Dix ans après la crise, la France compte près de 9 millions de pauvres

Selon une première estimation de l'Insee, la pauvreté et les inégalités seraient restées stables en 2017 malgré une croissance économique robuste. L'embellie n'a pas permis de réduire le nombre de pauvres en France alors que la croissance s'essouffle déjà cette année.
Grégoire Normand

6 mn

L’amélioration de la situation sur le marché du travail en 2017 par rapport à 2016 serait compensée par un moindre effet redistributif des transferts sociaux et fiscaux, ce qui expliquerait la stabilité du taux de pauvreté et des inégalités explique l'Insee.
"L’amélioration de la situation sur le marché du travail en 2017 par rapport à 2016 serait compensée par un moindre effet redistributif des transferts sociaux et fiscaux, ce qui expliquerait la stabilité du taux de pauvreté et des inégalités" explique l'Insee. (Crédits : Reuters/Regis Duvignau.)

La lutte contre la pauvreté et les inégalités s'avère compliquée. Selon des estimations de l'Insee publiées le mardi 9 octobre, le taux de pauvreté monétaire serait stable à 14% de la population française en 2017. Les économistes de l'organisme de statistiques ont recensé 8,8 millions de pauvres en situation de pauvreté l'année dernière. Il y a 10 ans au moment de la crise, ce taux s'élevait à 13% de la population.

En dépit d'une croissance économique favorable et d'une baisse du chômage, le nombre de pauvres n'a pas reculé après une baisse en 2016 et deux années de hausse en 2015 et 2014. Alors que l'économie tricolore ralentit sérieusement cette année et que la politique fiscale du gouvernement en faveur des plus hauts revenus est régulièrement critiquée, cette situation préoccupante pourrait encore s'aggraver. Au mois de septembre, Emmanuel Macron a annoncé un plan pauvreté de 8 milliards d'euros répartis sur quatre ans. Dans son programme à l'élection présidentielle, l'ancien ministre de l'Économie s'était engagé "à faire plus pour ceux qui ont moins."  Au regard des explications avancées par l'Insee, le pari est loin d'être gagné pour le gouvernement.

Lire aussi : Plan pauvreté: qui seront les bénéficiaires des 8 milliards d'euros ?

Des effets contradictoires

La stagnation du taux de pauvreté, qui correspond à la proportion de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté monétaire (60% du niveau de vie médian) de 1.015 euros par mois en 2015, résulte de plusieurs effets contradictoires rappelle l'Insee. Si l'amélioration du marché du travail a pu permettre à un nombre de personnes de sortir de la pauvreté, cet effet a été compensé par un impact limité des transferts sociaux et fiscaux.

La baisse du taux de chômage en 2017 a permis à de nombreuses personnes éloignées de l'emploi de sortir du chômage. C'est par exemple le cas des chômeurs de longue durée, précise l'Insee. Le retour à l'emploi de ces personnes peut représenter un vrai calvaire : l'Insee souligne que le taux de chômage au sens du bureau international du travail (BIT) des chômeurs de longue durée a tout de même baissé pour la première fois depuis 2009.

Lire aussi : Retour à l'emploi : le calvaire des chômeurs de longue durée

Pour expliquer cette stagnation de la pauvreté, les économistes de l'Insee avancent deux principaux facteurs. La baisse des aides au logement de 5 euros par mois, décidée par le gouvernement d'Édouard Philippe en 2017, a clairement "pénalisé les ménages les plus modestes."  Et les choses ne devraient pas s'arranger. Dans son projet de loi de finances en 2019, le gouvernement a prévu de faire des économies très importantes (900 millions d'euros) sur les aides personnelles au logement (APL). Ce qui pourrait encore aggraver la situation des foyers les plus pauvres.

Par ailleurs, la baisse de l'impôt sur le revenu de l'ordre de 20% engagée par l'ancien gouvernement aurait bénéficié aux foyers de niveau intermédiaire. Comme le taux de pauvreté est défini en fonction du revenu médian, une hausse de ce dernier fait mécaniquement accroître le taux de pauvreté.

Les seniors frappés par la pauvreté

Avec près de 9 millions de pauvres, la pauvreté est loin d'être un phénomène négligeable. Parmi les populations fortement exposées figurent les seniors.

Dans une récente étude, le service de statistiques du ministère de la Santé (Drees) indique que "un tiers des seniors sans emploi ni retraite vivent en dessous du seuil de pauvreté".

Ils seraient ainsi 1,4 million âgés de 53 à 69 ans à connaître cette situation préoccupante. Le taux de pauvreté de cette catégorie s'élève à 32% alors que celui chez les retraités en emploi ou à la retraite atteint 7%. Les personnes vivant seules ou avec un conjoint également sans emploi ni retraite seraient confrontées à de plus amples difficultés. La multiplication des réformes sur les retraites ces dernières années avec le report de l'âge légal de départ ont modifié la composition de cette catégorie.

Les auteurs de la note expliquent le système socio-fiscal français a permis de diminuer le taux de pauvreté d'un tiers pour les seniors sans emploi ni retraite.

"Ainsi, sans transferts sociaux et fiscaux, 45,6% de ces seniors seraient pauvres, contre 32,1% après redistribution. En revanche, pour l'ensemble des seniors en emploi ou à la retraite, le taux de pauvreté recule de 9,9% à 6,7% après redistribution."

Stagnation des inégalités

Les résultats de l'Insee relatifs aux inégalités sont guère meilleurs. D'après les derniers chiffres encore provisoires, les disparités de niveau de vie mesurées par le rapport interdécile (*) seraient stables entre 2016 et 2017 tandis que le coefficient de Gini (**) augmenterait très légèrement (+ 0,002). Cet indicateur avait baissé en 2016 après deux années de hausse en 2015 et 2014. Cette stabilité des inégalités s'expliquerait également par une "moindre efficacité de la redistribution" soulignent les experts.

Récemment un groupe d'économistes composé entre autres de l'auteur du best-seller "Le Capital au XXIe siècle" Thomas Piketty, a indiqué que, malgré ses dysfonctionnements, le système sociofiscal français a contribué à diminuer les écarts de revenu disponible de 23% en moyenne sur la période 1990-2018.

Dans leurs travaux, les universitaires expliquent que "le principal vecteur de la progressivité des transferts vient des allocations logements, dont l'attribution se fait sous condition de revenu."

Les coupes drastiques prévues dans les APL par le gouvernement pourraient  encore assombrir le tableau de la pauvreté et des inégalités sociales françaises.

Lire aussi : Pour un collectif d'économistes, "le pognon de dingue" freine les inégalités

___

 (*) Le rapport pris en compte dans l'étude met en évidence l'écart entre le haut et le bas de la distribution.

(**) L'indice (ou coefficient) de Gini est un indicateur synthétique d'inégalités de salaires (de revenus, de niveaux de vie...). Il varie entre 0 et 1. Il est égal à 0 dans une situation d'égalité parfaite où tous les salaires, les revenus, les niveaux de vie... seraient égaux. A l'autre extrême, il est égal à 1 dans une situation la plus inégalitaire possible.

Grégoire Normand

6 mn

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Commentaires 27
à écrit le 12/10/2018 à 0:18
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Le problème est l'augmentation de la pauvreté de certain, non celle de la richesse d'autres.

à écrit le 11/10/2018 à 20:13
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Si les français ne savent pas voter correctement, ils ne peuvent s'en prendre qu'à eux.

à écrit le 11/10/2018 à 11:13
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"malgré une croissance économique robuste" Hé bien je ne vous dis pas ce que cela va être avec les 1.2% que l'on nous prévoit actuellement... Minables serviteurs des riches incapables de savoir gérer un pays.

à écrit le 11/10/2018 à 9:54
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En parlant de pauvres : Les députés de la majorité partent à la chasse aux niches fiscales. Dans le cadre du projet de loi de Finances, les élus LREM ont déposé plusieurs amendements, visant à supprimer certaines dépenses fiscales jugées peu utile...

à écrit le 11/10/2018 à 8:40
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Il faut arrêter avec des statistiques pour débiles qui ne veulent rien dire et déforme la réalité. Rien de comparable entre un pauvre en Sicile et un pauvre à Paris. 1000 euros c'est 656000 anciens francs.

le 12/10/2018 à 0:17
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Que fait-on avec 1000€ ?

le 13/10/2018 à 20:11
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La somme de 1000 Euros est égale à 6559.57 Francs.

à écrit le 11/10/2018 à 8:11
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d abird le taux de pauvreté me semble être un piètre outil de comparaison ou pour mener des politiques publiques efficaces. je préfère 1000.fois des fond alloués à la formation et un soutien très actif à la reprise de activité que des APL en mode ...

à écrit le 11/10/2018 à 7:37
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Il faut mettre en place une allocation universelle récupérée sur les tranches d'imposition de l'impot sur le revenu. Qui serait capable de s'en occuper?

à écrit le 10/10/2018 à 22:39
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La France a l'un des taux de pauvreté les plus bas d'Europe avec le Danemark. Pour être considéré comme pauvre en France, Il faut gagner moins de 1026 € pour une personne seule et 1777 € pour un couple avec deux enfants. Beaucoup de gens seraient s...

à écrit le 10/10/2018 à 21:24
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N'est il pas indécent de parler de croissance favorable quand la France fait péniblement 1% en moyenne depuis plus de 15 ans ?

à écrit le 10/10/2018 à 18:06
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En France, on peut être sous le seuil de pauvreté, mais ne pas mourir de faim ni de froid en hiver, avoir accès aux banques de connaissances et culturelles nationales. Le seuil de pauvreté est à 1015€ par mois. Hors, selon l'endroit où l'on vit en Fr...

le 10/10/2018 à 19:20
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Oui la France a beaucoup investi pour le Mondial 2018 et à offert à tous la coupe du monde...faut peut-être pas trop pousser et en demander encore, franchement c'est déjà incroyable, on doit tous s'estimer privilégiés.

le 10/10/2018 à 19:46
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" Hors, selon l'endroit où l'on vit en France, 600€ par personne et par mois peuvent être largement suffisants pour vivre". Bizarrement j'ai comme l’impression que tu n'es pas concerné.Sinon, tu la carte ou se trouve ces endroits idylliques.

le 10/10/2018 à 20:05
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Ouais la misère c'est le pied surtout au soleil ! Super . On peut même se laver dans la Méditerranée. C'est largement suffisant , si si.

à écrit le 10/10/2018 à 17:53
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Après plus de deux ans sans remettre les pieds en France, je suis revenu 2 semaines pour visiter Albi et Carcassonne. J'ai été surpris de voir autant de clochards dans les rues de ces villes et particulièrement de leurs jeunes âges mais aussi d'y tro...

à écrit le 10/10/2018 à 15:56
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Ce pas finis Avec macron créateur de pauvretés chez LeS retraitees ??👎 macron ne vois que les personnes riches mais ils est president des francaise riches est pauvres ?

à écrit le 10/10/2018 à 14:24
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taux de pauvreté français passé de 13,6% en 2016 à 13,3% en 2017 (Eurostat). 16% en Allemagne/Belgique, 20% en Espagne/Italie, 16% au Luxembourg, près de 16% en Suède/UK, 14,5% en Suisse. le taux en 2005 était de : 14,8% en Belgique , 12,2% en Allem...

le 10/10/2018 à 15:09
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facile de se satisfaire de cette comparaison quand on ne fait pas partie des 13,3%!

le 10/10/2018 à 18:01
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Le mieux pour se rendre compte du niveau de pauvreté est de lire les articles des organisations humanitaires du pays ainsi que de leurs besoins. Le nec plus ultra est de se déplacer dans ces organismes et leur donner un coup de main. C'est plus parla...

le 10/10/2018 à 18:01
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". baisse du taux de pauvreté de 13,6 à 13,3% en 2017 (Eurostat)" On peut rappeler que les prestations sociales réduisent le taux de pauvreté de 8,1 points. Elles permettent de contenir le taux de pauvreté à 14,3% alors que, sans cela, il serait d...

à écrit le 10/10/2018 à 14:16
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Comme depuis la nuit des temps, il y a toujours une catégorie avec une vie difficile mais n'empêchant pas en France toute une autre catégorie plus conséquente que l'on pense à vivre sous une pluie de millions €

à écrit le 10/10/2018 à 13:51
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Les LR sont les premiers a critiquer M. Macron. Pour rappel il y a dix ans : Le président a augmenter son salaire de 20 000 euros en pleine crise de 2007 Idem pour le sénat , députés, élus... Malgré les restrictions d’aujourd’hui, la précarité gr...

le 10/10/2018 à 14:24
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"maintenus par la gauche" En l'occurence, l'aile droite du PS qui est aujourd'hui chez Macron d'ou les frondeurs à l'époque.

le 10/10/2018 à 15:12
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eh! oui! la conclusion de cet article est simple et récurrente. La croissance dans nos économies libérales profitent toujours aux plus aisés.

à écrit le 10/10/2018 à 13:34
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"L'embellie n'a pas permis de réduire le nombre de pauvres" et les riches ils n'ont pas augmenté en nombre ? Et ceux en place dans le palmarès ont vu leur richesse croitre fortement ? Est-ce lié ? (vases communicant, mal équilibré, sens unique)

à écrit le 10/10/2018 à 13:20
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Aquarius game ... approvisionnement des zones de non droit .

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