eux, pas de production. Ils auront bien compris leur rôle à travers cet épisode de coronavirus et seront en droit de demander, outre le respect et la reconnaissance, des espèces sonnantes et trébuchantes.
Les syndicats ont là un moyen de se refaire une santé et celle de leurs adhérents. " C'est la lutte finale...'" Le grand soir est arrivé🌞
Réponse de le 25/03/2020 à 9:32 :
Réveillez vous vous êtes dans une dictature française... Après plusieurs années de grève des médicaux et gilets jaunes rien n'a changé, demain ce sera pareil... Le seul et unique moyen pour que cela change serait qu'ils ne trouvent plus aucun employé pour le salaire proposé, là seulement il feront un effort en les augmentant légèrement...
a écrit le 24/03/2020 à 16:40 :
Bah voila avec le télétravail je vous prédit ce qui va se passer

Les cols blancs vont aller dans un pays ou on prend soin d'eux et la france sera ce qu'elle a toujours voulu un pays communistes administré par des capitalistes a l'exterieur du pays.

Faite fuir les cols blancs allez - y continué
a écrit le 24/03/2020 à 16:22 :
Encore une fois c'est mettre de l'huile sur le feu sur la base de rien. A croire que certain aimerait bien mettre la société à feu et à sang. Être en télétravail, c'est pas être en vacances à la maison. Un contrôleur de gestion, un développeur informatique, un webmaster, un architecte, etc., combien de métiers aujourd'hui ne répondent plus au critère d'être physiquement sur site. Cet âge est révolu, il va falloir que les mentalités évoluent. Tous les métiers éloignés de l'outil de production seront amenés, à terme, à réduire leur présence sur site, en faisant notamment de belles économies sur les coûts de structure des entreprises. Ce confinement ne fait que démontrer à grande échelle cette évolution. Demain, sans confinement, ni quelconque autre prétexte, ce sera seulement la normalité ni juste, ni injuste....
Réponse de le 24/03/2020 à 18:35 :
@vince
Il y a trop longtemps que l'huile est sur le feu. A force de bouillir, elle déborde et s'enflamme. Rien de plus normal au vu des conditions de travail, de l'indecence des contrats, des salaires, des atteintes au droit du travail, des rémunérations des dirigeants, des bonus.
Que le peuple des travailleurs redécouvre la lutte des classes est la meilleure chose qui puisse sortir de cette pandémie.
Réponse de le 25/03/2020 à 9:38 :
Vous êtes totalement hors sujet... Là on fait la différence entre ceux qui peuvent télétravailler et ceux qui ne peuvent pas amener une machine outil chez eux pour continuer à produire... Là il est certain que les patrons pourront majoritairement télétravailler encore plus vrai dans les plus grandes entreprises où on sais pas à quoi ils servent et sont bien trop payés pour le peu qu'ils y font... (en général réduire le nombres des employés et leur salaires pour s'augmenter eux même) donc eux auront toujours leur salaire... Alors que le producteur payé au smic faisant les 3x8 et ne pouvant plus travailler en heure sup les samedi lui va perdre 20% de son salaire de base et les primes... Grosse différence qui fait qu'il ne pourra peut être pas manger ou payer son loyer et factures... Trouvez vous ça normal? Pour cela je félicite les quelques patrons qui ont refusé leur dalaire en cette période et par le fait contribuent à la solidarité de leur employés !!!
a écrit le 24/03/2020 à 16:04 :
En même temps, la CGT oblige ses représentants syndicaux à assurer des permanences non impérieuses...
Elle met inutilement en danger ses propres "travailleurs"
Que la CGT balaie devant sa porte...
a écrit le 24/03/2020 à 15:51 :
Oui mais tandis que le travail de l'ouvrier est respecté, parce que c'est de plus en plus dur d'en trouver déjà et qu'en plus il est précis, on sait ce que l'on peut attendre de lui, celui du cadre est méprisé parce qu'ils sont tellement nombreux sur le marché et corvéables à souhait.

On a besoin de l'ouvrier tandis que des cadres on peut en user et abuser d'un par an sans problème incarnant le phénomène de soumission volontaire si bien décrit par notre La Boétie.

Ce sont eux qui devraient se plaindre mais ça tombe bien leur nature ne leur permet tout simplement pas. Les ouvriers eux feraient mieux plutôt de demander des augmentations de salaire, on peut supposer encore que ce sont els autres qui parlent une fois dep lus à leur place là.

Encore un débat bidon généré par des institutions discréditées, à savoir syndicats et associations qui nous affirment être là pour sauver le monde alors qu'ils le rendent un peu plus laid chaque jour.
a écrit le 24/03/2020 à 15:30 :
En même temps, ça gagne tellement peu, un ingénieur informaticien, en France ...

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