Emploi des seniors : le contrat spécifique irrite les syndicats
latribune.fr
Le patronat veut créer un « contrat de valorisation de l'expérience » permettant de compenser une éventuelle perte de salaire en utilisant les droits au chômage.
Les discussions entre partenaires sociaux sur l'emploi des seniors ont patiné lundi, notamment autour du contrat spécifique que le patronat souhaite créer, qualifié « d'irritant » côté syndical.
Le « CDI seniors » refait surface. Pour faciliter le recrutement des chômeurs de 60 ans et plus, le patronat veut créer un « contrat de valorisation de l'expérience » permettant de compenser une éventuelle perte de salaire par rapport au poste occupé précédemment par le demandeur d'emploi en utilisant ses droits au chômage. Cette proposition qui reprend une mesure déjà discutée lors de la précédente négociation qui avait échoué au printemps, laisse les organisations syndicales plus que sceptiques. Ce contrat prévoit aussi des moindres cotisations pour l'employeur, ainsi que la possibilité pour ce dernier de mettre d'office le salarié à la retraite dès qu'il peut partir à taux plein.
« On ne peut pas d'un côté expliquer qu'il faut arrêter de discriminer les seniors (et de l'autre que c'est tellement difficile d'embaucher des personnes de plus de 60 ans qu'il faut beaucoup d'aides », argumente le négociateur de la CFDT, Frédéric Belouze.
Le patronat« ne lâchera pas l'idée »
Côté CGT, Sandrine Mourey a fait part de son « incompréhension » de voir le maintien de cette mesure dans le projet patronal, un point « assez irritant ». Ce contrat « ne nous va pas depuis le départ », a tranché Patricia Drevon (FO), tandis que le négociateur CFE-CGC Jean-François Foucard, très dubitatif sur l'impact de ces discussions sur le travail des seniors, a évoqué des discussions « pour faire joli », la « vraie négociation » se tenant selon lui en parallèle sur l'assurance chômage.
La partie patronale a défendu pour sa part un projet d'accord « équilibré », en soulignant qu'il est lié aux négociations sur l'assurance chômage. « On souhaite cranter dans le paysage que le travail doit prévaloir à l'inactivité », a défendu Hubert Mongon (Medef) au sujet du contrat seniors. Interrogé pour savoir si les exonérations de cotisations étaient un casus belli, le négociateur du Medef a néanmoins répondu que « les modalités de mise en œuvre du principe sont parfaitement ouvertes ». « Des contre-propositions sont possibles, mettons les sur la table », a-t-il insisté.
Atteindre un taux d'emploi pour 60-64 ans de 65% en 2030
En 2022, le taux d'emploi des 60-64 ans en France n'était que de 36,2%, soit 12,3 points de moins que la moyenne européenne. L'objectif du gouvernement est d'atteindre 65% en 2030. Mais l'effet mécanique du relèvement de l'âge risque de ne pas jouer à plein : le passage de 60 à 62 ans en 2010 s'était traduit « par une progression de l'emploi pour la moitié des personnes concernées » seulement, avait relevé France Stratégie dans un rapport en 2018. Néanmoins, selon l'Insee, en cinq ans, le taux d'activité des 55-59 ans a augmenté en France de 2,5 points, et celui des 60- 64 ans de 6,2 points.
Alors que les discussions doivent s'achever par une dernière séance, le 14 novembre, les syndicats ont globalement fait état d'une troisième réunion sans « grandes avancées », le négociateur CFTC évoquant « un tour pour rien ». Pour son homologue de la CFDT Olivier Guivarch, la dernière séance sera « très décisive ».
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