L'onde de choc chinoise fait trembler la croissance française

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Les effets directs et indirects du coronavirus sur l'économie française pourraient être considérables selon les économistes.
Les effets directs et indirects du coronavirus sur l'économie française pourraient être "considérables" selon les économistes. (Crédits : Benoit Tessier)
Les économistes de l'institut des politiques publiques (IPP) montrent dans une nouvelle note que "un choc négatif de 10% sur la production chinoise pourrait réduire le PIB français de 0,3% uniquement à travers les chaînes de valeur."

Les effets de la crise du coronavirus sur l'économie française risquent de prendre de l'ampleur. Dans une note de l'institut des politiques publiques (IPP) publiée ce mercredi 18 mars, plusieurs économistes estiment que les mesures de confinement et de restrictions en Chine auraient un impact de 0,3% sur la croissance du produit intérieur brut (PIB) français durant le premier trimestre 2020. Ce qui est "considérable", expliquent les auteurs compte tenu des chiffres de l'Insee. Dans leurs projections, les statisticiens s'attendent à une activité en hausse de 0,2% entre janvier et mars sachant que cette estimation est susceptible d'être dégradée. Mardi 17 mars, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a expliqué que la croissance de l'économie tricolore pourrait reculer de 1% en 2020, même si ce chiffre peut également changer en fonction de la durée et l'ampleur de la crise.

Des grandes entreprises exposées au choc chinois

Le travail des économistes indique que très peu d'entreprises françaises (15%) importent des intrants étrangers pour assurer leurs productions. En revanche, le poids de ces entreprises dans la valeur ajoutée produite chaque année est conséquent. Les 15% d'entreprises qui importent une partie de leurs intrants représentent ainsi 60% du PIB marchand. Ces entreprises qui jouent un rôle prépondérant dans l'économie tricolore peuvent ainsi être grandement fragilisées par les mesures de confinement décidées par les autorités chinoises pour endiguer la propagation du virus.

"La minorité d'entreprises directement en contact avec des fournisseurs étrangers contribue de manière importante au PIB français, directement et via leurs propres relations avec des partenaires français à qui elles transmettent les chocs étrangers"

Des risques de faillites et défaillances en cascade

Il est encore trop tôt pour tirer le bilan de cette crise sanitaire mondiale. Il reste que les dégâts pourraient être immenses si l'Europe met du temps à freiner la diffusion de ce virus. Les économistes évoquent évidemment le risque de faillite pour ces entreprises exposées et "des défaillances en cascade". Ce scénario noir est "réel pour des entreprises en rupture d'intrants, qui ne peuvent continuer à produire". Ces défaillances "ont un coût économique supplémentaire, puisqu'ils induisent une perte permanente pour l'économie". D'après les travaux des économistes, plusieurs secteurs comme le textile, les équipements électroniques, l'informatique et les équipements de transport risquent de subir en premier lieu les conséquences du repli de l'économie chinoise.

En dépit des multiples mesures de soutien annoncées par le gouvernement français depuis plusieurs semaines, beaucoup d'entreprises se retrouvent asphyxiées. Des grands groupes comme Michelin, Renault ou PSA ont annoncé un arrêt de leur production et de nombreuses compagnies aériennes ont déjà enregistré des pertes de chiffre d'affaires faramineuses. Pour éviter des faillites à répétition, la réponse la plus appropriée en termes de politique économique est l'apport de liquidités pour ces établissements qui connaissent des ruptures dans leurs chaînes de valeur signalent les auteurs. Les chercheurs soulignent sur ce point que les décisions apportées par le gouvernement son plutôt favorables.

"C'est d'ailleurs ce qu'a fait le gouvernement français en offrant aux entreprises la possibilité de décaler le paiement de leurs charges sociales, en facilitant les mécanismes de recours au chômage partiel ou en offrant aux PME des garanties pour des prêts de trésorerie. L'avantage d'un tel apport de liquidités est d'éviter les effets de cascade dans lesquels les entreprises qui ne sont pas directement menacées deviennent vulnérables au choc".

Des répercussions progressives

La montée en puissance de l'économie chinoise dans les chaînes de production mondiale depuis une vingtaine d'années a profondément modifié la stratégie économique des entreprises. Pour tenter de réduire les coûts de production, beaucoup d'entreprises européennes et françaises ont délocalisé leurs sites de production ou ont transféré une partie de leurs technologies chez le géant asiatique. Les effets du choc chinois peuvent affecter progressivement l'économie tricolore, "potentiellement sur plusieurs mois". D'après les simulations opérées par les auteurs de la note, les répercussions ne peuvent se matérialiser qu'après au moins trois semaines, en raison notamment des délais de livraison par voie maritime et par l'existence de stocks dans les entreprises françaises.

Un changement de modèle incertain

La crise du coronavirus met ainsi en exergue l'extrême vulnérabilité de l'économie mondialisée. Beaucoup d'observateurs et responsables politiques ont fait remarquer que cette pandémie pourraient amener les entreprises à revoir leur stratégie. Au mois de février, le ministre de l'Economie avait expliqué que le coronavirus était un "game changer" dans la mondialisation. D'autres ont évoqué la possibilité d'une démondialisation. Pour les économistes de l'institut des politiques publiques, ces scénarios sont peut probables.

"La vision optimiste est que de tels événements aident les entreprises à appréhender la vulnérabilité de leur chaîne d'approvisionnement. Une réaction possible pourrait les conduire à diversifier leur processus de production. Mais un tel scénario est très optimiste. La crise du coronavirus vient à la suite de plusieurs chocs subis par les chaînes de valeur internationales, notamment le séisme de 2011 au Japon et la récente guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis. Malgré ces événements, il n'est pas clair que les entreprises aient commencé à diversifier leur chaîne d'approvisionnement. Et il n'est pas certain qu'elles seront incitées à le faire une fois qu'elles se seront remises de la crise du Covid-19: les pressions concurrentielles sur les marchés internationaux sont fortes, intensifiant la recherche de nouveaux gains d'efficacité".

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Commentaires
a écrit le 19/03/2020 à 8:37 :
Conseil de lecture : pour comprendre comment cette situation a pu se produire, il faut lire "Mémoires chinoises" de Jean Tuan, chez C.L.C. Editions. L'auteur évoque l’évolution à marche forcée de la Chine dont il a été témoin depuis 1980. Marie Holzman, sinologue de renom, a préfacé le récit. Les derniers exemplaires sont disponibles en librairies et sur les sites de ventes internet. / A ne pas manquer...
a écrit le 18/03/2020 à 19:14 :
Tous les locaux qui nous imposé la délocalisation, la désindustrialisation de la France , la France qui dépend plus des autres pays , la survie qui est mise rude épreuves, finalement, Marine Lepen ( dans son ancien programme) avait raison sur les frontières européennes , le danger de l’Euro , le fait qu’un système ( et travaille pour ce système)qui pense plus à la mondialisation qu’aux Français( santé , démocratie , nation ...) et à la souveraineté de la France libre et maître de son destin de manière économique.
Tous les gens qui ont mené la France à cette situation , et pour lesquels nous avons votés par ignorance .
a écrit le 18/03/2020 à 16:44 :
bon, il l'on cherché 3 mois pour comprendre que l'épidémie était devenue une pandémie. Ils ne lisent même pas la presse, en décembre l'entrefilet (dans les actualités) d'un américain qui prévenait d'un nouveau virus, l'alerte du médecin chinois, mais non c'est rien qu'il disait laissait venir à nous (atterrir) les chinois. Une petite gripette disait les professeurs d'université, aller voter disaient les politiques. Une vraie cabégie. Ils ont rien fait, ils n' ont rien dit ils ont fermés les yeux.
a écrit le 18/03/2020 à 15:12 :
Comme la France fait péniblement 1% de croissance même en période d'expansion en Europe et ailleurs, il ne faut pas être devin pour imaginer que la récession européenne à venir sera forte, moins 2, 3, 5%...et les effets conjugués de la BCE et des états ne se feront pas sentir immédiatement. La seule bonne nouvelle c'est que l'union européenne est assez solide pour encaisserser le choc... j'espère personnellement que la grande Bretagne sombre davantage encore...avec leur arrogance et suffisance, ils le méritent.
Réponse de le 19/03/2020 à 1:43 :
Vous n'etes pas informe ? Connaissez vous l'etat des banques en France et Allemagne ?
C'est incroyable le deni.
Vos enfants regleront le solde a payer.
a écrit le 18/03/2020 à 13:56 :
Après la période des soldes, les affaires vont reprendre comme avant parce que les politiques n'ont plus la main. Depuis 40 ans ils ont été vaccinés au néo libéralisme de Reagan et Thatcher. TINA? Et bien si, si on le veut vraiment.
a écrit le 18/03/2020 à 12:06 :
Il faut revoir la mondialisation economique et "eviter" autant que faire ce peux que nous ne dependions pas totalement de la Chine de son economie de production permanente et des marchés mondiaux. Est-ce normal que les "principes actifs" medicamenteux ne viennent que de Chine que rien ou quasiment rien ne vienne d'Europe ou de France. Oui c'est intolérable et en cas de crise mondiale comme actuellement nous sommes dependants totalement des fournitures chinoises. La mondialisation c'est bon pour la Chine et les USA. L'europe doit avoir sa place dans le mondialisation et l'on doit se préparer à une forte concurrence avec les USA et la Chine ou autre nation economique. Donc oui à une mondialisation plus régulée ou l'on protège " un peu" nos industries strategiques et nos emplois ! Non à une dérégulation totale du marché, à un capitalisme debridé qui ne crée aucune richesse, aucun emploi et ne génère que de l'argent, de la circulation de flux monétaire. Oui la Chine est un énorme créditeur en terme de dette et flux bancaire mais nous ne devons pas tous dependre de la Chine: c'est dangereux en cas de crise majeure comme actuellement avec la crise du COVID-19 !!!! Donc Oui à la mondialisation mais pas une mondialisation qui envoie toutes les usines "d'électronique" de fabrication d'ordinateur et de smartphone en CHine ou en Asie du Sud est ! NON, NEIN und NIET !!!!!
Réponse de le 18/03/2020 à 14:08 :
La finance reste et restera la finance, si l'employé chinois peut prduire moins cher que le français ils continueront les délocalisations.. C'est purement mathématique. Regardez la politique Macronnienne elle est pareil, quelques millions de Français en gilets jaunes "c'est rien et ça représente pas les français dans leur ensemble" mais ce même nombre de vote our lui offrir le trône de France c'est démocratique et représente l'ensemble...
a écrit le 18/03/2020 à 11:32 :
Pour "diversifier leur processus de production", les entreprises ont besoin de toutes les énergies. Or le confinement total et totalitaire décidé par le gouvernement impose l'immobilisme dans la crainte. Tout cela pour un risque de 200.000 victimes du coronvirus, alors que 600.000 français meurent chaque année. Alors qu'un confinement portable et mobile avec des masques individuels réduirait drastiquement ce risque mortel. Allez comprendre!
Réponse de le 18/03/2020 à 11:45 :
Merci de votre message docteur Boule !
a écrit le 18/03/2020 à 11:17 :
Encore merci, on le les remerciera jamais assez c'est certain, à tout ces investisseurs milliardaires qui au lieu d’investir sur la robotisation on préféré acheter en masse des esclaves humains, moins coûteux à produire et bien plus souples.

"Malgré ces événements, il n'est pas clair que les entreprises aient commencé à diversifier leur chaîne d'approvisionnement. "

ET ils continuent donc tranquillement de faire ce qu'ils veulent. Quoi un autre mur dans lequel rentrer dedans, ok on y retourne à fond !

"les pressions concurrentielles sur les marchés internationaux sont fortes, intensifiant la recherche de nouveaux gains d'efficacité"

Tandis que Trump impose du protectionnisme pour protéger un minimum les salariés américains, nous autres européens sommes pris en otage de la cupidité pathologique de nos "investisseurs".

TOUT VA BIEN

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