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Coronavirus : Etat et MEDEF veulent remettre les Français au travail

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 20 mars 2020 à 14:24 - Mis à jour le 21 mars 2020 à 10:42

"Les établissements industriels, entrepôts, marchés de gros sont autorisés à fonctionner dans le respect des consignes sanitaires en vigueur", a rappelé le ministère de l'Intérieur..

"Les établissements industriels, entrepôts, marchés de gros sont autorisés à fonctionner dans le respect des consignes sanitaires en vigueur", a rappelé le ministère de l'Intérieur..

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Le gouvernement demande aux chefs d'entreprise à ce que l'activité économique soit le moins impacté possible par la crise sanitaire du Covid-19. Le MEDEF appelle tous les chefs d'entreprise à continuer à produire "impérativement".

L'Etat a-t-il été clair avec les industriels, les industriels ont-ils surinterprété les consignes de restriction ou le gouvernement s'aperçoit-il tout simplement que la facture risque d'être beaucoup trop astronomique pour l'Etat avec l'explosion du chômage partiel entre autre ? En tout cas, le préfet du Morbihan a été clair, très clair. Patrice Faure a exhorté jeudi dans un courrier adressé aux Morbihannais, que La Tribune s'est procurée, les entreprises à rouvrir "dans le respect du droit et des gestes barrières" afin de conjurer "l'autre fléau qui nous menace", à savoir "la pire récession du siècle". Selon lui, "la nécessaire prise de conscience de ces derniers jours a conduit à ce que ces consignes soient surinterprétées", a expliqué le préfet du Morbihan, une des zones de l'Ouest la plus touchée par l'épidémie de Coronavirus.

"Un très grand nombre d'entreprises, dans des secteurs qui n'étaient visés ni par les interdictions, ni par les dispositifs de soutien des pouvoirs publics ont fermé, a expliqué le représentant de l'Etat en région. Ce geste occasionne un danger certain à l'économie, à la chaîne logistique, aux approvisionnements et à terme à la stabilité financière de toute le pays".

Le préfet du Morbihan s'appuie sur un télégramme du ministère de l'Intérieur adressé le 17 mars à tous les préfets. Les mesures de restrictions ne sauraient "signifier que l'activité économique doit être réduite pour tous les autres secteurs professionnels qui ne génèrent pas habituellement des rassemblements de clientèle" et "ne doivent pas aboutir à dissuader nos concitoyens de poursuivre leur activité", écrit le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner. Il affirme qu'il est "impératif que la vie économique de la nation soit la moins impactée possible par la gestion de la crise sanitaire". Enfin, il précise que "les établissements industriels, entrepôts, marchés de gros sont autorisés à fonctionner dans le respect des consignes sanitaires en vigueur".

Travailler ou pas ? Le MEDEF appelle à continuer la production

Dans ce contexte, le préfet "demande à toutes les entreprises susceptibles de poursuivre, même partiellement, leur activité, dans le respect du droit et des gestes barrières, de rouvrir" afin que "la continuité de l'économie du territoire soit assurée". Ce qui met les patrons dans un situation très inconfortable car ils se doivent de protéger la santé de leurs salariés. "Dans le domaine économique, il faut évidemment un service économique minimum, il faut que les activités de base de notre économie continuent à tourner", a pour sa part demandé vendredi sur LCI le ministre de l'Economie Bruno Le Maire. Mais dans le bâtiment par exemple, l

es débats ont été très vifs entre ce secteur et le gouvernement : les professionnels voulaient arrêter leurs chantiers, mais les autorités insistaient pour maintenir une activité économique jugée essentielle.

"Quand un syndicat patronal dit aux entreprises: +Arrêtez d'aller bosser, arrêtez de faire vos chantiers+, ça c'est du défaitisme", a souligné jeudi, sur la chaîne LCI la ministre du Travail, Muriel Pénicaud. "On a besoin de tout le monde sur le pont".

Résultat, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a promis que les entreprises du BTP à l'arrêt auraient droit au chômage partiel et évoqué la mise en oeuvre d'un "protocole" avant mardi soir qui permettrait de cadrer les conditions d'une reprise des chantiers. En revanche, le patron du MEDEF Geoffroy Roux de Bezieux, tel un chef de guerre, a également exhorté "tous les chefs d'entreprises de France" à "impérativement continuer à produire pendant cette période de confinement". Dans un courrier adressé jeudi aux chefs d'entreprise, il a affirmé que "nous devons assurer la continuité de l'activité dans les domaines vitaux bien sur, mais aussi dans tous les domaines connexes, puisque notre économie est intégrée et les secteurs interdépendants les uns des autres".

"Chefs d'entreprises, dirigeants d'un grand groupe, d'une PME ou d'une TPE, d'une société cotée ou d'une entreprise familiale, dirigeants salariés ou actionnaires de nos entreprises, nous avons donc toutes et tous un rôle déterminant dans la solidité et la résilience de l'outil de production", a insisté Geoffroy Roux de Bezieux.

De très nombreuses usines fermées en France

Pour autant en dépit des appels du MEDEF et du gouvernement à produire même partiellement, de très nombreuses usines en France sont actuellement fermées, notamment pour trois raisons : défaut de clients, défaut de salariés ou respect des mesures de confinement. C'est le cas chez Hermès qui a fermé 42 sites de production en France et en Suisse jusqu'au 30 mars, à l'exception d'un seul dans l'Eure qui peut fabriquer du gel hydroalcoolique) et en Suisse pour défaut de clients. Soit 9.500 salariés en France renvoyés chez eux. 

La cristallerie Baccarat a également suspendu sa production sur son unique site à Baccarat (Meurthe-et-Moselle) afin de respecter les mesures de confinement des personnels. Résultat, les 5

20 salariés sont quasiment presque tous au chômage technique jusqu'au 26 avril minimum.
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Dans la filière automobile, les deux constructeurs (PSA et Renault) ont renvoyé chez eux la majorité de leurs ouvriers. Chez PSA, tous les sites d'assemblage en Europe, dont 15 en France, sont fermés jusqu'au 27 mars minimum pour défaut de clients. Soit 51.000 salariés en France. Chez Renault, les douze sites d'assemblage en France et quatre en Espagne ont fermé leurs portes jusqu'à nouvel ordre pour défaut de salariés. Soit 18.000 salariés en France et 10.000 en Espagne. Toyota a fermé son site de d'Onnaing-Valenciennes jusqu'à nouvel ordre pour des raisons de respect des mesures de confinement (environ 4.500 salariés). Renault Trucks (groupe Volvo) a quant à lui fermé tous les sites de production de camions en France jusqu'à nouvel ordre, lui aussi pour des raisons de respect des mesures de confinement (4 sites, environ 4.500 salariés). Enfin, l'équipementier automobile Michelin, a fermé tous les sites de production de pneus jusqu'au 22 mars minimum en France, Espagne et Italie (21 sites concernés, dont 14 en France sauf celui de Gironde qui approvisionne toutes les usines du groupe) pour le respect des mesures de confinement. Cette mesure concerne environ 20.000 salariés, dont 10. 000 salariés en France.

Dans la filière aéronautique, Airbus a renvoyé jusqu'au 23 mars minimum chez eux 48.000 salariés environ travaillant habituellement sur sept sites en France. La raison? Respect des mesures de confinement en attendant la mise en place de mesures sanitaires strictes. 

Safran

 a suspendu mercredi ses activités de production dans les pays les plus impactés par l'évolution du Covid-19 afin de renforcer les mesures d'hygiène et de nettoyage déjà existantes. "Ces mesures permettront la reprise des activités dès lundi 23 mars pour la majorité des sites français, selon une organisation du travail adaptée et dans des conditions maximales de sécurité sanitaire pour les salariés", a expliqué Safran.
Le constructeur ferroviaire Bombardier a fermé jusqu'à nouvel ordre son site de Crespin dans le nord par respect des mesures de confinement. Cette mesure concerne environ 1.500 salariés. Chez Saint-Gobain, 

la branche canalisation du groupe, a suspendu la production de cinq 

sites en France (1.500 salariés) jusqu'au 31 mars minimum par défaut de clients. SEB a quant à lui fermé douze sites (11 en France et un en Italie) jusqu'à nouvel ordre pour respecter les mesures de confinement. Soit 5.800 salariés en France. Les Chantiers de l'Atlantique ont envoyé environ 1.000 salariés du site de Saint-Nazaire chez eux jusqu'au 23 mars minimum en raison du droit de retrait des salariés. Enfin, les Ateliers Mécaniques et Industries Spéciales (Amis) ont fermé deux sites dans l'Allier jusqu'à nouvel ordre (580 salariés en France).

La direction du site logistique de La Redoute à Wattrelos (Nord) a annoncé vendredi la suspension de son activité après deux cas de suspicion de Covid-19, une décision réclamée depuis plusieurs jours par les syndicats. Jeudi, deux salariés avaient présenté des symptômes proches du Covid-19. "A la suite des inquiétudes suscitées par cette situation, la direction a décidé de suspendre temporairement l'activité du site logistique", a-t-elle annoncé dans un communiqué, assurant que "la santé de ses collaborateurs est la priorité absolue".

"Nous demandons instamment (aux chefs d'entreprise, ndlr), dans toutes les entreprises ou c'est possible, d'examiner sans délai les aménagements nécessaires aux postes de travail pour permettre la sécurité sanitaire des salariés et la poursuite de l'activité, en toute sécurité et dans le respect des gestes barrières et de règles de distanciation", a insisté le patron du MEDEF.

Dans ce cadre, les organisations syndicales et la direction de STMicroelectronics ont conclu un accord d'une durée limitée (jusqu'au 2 avril) pour la préservation de la santé des salariés devant continuer à travailler pour maintenir le tissu industriel. Les sites de  Crolles, Grenoble, Rennes, Rousset et Tours sont concernés par cet accord qui s'applique aux salariés sans distinction de contrat. "La volonté commune a été de tout mettre en œuvre pour avant tout assurer la sécurité et préserver la santé des salariés tout en garantissant le maintien des activités essentielles de l'entreprise", a expliqué la CFDT dans un communiqué publié vendredi.

Vers une explosion du chômage partiel

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Le gouvernement prévoit un financement de 5,5 milliards d'euros pour le chômage partiel, soit l'équivalent "de 15% des heures travaillées sur une durée de deux mois", selon le projet de budget rectificatif présenté mercredi au conseil des ministres. Selon le ministère du Travail, l'activité partielle concernera au final "beaucoup plus que deux Mercredi, 21.000 entreprises ont demandé à bénéficier de ce dispositif de chômage partiel 

depuis le début de la crise épidémique, ce qui concerne 400.000 salariés, a précisé la ministre du Travail Muriel Pénicaud sur BFM-TV.

"Nous décidons de mettre plus de 8 milliards d'euros sur le chômage partiel. C'est utile parce que cela préserve nos qualifications, nos compétences, nos salariés. Au lieu de licencier massivement - ce qui serait le cas s'il n'y avait pas un dispositif de chômage partiel très important -, nous gardons les compétences dans l'entreprise, nous payons le chômage partiel. Cette mesure coûte très cher à l'Etat mais ce n'est pas une dépense, c'est un investissement, un investissement sur les compétences et un investissement sur le rebond de l'économie française une fois que la crise sera derrière nous", a expliqué vendredi matin sur LCI Bruno Le Maire.

Enfin, le ministre de l'Economie a rappelé que le chômage partiel est "un droit qui vaut pour tous les secteurs économiques".

Michel Cabirol

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