Destitution de Macron : la première étape de la procédure validée par le bureau de l'Assemblée nationale
latribune.fr
La proposition de destitution portée par LFI est inscrite à l'ordre du jour du bureau de l'Assemblée, qui doit trancher ce mardi à partir de 09h30 sur sa recevabilité.
SARAH MEYSSONNIER
Destitution de Macron : la première étape de la procédure validée par le bureau de l'Assemblée nationale
Les députés PS ont choisi, lundi soir, d'œuvrer pour qu'un débat ait lieu à l'Assemblée sur la destitution du président de la République, mais voteront ensuite « unanimement » contre une procédure, actant une divergence stratégique avec LFI.
[Article publié le mardi 17 septembre 2024 à 09h37 et mis à jour à 14h00] La procédure de destitution d'Emmanuel Macron a été jugée recevable ce mardi par le bureau de l'Assemblée, qui l'a renvoyé devant la commission des Lois, selon des sources parlementaires. La plus haute instance exécutive de la chambre basse a donc validé la première étape de cette procédure, par 12 voix contre 10, selon le chef du groupe Union des droites pour la République, Eric Ciotti.
La première étape d'une longue série pour une procédure difficile à faire adopter, qui nécessiterait, pour rappel, l'approbation de deux tiers des parlementaires de l'Assemblée et du Sénat, réunis en Haute Cour.
LFI et la gauche se divise pour la suite
La gauche a fait ainsi le plein de ses voix pour donner ce feu vert au texte signé par l'ensemble des députés Insoumis - et une poignée d'élus écologistes et communistes. La cheffe du groupe LFI Mathilde Panot s'est aussitôt félicitée sur X de cet « événement inédit dans l'histoire de la Ve République », donnant « rendez-vous prochainement en commission des Lois pour en débattre ».
Le texte énonce notamment que le refus d'Emmanuel Macron de nommer à Matignon Lucie Castets, candidate du NFP, constitue « un manquement grave au devoir de respect de la volonté exprimée par le suffrage universel », arguant que l'alliance de gauche est arrivée en tête des législatives (193 sièges).
Néanmoins, si les députés PS ont choisi lundi d'œuvrer pour qu'un débat ait lieu à l'Assemblée sur la destitution du président de la République, ils voteront ensuite « unanimement » contre une procédure, actant une divergence stratégique avec LFI.
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Dans le camp présidentiel, l'ex-Premier ministre et chef des députés Renaissance Gabriel Attal a déclaré lors de la réunion du bureau de l'Assemblée que « cette motion et ce débat (sont) une déclaration de guerre à nos institutions », qualifiant ses auteurs d'« agents de déstabilisation permanente ».
Comme LFI, les socialistes s'en prennent au refus d'Emmanuel Macron de nommer Lucie Castets au poste de Première ministre, lui reprochant de contribuer « à la défiance entre les citoyens et le pouvoir exécutif ». Mais au contraire de leurs alliés, ils qualifient la procédure de « vouée à l'échec ». En effet, longue et difficile à faire aboutir, elle nécessiterait in fine l'approbation de deux tiers des parlementaires de l'Assemblée et du Sénat, réunis en Haute Cour.
Une gageure alors que la gauche parlementaire n'est pas unie sur la question, et que la droite, remise en selle avec l'arrivée de Michel Barnier à Matignon, a peu de raisons de la voter, au-delà même de réticences sur le fond. Qui plus est, la gauche est minoritaire en commission, comme dans l'hémicycle. Ce qui supposerait notamment l'appui du Rassemblement national, dont la patronne Marine Le Pen a dénigré une « manoeuvre d'enfumage » de « l'extrême gauche » pour « tenter de faire oublier ses multiples compromissions avec la macronie ».
«Et au final ce rejet offrira au Président une relégitimation qu'il ne mérite pas», a jugé de son côté sur X, le premier secrétaire du PS Olivier Faure.
Un discours rejeté par la présidente des députés LFI Mathilde Panot lundi, qui a jugé « tout à fait possible d'aller jusqu'au bout de cette procédure de destitution », si tous les parlementaires hors camp présidentiel la soutenaient.
Mais un passage en commission des Lois sera surtout l'occasion pour LFI de faire monter la pression et de prendre l'opinion à témoin, les élus insoumis relayant à l'envi une pétition pour la destitution dont le compteur affichait plus de 305.000 signatures lundi.
Et une mise au vote testerait à coup sûr encore un peu plus l'unité du Nouveau Front populaire, alors que socialistes et insoumis veulent incarner le leadership à gauche. « L'urgence est ailleurs. Les forces de gauche doivent se concentrer sur les batailles qui vont peser sur le quotidien des Françaises et des Français », ont lancé lundi les députés socialistes, appelant à se concentrer sur la chambre basse : « le pouvoir n'est plus à l'Élysée, il est au Parlement ».
Éviter une censure du nouveau gouvernement
En attendant, les tractations se poursuivent du côté des députés macronistes afin de convaincre une partie de l'aile gauche de laisser une chance au gouvernement du nouveau Premier ministre Michel Barnier. Lundi dernier, la présidente de l'Assemblée nationale (Renaissance), Yaël Braun-Pivet, a ainsi appelé les socialistes et écologistes à rejoindre « la majorité relative », constituée selon elle par les centristes et LR à l'Assemblée.
« Les déserts médicaux, la question de l'éducation, de l'ascenseur social, la protection de notre nation (...), je ne comprendrais pas que les socialistes, les écologistes refusent de se mettre autour d'une table pour en discuter », a-t-elle notamment déclaré dans une interview à la chaîne CNews. La présidente de l'Assemblée a également réitéré sa demande de convocation d'une session extraordinaire du Parlement en septembre, si le gouvernement est rapidement nommé.
A Matignon, les discussions continuent en vue de la constitution d'un gouvernement. Sa composition est attendue pour la fin de cette semaine, mais rien n'est encore acté. En outre, le Premier ministre Michel Barnier a prévenu hier qu'il aura du retard sur la présentation du budget 2025. Matignon a en effet confié que le dépôt à l'Assemblée nationale du projet de budget le 9 octobre au lieu du 1er est une « piste envisagée », selon une source interrogée par l'AFP.