Verser ou non des dividendes ? Les banques françaises sur la réserve

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Comme Société Générale, Natixis et Crédit Agricole SA, BNP Paribas dit avoir pris connaissance des recommandations de la BCE mais ne s'est pas encore engagée à suivre ses recommandations.
Comme Société Générale, Natixis et Crédit Agricole SA, BNP Paribas dit avoir pris connaissance des recommandations de la BCE mais ne s'est pas encore engagée à suivre ses recommandations. (Crédits : Reuters)
En pleine crise sanitaire, la BCE a demandé aux grandes banques de la zone euro de suspendre le versement de leurs dividendes pour réorienter plus de capital vers les entreprises en difficulté. En Allemagne, aux Pays-Bas, en Espagne ou encore en Italie, les établissements ont déjà pris des engagements. Les banques tricolores, qui ont engrangé de juteux bénéfices en 2019, font elles exception et restent très timides sur la question.

(Article mis à jour le 01/04/20 avec les annonces de Natixis et Société Générale)

Fortement incitées à ne pas verser de dividendes pour mobiliser plus de capital en faveur de l'économie réelle face au choc du coronavirus, les grandes banques européennes y semblent prêtes, à l'exception des banques françaises.

Le pavé a été jeté dans la mare dès vendredi par le superviseur européen qui a appelé les grandes banques de la zone euro à ne pas rémunérer leurs actionnaires pour les années 2019 et 2020, et ce "au moins jusqu'au 1er octobre 2020". Ces dernières sont également invitées à ne pas racheter leurs propres actions - un autre moyen de rémunérer leurs actionnaires - durant la pandémie de Covid-19.

Lire aussi : Ces multinationales qui ont racheté leurs actions...et quémandent l'aide de l'Etat américain

30 milliards d'euros potentiellement libérés

Les entreprises versent généralement leurs dividendes au moment des assemblées générales, qui se tiennent parfois plusieurs mois après que leur exercice comptable a été bouclé. Une banque va donc le plus souvent payer au printemps 2020 le dividende basé sur le bénéfice dégagé en 2019, mais elle peut aussi choisir de verser des acomptes avant l'échéance de l'assemblée générale.

"Contrairement à la crise financière de 2008, les banques ne sont pas cette fois la source du problème. Mais nous devons nous assurer qu'elles peuvent faire partie de la solution", a écrit le président du superviseur bancaire Andrea Enria dans un billet publié sur le site de la BCE.

Renoncer aux dividendes pourrait libérer 30 milliards d'euros de capital, estime-t-il, sans manquer de rappeler les mesures prises récemment par l'institution de Francfort pour assouplir les exigences de capital ou les règles de prudence sur le crédit, afin de garantir que les banques continuent de soutenir l'économie. En échange de ces mesures, la BCE avait déjà souligné mi-mars attendre des banques qu'elles "n'augmentent pas la distribution de dividendes".

L'institution est allée plus loin vendredi en disant désormais attendre des actionnaires des banques qu'"ils rejoignent cet effort collectif" contre l'épidémie en cours.

Mesure "de bon sens"

"C'est une mesure de bon sens de la part de la BCE" qui "démontre aussi l'utilité du mécanisme de supervision unique", a estimé Nicolas Véron, analyste pour le groupe de réflexion bruxellois Bruegel. "Une telle action aurait sans doute été très difficile voire impossible dans la situation précédente de supervision fragmentée au niveau national, car chacun aurait voulu protéger 'ses' banques dans une perception de concurrence entre systèmes bancaires nationaux", ajoute-t-il.

Première à réagir, la Fédération bancaire européenne, organisme représentant les banques de la zone euro, a de son côté recommandé à ses membres de suspendre les dividendes au titre de l'exercice 2020, mais de se décider concernant 2019 en fonction des "attentes des actionnaires", selon un document consulté par l'AFP.

Du côté des banques, les réactions sont diverses. Le géant espagnol Santander - dont les hauts dirigeants ont décidé de verser une partie de leurs salaires à un fonds de soutien -  a annoncé dès lundi vouloir "revoir le dividende" versé pour l'année 2020 et proposer un "dividende final unique" à ses actionnaires en 2021, précisant qu'aucun acompte ne serait versé en novembre 2020.

L'exception française

Plusieurs groupes européens se sont depuis engagés à ne pas rémunérer leurs actionnaires au moins jusqu'à octobre à l'image de l'allemand Commerzbank ou des trois principaux groupes bancaires néerlandais, ING, ABN Amro et Rabobank. Même décision en Italie pour Banca Generali et Unicredit qui a aussi renoncé au rachat d'actions propres à hauteur de 467 millions d'euros au titre de 2019 tout comme le bancassureur belge KBC.

L'exception est pour l'heure française, les banques de l'Hexagone, parmi les plus solides de la zone euro, et ayant engrangé de juteux bénéfices en 2019, demeurant très réservées sur la question. Sollicités par l'AFP, BNP Paribas et Crédit Agricole SA ont répondu avoir "pris connaissance des recommandations de la BCE" sans s'engager à suivre ses recommandations. Le sujet "sera examiné en conseil d'administration" cette semaine, a précisé Crédit Agricole SA qui sollicitera ses administrateurs au plus tard le 14 avril.

Première grande banque française à se positionner, Natixis, entité cotée de BPCE, a annoncé mardi que le dividende prévu pour 2019 ne serait pas proposé à l'approbation de son assemblée générale en mai. Cette décision pourra être éventuellement reconsidérée après le 1er octobre en vue d'une éventuelle distribution. Natixis a été imitée par Société Générale, qui a décidé mardi soir de "supprimer toute distribution de dividende au titre de l'exercice 2019".

En outre, "dans le respect des recommandations de l'Autorité des Marchés financiers et dans l'attente de la conclusion de ces travaux, le groupe suspend ses objectifs 2020 communiqués le 6 février dans le cadre de ses résultats annuels 2019", ajoute Société Générale.

Lundi, le superviseur bancaire français a à son tour appelé les banques actives en France et les sociétés de financement à s'abstenir de distribuer un dividende.

(Benoit Toussaint, Carole Guirado, avec les bureaux européens de l'AFP)

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Commentaires
a écrit le 31/03/2020 à 16:35 :
Si les banques Francaises ont des problemes c'est bien à cause de la betise de laBCE qui fait de la politique alors qu'elle devrait faire son boulot de banque centrale!!!!!! avec ses taux négatifs pour les états qui gaspillent quand ces memes états volent( les petits épargnants avec un livret A à 0,5
a écrit le 31/03/2020 à 15:41 :
aux français : Bravo à tous pour vos efforts de solidarité (donc geste gratuit), les banques : comment profiter de la crise SVP ? Elle est belle la finance...
a écrit le 31/03/2020 à 10:55 :
Tandis que les politiciens ordonnent le confinement aux citoyens français, ils ne font que demander aux banques françaises selon leur bon vouloir. Si nous ne devions garder qu'une seule aberration de ce désastreux néolibéralisme...

Mais bon on suppose que les dragons célestes allemands ne veulent pas que les banques françaises n’alimentent pas leurs comptes en banque paradisiaques, ils font d'une pierre deux coups ainsi, ils anéantissent ainsi l'image des banques françaises tout en préservant l'image de leurs propres banques.

Allez encore quelques années et on parlera tous allemands ce sera génial...

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