Emmanuel Macron a-t-il encore besoin d'Edouard Philippe ?

POLITISCOPE. Pour le microcosme politique, les jeux semblent déjà tellement faits que beaucoup se demande qui le président va installer à Matignon une fois la victoire acquise en avril 2022... Baroin, Pécresse... ? Edouard Philippe, à l'aube de la création de son propre parti, viserait lui le perchoir dans une recomposition de la vie politique qui fleure bon la Vème République...

5 mn

(Crédits : Charles Platiau)

Plus les jours passent, et plus Emmanuel Macron s'installe comme le favori de la prochaine élection présidentielle. Et pourtant, comme président sortant, on a connu mieux en termes de popularité. Depuis bientôt cinq ans, le jeune président Macron a subi les critiques de toute part, de la gauche à la droite, a affronté les mobilisations populaires des Gilets Jaunes, puis des Anti-Pass sanitaire. D'aucuns ont dénoncé son mépris, critiqué sa manière de jouer les uns contre les autres, et notamment les Français entre-eux.

D'autres se sont irrités de son incapacité à engager de vraies réformes, ont pointé son incapacité à être un bon « DRH », ou se sont désespérés de l'amateurisme et l'immaturité politique de son équipe. Et pourtant, Emmanuel Macron semble tenir bon la barre, et multiplier les coups d'éclat, laissant finalement peu de place (et de temps) à ses adversaires. Résultat, le président sortant reste assuré de confortables intentions de vote au premier tour. Bien sûr, si l'on en croit les sondages...

Reste qu'Emmanuel Macron peut se payer le luxe de regarder en silence ses opposants de gauche et de droite d'entre-déchirer. Au moment voulu (c'est à dire le plus tard possible), lui pourra alors reprendre le costume d'un François Mitterrand et de sa « France unie » de 1988.

Pour le microcosme politique, les jeux semblent déjà tellement faits que beaucoup se demande qui le président va installer à Matignon une fois la victoire acquise. Il se dit dans les déjeuners (post covid) en ville que le président se cherche déjà activement un futur fidèle serviteur. C'est dans ce contexte qu'il faut replacer la fuite (organisée par l'Elysée) de déjeuner entre Emmanuel Macron et Nicolas Sarkozy. À cette occasion, l'ancien chef de l'État (de droite) a fait justement passer le message à l'actuel hôte de l'Elysée que François Baroin, son protégé, serait idéal pour le poste de chef de gouvernement d'après victoire. « Macron ne choisira jamais à Matignon quelqu'un qui a osé se présenter contre lui, c'est pourquoi François a préféré ne pas aller à la présidentielle. C'est pour cette raison que Valérie Pécresse se trompe en se présentant, pensant de cette manière conquérir Matignon », persifle un ténor de la droite. Ambiance.     
En attendant, quel jeu l'ancien serviteur, Edouard Philippe, peut-il encore jouer ? Le président a-t-il encore besoin de son « ex » Premier ministre ? Celui qui était présenté en pleine pandémie par Le Monde comme le seul homme de la situation, celui qui aime plus que tout mettre son « calme » en avant dans un récent documentaire consacré à sa gloriole, celui qui veut coûte que coûte jouer au mec cool, a judicieusement choisi son moment pour faire de nouveau allégeance au président. Le week-end dernier, alors que la polémique enflait sur la mise en cause d'Agnès Buzyn par la Cour de justice de la République sur sa gestion de la pandémie (visant également tout le reste de l'équipe gouvernementale et son chef comme la principale intéressée n'a pas manqué de le relever devant les journalistes), et alors qu'Anne Hidalgo annonçait sa candidature « socialiste » à la prochaine présidentielle, Edouard Philippe a réussi à faire de sa nouvelle allégeance un petit événement. À 7 à 8 de TF1, le maire du Havre a affirmé que son « soutien sera complet au président de la République en 2022 ». Évoquant la nécessaire « loyauté » à son égard, et la nécessité d' « accentuer » les réformes lancées depuis 2017. Avec une certaine malice et une forme de lucidité, l'ancien Premier ministre rappelle alors qu'« Emmanuel Macron est fait d'un métal dont je ne vois pas beaucoup la trace dans tous ceux qui sont candidats aujourd'hui à l'élection présidentielle ».

Face à cet homme en « métal », ce « cyborg », comme aime le présenter un ancien conseiller parisien présent aux tout début de l'aventure Macron, et désormais dans ses terres du sud, Edouard Philippe a décidé de tracer sa route en autonomie. Il lance ainsi dans trois semaines son propre parti, sorte d'amalgame de la République des maires et de la France audacieuse. En vue de 2022, l'ex Premier ministre mobilise donc ses propres troupes d'élus (de droite), pour la plupart chevronnés, afin de prendre toute sa place lors des prochaines élections législatives. Pour peser lors du prochain quinquennat, Philippe souhaite donc constituer un groupe qui compte à l'Assemblée Nationale, avec pourquoi pas, l'objectif de récupérer le perchoir, la présidence. « Il vient aux législatives pour titiller le président, s'amuse notre ex conseiller de Paris. En bon boxeur, il a tenté l'uppercut, c'est une droite qui lui met. Il s'affirme comme un homme de droite, et c'est ce qu'il veut faire avec son mouvement. Il s'inscrit totalement en faux par rapport au discours de 2017 sur la fin des partis ».

Les deux hommes ne sont donc pas totalement débarrassés l'un de l'autre : autonomes mais dépendants à la fois. C'est justement intéressant de constater qu'il va lancer son futur parti lors du week-end d'octobre (celui du 8) où aura lieu le congrès constitutif du mouvement de centre gauche, Territoire de Progrès. De fait, même si Macron réussit à se faire réélire, on est en train d'assister à la recomposition du paysage politique entre droite et gauche, effaçant la parenthèse hasardeuse de 2017 : « LREM est déjà en état de mort cérébrale. Cela n'avait pas vocation au départ à être un mouvement politique, c'est une coquille vide. D'ailleurs, le président l'a bien compris car il veut des comités de soutien pour lui monté par des élus de tous bords », remarque un déçu du macronisme. Et si, tout simplement, on ne revenait finalement pas à la logique des institutions de la Vème République ?

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Commentaires 15
à écrit le 19/09/2021 à 19:12
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Les français ont pris l'habitude de réélire les sortant parce qu'ils ont besoin de stabilité et qu'il n'y a personne d'autre qui tienne la route aussi :) :)

à écrit le 19/09/2021 à 19:01
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@Fredo30400 : c'est bien ce que je dis : il agace, l'Emmanuel, et on va chercher les chiffres les plus délirants possibles sur des médias très fiables et sans aucun parti pris, comme Mediapart ou Valeurs Actuelles qui vivent là-dessus : exciter l'aig...

le 19/09/2021 à 23:20
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Ben si c'est ça qu'on va avoir comme campagne lol : mais non les chiffres sont faux !!! Ils comptent peut être modifier les stats comme en Chine.

à écrit le 19/09/2021 à 15:18
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E. Macron est très critiqué par la vieille classe politique parce qu'il réussit ( pas toujours, mais quand même) ce qu'elle a laborieusement foiré pendant 30 ans. On comprend que ça agace. Voire que ça excite les jalousies de tous les has been, et D...

le 19/09/2021 à 16:21
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Il a réussi quoi au juste ? dette de 560 milliards en deux ans, déficits publics à moins neuf pour cent deux années de suite, déficit commercial attendu à - 70 milliards ! Endettement qui nous rapproche rapidement de la situation grecque. Immigration...

à écrit le 19/09/2021 à 10:21
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Ben oui quoi pourquoi aller voter puisque le microcosme politique, alias Blackrock MC kinsey, vous donne déjà le nom du futur président !

à écrit le 19/09/2021 à 8:19
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sauf pour certain medias ce type est la nullité parfaite résultat les gilets jaune son refus a écouter le peuple et a reste dans son idéologie tout comme celui qui a proposé sa nomination

à écrit le 19/09/2021 à 7:33
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Non! Le Président n'a plus besoin d' Edouard Philippe. Il représente la mesure la plus injuste pour la rurallité : la limitation de vitesse à 80 km/heure sur les routes nationales. De plus, l''égalité était de réduire la vitesse de poids lourds de 10...

à écrit le 19/09/2021 à 6:36
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Phol est ridicule avec ses poils poivre et sel. Mais le ridicule ne tue pas, surtout chez ces profiteurs incompetents.

à écrit le 18/09/2021 à 15:55
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La véritable question serait plutôt si Macron a encore besoin de Le Drian dont la déroute diplomatique ne permettra pas de financer sa campagne pour la présidentielle 2022... et si la roue de secours égyptienne retourne sa veste alors l'échec sera...

le 19/09/2021 à 10:20
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Pour la campagne pas de soucis, Pfizer paiera sa campagne...

à écrit le 18/09/2021 à 15:19
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La vraie question reste " Mais nous avons nous besoin d'eux?"

à écrit le 18/09/2021 à 13:10
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S'il cherche un ami de 30 ans pour lui tirer dans le dos, c'est l'homme providentiel.

à écrit le 18/09/2021 à 11:00
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Bref! Pour éviter un danger, nous avons besoin de sécuriser un parcours et surtout sa mise en lumière!

à écrit le 18/09/2021 à 10:35
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Si jamais Macron était bas dans les sondages cela effraierait les propriétaires du monde qui le détruisent en ronflant faisant remonter le coût de la dette, il vaut mieux qu'il soit le plus haut possible maintenant ces riches ne verraient pas d'un ma...

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