Dans les entreprises, les aides de l'Etat dopent le recours à l'alternance au détriment des stages

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Face à la concurrence des alternances poussées par l'Etat, les stages peuvent compter sur l'aide des plateformes de recrutement.
Face à la concurrence des alternances poussées par l'Etat, les stages peuvent compter sur l'aide des plateformes de recrutement. (Crédits : DR)
Sous l'effet du Covid, le nombre de stages en entreprise a baissé de 22% en 2020, d'après les données publiées fin mars par le ministère du Travail. Dans le même temps, le recours aux contrats en alternance a bondi de près de 13% en raison des accompagnements de l'Etat. Pour autant, les jeunes à la recherche de stage peuvent compter sur l'aide d'acteurs privés : les plateformes de recrutement. Explications.

Stoppés net par le premier confinement, les stages en entreprise sont frappées de plein fouet par la crise. Selon le service statistique du ministère du Travail, leur nombre a chuté de 22% en 2020, passant de 289.000 en 2019 à 225.000 l'an dernier. Un coup dur pour les 15-25 ans puisque les stages représentent non seulement une première expérience sur le marché du travail, mais aussi, parfois, une obligation académique.

Grands absents du plan pour « l'emploi des jeunes » annoncé en juillet 2020, les stages sont concurrencés par les contrats en alternance, lesquels, en raison des aides gouvernementales qui les accompagnent, ont séduit les entreprises. Celles-ci bénéficient notamment d'une prime de 5.000 euros pour l'embauche d'un mineur et de 8.000 euros pour un majeur.

« Quand je vois des entreprises, des grandes entreprises qui préfèrent prendre des stagiaires et de la précarité plutôt que signer un contrat pro ou signer avec un alternant, c'est irresponsable », expliquait l'an dernier Emmanuel Macron lors de son interview télévisée du 14 juillet.

Une politique qui a fait bondir les alternances de près de 13% en 2020 par rapport à 2019, à 574.000 contrats.

Lire aussi : Les aides à l'embauche des jeunes prolongées au minimum jusque fin mai

À tel point que les offres pour ces contrats ont fini par dépasser celles pour des stages. Entre avril 2020 et avril 2021, l'offre d'alternance a augmenté de 25% sur la plateforme de recrutement JobTeaser, partenaire de près de 300 écoles et universités en France, alors qu'elle a diminué de 25% pour les stages, explique le site à La Tribune.

Pourtant, la demande pour des stages n'a pas faibli. Bien au contraire. En un an, elle a augmenté de 60% sur Welcome to the Jungle, qui a attiré près de 1,2 million de visiteurs uniques par mois en 2020, précise le site à La Tribune. Monster, Welcome to the Jungle, JobTeaser..., autant de plateformes de recrutement pour les jeunes qui se sont mobilisées pour prendre le relais de l'Etat, en mettant en place des initiatives pour accompagner la recherche de stage.

Recruter gratuitement pendant 60 jours

Certaines d'entre elles, comme Monster, ont par exemple aidé les entreprises à maintenir leurs offres. Le site, qui propose habituellement de poster une annonce pour des tarifs allant de 300 euros à 600 euros, leur a proposé d'en publier gratuitement pour une durée de 60 jours. Malgré des budgets fortement réduits par la crise, Monster a donc permis aux entreprises de continuer à recruter des stagiaires, quel que soit leur secteur ou leur taille. Trois secteurs notamment ont maintenu un niveau de recrutement élevé : les métiers du marketing, les activités IT et digital, ainsi que les tâches commerciales, d'après les données marché de Jobfeed regroupées par Monster, qui a comptabilisé près de 1,8 million de recherches d'emploi en octobre 2020 .

Réussir un entretien à distance

Mais les plateformes ont surtout concentré leurs efforts du côté des étudiants. Elles les ont tout d'abord aidés à cibler les bons secteurs pour dénicher des offres moins nombreuses qu'en 2019. Les sites JobTeaser et Monster par exemple ont publié régulièrement des articles sur les secteurs ou les entreprises qui recrutaient le plus pour les aiguiller dans leurs recherches. Ils les ont ensuite mis en relation avec des professionnels de chaque métier. Ainsi, JobTeaser a organisé des « forums virtuels » où les jeunes ont pu « networker » et poser leurs questions, explique Adrien Ledoux, CEO de JobTeaser France.

Par ailleurs, dans un contexte d'embauche très particulier, les sites leur ont offert des ressources pour se préparer aux entretiens à distance. Monster a notamment organisé en septembre un webinar sur « les différentes façons de se démarquer lors d'un recrutement pendant la crise ». L'événement a regroupé plus de 2.000 personnes, précise Romain Giunta, responsable marketing du site. De la même façon, Welcome to the Jungle a renforcé ses offres de contenu pour accompagner les jeunes dans leur recherche de stage. Grâce à cette mobilisation, les candidatures pour tout type de contrat, stages compris, a bondi de 70% au total en 2020, rapporte Camille Fauran, Directrice générale de Welcome to the Jungle.

Surtout, les plateformes de recrutement ont tenté de rassurer les jeunes face à la peur de ne pas trouver de stage. Pour répondre à leurs interrogations, JobTeaser a renforcé sa présence sur les réseaux sociaux : avec une réponse personnalisée, le site soutient chaque étudiant dans sa démarche de candidature.

L' opération « 1 jeune, 1 solution »

Enfin, à côté de ces initiatives, certains sites d'emploi ont aussi rejoint les rares actions de l'Etat. JobTeaser a, par exemple, collaboré avec le plan « 1 jeune 1 solution » lancé en juillet 2020 pour soutenir l'emploi des jeunes. Concrètement, le site a mis 5.000 offres de stage à disposition de la plateforme gouvernementale pour toucher plus d'étudiants.

De quoi tenir les promesses d'Emmanuel Macron qui a fait des 15-25 ans la « priorité de la relance »? Après la création d'un dispositif exceptionnel d'exonération de charges et 300.000 contrats d'insertion l'été dernier, Bercy a annoncé la semaine dernière deux nouvelles aides pour l'embauche aux contrats d'apprentissage et aux contrats de professionnalisation. Encore une fois, aucune mention n'est faite aux stages.

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Commentaires
a écrit le 17/04/2021 à 9:58 :
En parlant d'entreprises :


La CGT reste en tête dans les TPE. La centrale de Philippe Martinez a terminé à la première place de la troisième édition de l'élection de représentativité syndicale dans les très petites entreprises qui s'est déroulée fin mars-début avril, selon les résultats diffusés par le ministère du travail vendredi. Avec 26,3 % des voix, elle a progressé d'un peu plus d'un point par rapport au précédent rendez-vous, en janvier 2017 . Elle a donc creusé un peu l'écart en pourcentage avec la CFDT, à 16,5 %, bien que cette dernière progresse d'un point.

Mais c'est l'UNSA qui a cette fois encore créé la surprise. En 2017, elle avait fait un bond de 5 points, à plus de 12 %. Avec un score de 15,89 %, elle progresse à nouveau de 3,5 points. Cela lui permet de ravir la troisième place à Force ouvrière, bien que cette dernière progresse de près d'un point, à 13,8 %, et de s'approcher de la CFDT. La CFTC apparaît, à l'inverse, comme la grande perdante. A 5,9 %, elle arrive en effet loin derrière, accusant une baisse de 1,5 point, tandis que Solidaires obtient 4,27 % et la CFE-CGC 3,95 %.
Réponse de le 17/04/2021 à 11:42 :
Vu que vous semblez tant en savoir sur les syndicats, pourriez vous nous éclairer sur le fait que les syndicats se sont tant montrés lors de la période des gilets jaunes sans obtenir aucun avantages si mérité, et que lors de la reprise après le confinement de mars 2020 ils sont resté si absent? Ils avaient le pouvoir et les moyens d'obtenir les avantages si demandé si peu avant pourtant là on les a jamais vu? Sont ils si bien payé par les patrons et le gouvernement pour ne plus faire leur travail qui consiste a défendre les droits et avantages des travailleurs? En revanche le syndicat du MEDEF a bien été présent pour demander pleins d'aides aux entreprises qui en plus souvent sont celles qui en ont pas besoin.
a écrit le 16/04/2021 à 9:19 :
On tire sur la laisse, toujours moins de liberté au sein d'un système toujours moins légitime, c'est logique, le déclin c'est toujours plus long vers la fin.

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