« État de Nouvelle-Calédonie » : un saut dans le vide pour éviter le chaos
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ARTICLE MIS EN LIGNE 13/07/2025 10:04 | MISE A JOUR 13/07/2025 18:00
« Il y a eu un véritable saut dans le vide, mais chacun a su se hisser à la hauteur du moment », confie Manuel Valls. Éric Thiers, conseiller spécial de Matignon, souligne que cet accord marque une « volonté partagée d'éviter le chaos, de créer un cadre stable et de redonner foi en un avenir commun ».
Le sommet, ouvert par Emmanuel Macron le 2 juillet à l'Élysée, visait à poser les bases d'un futur statut pour la Nouvelle-Calédonie. Pour la première fois, le chef de l'État a évoqué l'idée d'un « État associé » avec la France, une notion rapidement écartée au profit d'expressions plus consensuelles comme « statut sui generis » ou « État de Nouvelle-Calédonie ».
Six délégations calédoniennes ont participé aux discussions au Hilton de Bougival : UC et Palika pour les indépendantistes, Loyalistes et Rassemblement-LR pour les non-indépendantistes, Calédonie ensemble et Éveil océanien au centre. Les premiers jours ont été laborieux, avec un démarrage « long et pénible », selon une source proche des négociations.
Il a fallu attendre cinq jours pour qu'une première plénière réunisse l'ensemble des acteurs avec l'État, représenté par Manuel Valls, Éric Thiers et Patrice Faure, directeur de cabinet du Président. « Il a fallu que le ministre tape du poing sur la table » pour relancer les échanges, confie une source.
Après d'interminables palabres, l'espoir renaît vendredi matin avec une nouvelle version du projet d'accord. « On est dans le money-time. Soit on signe dans les 24 heures, soit on rentre bredouille », confie un participant aux négociations.
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Tout se jouera en soirée. Une séance plénière est annoncée pour minuit. À 23h41, l'Élysée envoie une « note aux rédactions » convoquant les photographes. Après plusieurs rebondissements, un accord est finalement trouvé peu après 6h. Les traits sont tirés, mais les sourires apparaissent.
Cet accord vient solder l'échec apparent des discussions menées par Manuel Valls à Deva, où il avait mis sur la table un projet de « souveraineté avec la France » qui avait hérissé les loyalistes. Le ministre y voit une étape et revendique six mois de travail acharné.
« On a été inventifs dans les formules », conclut-il. « La Constitution nous donne de la souplesse. » Cet accord historique ouvre la voie à une autonomie renforcée pour la Nouvelle-Calédonie au sein de la République française.
Marine Le Pen a qualifié dimanche l'accord sur la Nouvelle-Calédonie conclu la veille de « profondément ambigu », précisant que son groupe à l'Assemblée nationale serait à la recherche "d'améliorations" lors de la modification de la Constitution.
« Si, à brève échéance, cet accord conjure sans doute le risque du pire, il n'en demeure pas moins profondément ambigu, comme l'était en son temps l'accord de Nouméa. Ce faisant, il ne peut que faussement satisfaire les deux principales parties prenantes de la vie publique calédonienne », estime la cheffe des députés RN dans un communiqué.
Aux yeux de Marine Le Pen, qui se veut très investie sur le sujet des Outre-mer, cela « constitue un exercice d'équilibrisme juridique et politique difficilement compréhensible et donc périlleux, tant en Calédonie même que pour l'effet de contagion qu'il est susceptible de provoquer dans l'ensemble des outremers ».
Selon elle, cet accord « ne peut que faussement satisfaire les deux principales parties prenantes de la vie publique calédonienne », indépendantistes et non-indépendantistes.
Un peu plus tôt dans la journée, le député RN Jean-Philippe Tanguy avait indiqué sur LCI que le parti d'extrême droite pourrait ne pas voter la modification de la Constitution.
« C'est possible qu'on le vote, mais c'est possible qu'on ne le vote pas. Dans les annonces grand public qui ont été faites autour de cet accord, nous avons de vives inquiétudes sur les mots qui sont employés. Évidemment, créer un État au sein de l'État français, ça pose une question importante. Créer une nationalité à côté de la nationalité française, ça pose une question fondamentale », a-t-il dit.
« D'ores et déjà, au-delà des détails politiques et de souveraineté de l'accord, le volet économique nous semble extrêmement fragile », a également mis en garde Jean-Philippe Tanguy.
(Avec l'AFP)
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