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ÉconomieFrance

L'onde de choc chinoise fait trembler la croissance française

Photo de Grégoire Normand

Grégoire Normand

Publié le 18 mars 2020 à 10:00 - Mis à jour le 19 mars 2020 à 17:39

Les effets directs et indirects du coronavirus sur l'économie française pourraient être "considérables" selon les économistes.

Les effets directs et indirects du coronavirus sur l'économie française pourraient être "considérables" selon les économistes.

Benoit Tessier

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Les économistes de l'institut des politiques publiques (IPP) montrent dans une nouvelle note que "un choc négatif de 10% sur la production chinoise pourrait réduire le PIB français de 0,3% uniquement à travers les chaînes de valeur."

Les effets de la crise du coronavirus sur l'économie française risquent de prendre de l'ampleur. Dans une note de l'institut des politiques publiques (IPP) publiée ce mercredi 18 mars, plusieurs économistes estiment que les mesures de confinement et de restrictions en Chine auraient un impact de 0,3% sur la croissance du produit intérieur brut (PIB) français durant le premier trimestre 2020. Ce qui est "considérable", expliquent les auteurs compte tenu des chiffres de l'Insee. Dans leurs projections, les statisticiens s'attendent à une activité en hausse de 0,2% entre janvier et mars sachant que cette estimation est susceptible d'être dégradée. Mardi 17 mars, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a expliqué que la croissance de l'économie tricolore pourrait reculer de 1% en 2020, même si ce chiffre peut également changer en fonction de la durée et l'ampleur de la crise.

Des grandes entreprises exposées au choc chinois

Le travail des économistes indique que très peu d'entreprises françaises (15%) importent des intrants étrangers pour assurer leurs productions. En revanche, le poids de ces entreprises dans la valeur ajoutée produite chaque année est conséquent. Les 15% d'entreprises qui importent une partie de leurs intrants représentent ainsi 60% du PIB marchand. Ces entreprises qui jouent un rôle prépondérant dans l'économie tricolore peuvent ainsi être grandement fragilisées par les mesures de confinement décidées par les autorités chinoises pour endiguer la propagation du virus.

"La minorité d'entreprises directement en contact avec des fournisseurs étrangers contribue de manière importante au PIB français, directement et via leurs propres relations avec des partenaires français à qui elles transmettent les chocs étrangers"

Des risques de faillites et défaillances en cascade

Il est encore trop tôt pour tirer le bilan de cette crise sanitaire mondiale. Il reste que les dégâts pourraient être immenses si l'Europe met du temps à freiner la diffusion de ce virus. Les économistes évoquent évidemment le risque de faillite pour ces entreprises exposées et "des défaillances en cascade". Ce scénario noir est "réel pour des entreprises en rupture d'intrants, qui ne peuvent continuer à produire". Ces défaillances "ont un coût économique supplémentaire, puisqu'ils induisent une perte permanente pour l'économie". D'après les travaux des économistes, plusieurs secteurs comme le textile, les équipements électroniques, l'informatique et les équipements de transport risquent de subir en premier lieu les conséquences du repli de l'économie chinoise.

En dépit des multiples mesures de soutien annoncées par le gouvernement français depuis plusieurs semaines, beaucoup d'entreprises se retrouvent asphyxiées. Des grands groupes comme Michelin, Renault ou PSA ont annoncé un arrêt de leur production et de nombreuses compagnies aériennes ont déjà enregistré des pertes de chiffre d'affaires faramineuses. Pour éviter des faillites à répétition, la réponse la plus appropriée en termes de politique économique est l'apport de liquidités pour ces établissements qui connaissent des ruptures dans leurs chaînes de valeur signalent les auteurs. Les chercheurs soulignent sur ce point que les décisions apportées par le gouvernement son plutôt favorables.

"C'est d'ailleurs ce qu'a fait le gouvernement français en offrant aux entreprises la possibilité de décaler le paiement de leurs charges sociales, en facilitant les mécanismes de recours au chômage partiel ou en offrant aux PME des garanties pour des prêts de trésorerie. L'avantage d'un tel apport de liquidités est d'éviter les effets de cascade dans lesquels les entreprises qui ne sont pas directement menacées deviennent vulnérables au choc".

Des répercussions progressives

La montée en puissance de l'économie chinoise dans les chaînes de production mondiale depuis une vingtaine d'années a profondément modifié la stratégie économique des entreprises. Pour tenter de réduire les coûts de production, beaucoup d'entreprises européennes et françaises ont délocalisé leurs sites de production ou ont transféré une partie de leurs technologies chez le géant asiatique. Les effets du choc chinois peuvent affecter progressivement l'économie tricolore, "potentiellement sur plusieurs mois". D'après les simulations opérées par les auteurs de la note, les répercussions ne peuvent se matérialiser qu'après au moins trois semaines, en raison notamment des délais de livraison par voie maritime et par l'existence de stocks dans les entreprises françaises.

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La crise du coronavirus met ainsi en exergue l'extrême vulnérabilité de l'économie mondialisée. Beaucoup d'observateurs et responsables politiques ont fait remarquer que cette pandémie pourraient amener les entreprises à revoir leur stratégie. Au mois de février, le ministre de l'Economie avait expliqué que le coronavirus était un "game changer" dans la mondialisation. D'autres ont évoqué la possibilité d'une démondialisation. Pour les économistes de l'institut des politiques publiques, ces scénarios sont peut probables.

"La vision optimiste est que de tels événements aident les entreprises à appréhender la vulnérabilité de leur chaîne d'approvisionnement. Une réaction possible pourrait les conduire à diversifier leur processus de production. Mais un tel scénario est très optimiste. La crise du coronavirus vient à la suite de plusieurs chocs subis par les chaînes de valeur internationales, notamment le séisme de 2011 au Japon et la récente guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis. Malgré ces événements, il n'est pas clair que les entreprises aient commencé à diversifier leur chaîne d'approvisionnement. Et il n'est pas certain qu'elles seront incitées à le faire une fois qu'elles se seront remises de la crise du Covid-19: les pressions concurrentielles sur les marchés internationaux sont fortes, intensifiant la recherche de nouveaux gains d'efficacité".

Grégoire Normand

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