COVID-19 : le plan d'urgence du gouvernement pour soutenir le commerce extérieur

 |   |  984  mots
Le ralentissement des exportations est brutale. L'objectif est de s'assurer qu'il n'y pas de casses économiques pour soutenir pour des secteurs stratégiques comme la vins, le luxe ou l'automobile a expliqué le ministre de l'Economie Bruno Le Maire.
"Le ralentissement des exportations est brutale. L'objectif est de s'assurer qu'il n'y pas de casses économiques pour soutenir pour des secteurs stratégiques comme la vins, le luxe ou l'automobile" a expliqué le ministre de l'Economie Bruno Le Maire. (Crédits : Reuters)
Le gouvernement a annoncé ce mardi un plan de soutien d'urgence aux entreprises exportatrices qui vise à sécuriser leur trésorerie et à "permettre leur rebond à l'international après la crise" sanitaire découlant de l'épidémie de coronavirus.

Usines à l'arrêt, population confinée, commerce mondial paralysé, ports de commerce au ralenti, économie mondiale sous pression.... les mauvaises nouvelles s'accumulent pour les entreprises exportatrices tricolores. Pour tenter de limiter la casse, le gouvernement a dévoilé son plan de bataille en faveur des petites et moyennes entreprises (PME) et des entreprises de taille intermédiaire (ETI) ce mardi 31 mars.

L'objectif affiché par le ministre de l'Economie Bruno Le Maire et le secrétaire d'Etat aux affaires étrangères Jean-Baptiste Lemoyne est "de soutenir les entreprises exportatrices face aux conséquences immédiates de la crise, notamment en sécurisant leur trésorerie, et d'assurer leur rebond à l'international après la crise". Cet arsenal s'ajoute aux différentes mesures de soutien aux entreprises annoncées les semaines précédentes par l'exécutif. Cette pandémie pourrait provoquer des faillites et des dépôts de bilan en cascade dans le secteur de l'exportation français déjà bien fragilisé. Lors d'un point presse, Bruno Le Maire a apporté des précisions sur ce plan d'urgence :

"Nous voulons renforcer notre plan de soutien à l'économie pour soutenir les employeurs et les salariés. Nous voulons prévenir le risque de crise systémique qui pourrait être liée à l'extension de l'épidémie sur certains continents, notamment le continent africain [..] Nous avons décidé de renforcer nos dispositifs de soutien aux exportations. Il s'agit de soutenir l'économie réelle et les entreprises qui sont très durement touchées par le ralentissement du commerce mondial. Je pense à la viticulture, l'automobile, le commerce de luxe. Elles ont besoin d'un soutien massif à l'exportation"

Renforcement des garanties de l'Etat

Parmi les mesures annoncées, figure l'octroi de garanties de l'Etat via Bpifrance "pour les cautions et les préfinancements de projets export qui sera renforcé afin de sécuriser la trésorerie des entreprises exportatrices". L'exécutif prévoit notamment de relever les garanties à 90% pour toutes les PME et les ETI contre 80% auparavant. En outre, deux autres principales mesures viennent compléter cette panoplie :

- Les assurances-prospection (c'est une assurance contre le risque d'échec des démarches de prospection à l'étranger) en cours d'exécution seront prolongées d'un an, permettant une extension de la période de prospection couverte.

- Une capacité de 2 milliards d'euros sera apportée à l'assurance-crédit export de court terme grâce à l'élargissement du dispositif de réassurance publique Cap Francexport. Ce dispositif couvrira l'ensemble des pays du globe. "L'Etat va garantir l'assurance des factures et des créances non plus sur 17 pays mais sur tous les pays du monde. C'est la première fois que l'Etat garantit pour les créances et l'assurance des entreprises exportatrices non pas sur un nombre limité de pays dangereux ou à risques mais sur l'ensemble des pays du monde" a expliqué Bruno Le Maire.

Enfin, la Team France export (Business France, CCI France et la BPI) prévoit entre autres d'organiser des webinaires consacrés aux différentes régions du monde "pour aller au-delà des informations disponibles en ligne et permettre de répondre à toutes les questions des PME françaises sur les situations particulières à l'étranger" précise un communiqué.

Un commerce mondial en berne

La paralysie de l'économie chinoise en début d'année a provoqué un coup d'arrêt brutal des échanges mondiaux. La fermeture des usines et des ports, le confinement de la population a entraîné une chute violente des exportations mais également de la demande. "En Chine, les volumes de ventes de voitures ont chuté grandement. Il y a un effondrement de la demande. La crise est violente, durable et le retour à la normale sera lent et difficile. Elle doit être accompagnée par les pouvoirs publics. L'analyse de tous ceux qui pensent à un retour à la normale rapide est erronée. Il y a un risque de concurrence exacerbée à la sortie de crise avec la volonté de récupérer des parts de marché très rapidement" a expliqué Bruno Le Maire.

A ce stade, il est encore difficile de mesurer les répercussions directes et indirectes de l'effondrement du commerce mondial sur le produit intérieur brut (PIB) français. L'interdépendance des chaînes de production et des chaînes d'approvisionnement, la dépendance aux multiples intrants étrangers rendent l'analyse des conséquences très complexe.  L'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) dans une note publiée ce lundi 30 mars reste prudent. "Nous avons implicitement supposé un effet neutre (la baisse des exportations est compensée par la baisse des importations). Dans des analyses ultérieures, ce point sera précisé. Cet impact dépend aussi de l'ampleur de l'épidémie chez nos principaux partenaires commerciaux". Dans une récent travail de recherches, plusieurs économistes de l'institut des politiques publiques (IPP) montraient que les mesures de confinement et de restrictions en Chine auraient un impact de 0,3% sur la croissance du produit intérieur brut (PIB) français durant le premier trimestre 2020. Ce qui est "considérable". Surtout que de nombreuses grandes entreprises tricolores sont fortement exposées au commerce mondial.

"La minorité d'entreprises directement en contact avec des fournisseurs étrangers contribue de manière importante au PIB français, directement et via leurs propres relations avec des partenaires français à qui elles transmettent les chocs étrangers"

> Lire aussi : L'onde de choc chinoise fait trembler la croissance française

En outre, la propagation du virus dans les pays en développement pourrait encore accroître les secousses sur la scène du commerce mondial. "J'ai une très grande préoccupation pour les pays africains. Le commerce mondial ne leur permet plus d'exporter des matières premières et la chute du prix des matières premières avec le pétrole et leur très forte dépendance pourraient encore les fragiliser"a ajouté Bruno Le Maire.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 01/04/2020 à 13:53 :
Depuis une décennie, la France a fermé bon nombre de postes de conseillers commerciaux dans les ambassades dans le monde et en particulier en Afrique. C'est maintenant qu'elle se réveille alors que le confinement, en particulier, du personnel de l'ambassade à Addis Abeba qui contrôlait les interventions sur les pays limitrophes également, a lieu. Le commerce international est atone . C'est essentiellement le matériel médical qui est recherché partout dans le monde, le reste étant oublié pour des mois. Comment peut on penser que le monde a besoin de nos vins, de notre commerce de luxe. Quant à notre production automobile, ce n'est qu'un leurre , vu la production réelle réalisée à l'intérieur du pays. B. Le Maire découvre une situation existante depuis des lustres mais que cachaient les seules productions françaises exportatrices dont le monde peut se passer en premier lieu si le superflu passe au dernier rang des besoins mondiaux.
a écrit le 31/03/2020 à 16:08 :
Ce gouvernement LREM (qui comprend beaucoup d'incompétents: CSG 1,7% pour les retraités - limitation de vitesse 80 km/h etc.) devra appliquer une augmentation de TVA pour compenser le déficit. TVA qui est l'impôt indirect le plus juste pour tout le monde. Il ne devra pas prendre 10% sur les économies des français, comme certains experts en finances semblent déjà le prévoir.
a écrit le 31/03/2020 à 15:45 :
on comprend pourquoi maintenant l´Allemagne, la Hollande et les pays nordiques ne voulaient pas ouvrir le chéquier la semaine dernière pour les corona bonds...

à lire cet articles , des milliards vont etre dépensés du coté francais pour l´exportation. ce n´est pas aux autres pays de payer pour soutenir les exportations francaises...

de plus , l´attitude de la france n´est pas défendable, car elle emprunte encore à des taux négatifs... ce gouvernement cherchait uniquement à faire financer par les autres la déroute francaise.

la on va très vite dépasser les 100% du PIB en dette.
Réponse de le 31/03/2020 à 18:03 :
Vous pensez que la France est le seul pays à soutenir ses entreprises dans cette crise? La question est celle de la solidarité entre pays membres (la France n'est pas spécialement concernée comme vous le soulignez vous-même, de manière bien involontaire apparemment).
a écrit le 31/03/2020 à 15:34 :
Alors que l'argent des paradis fiscaux devrait servir au moins à cela, on autorise aux mégas riches de ne pas payer d'impôts sans aucune contrepartie même en cas de menace directe de l'économie et de l'humanité.

Cette dérive est très inquiétante on ne sait plus trop qui est à la barre et surtout où il nous emmène.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :