« Lorsque l'on s'expatrie pour suivre son conjoint, ça peut être difficile. Au départ, il y a la partie difficile où l'on interrompt sa carrière sans savoir si l'on pourra revenir et reprendre sa vie professionnelle là où on l'a laissée. Le gros challenge, c'est d'exister », témoigne Alexandra Schneider, partie en Asie d'abord pour suivre son compagnon et restée ensuite pour développer son expérience professionnelle.
Une étude internationale réalisée par Humanis, la Caisse des Français de l'Etranger (CFE) et Expat Communication, révèle que dans 92% des cas d'expatriation, la carrière de l'homme est à l'origine de la mobilité et la femme suit son époux. La même étude révèle que, si 60% des expatriés considèrent leur expérience professionnelle à l'international comme une promotion, leurs conjoints la voient comme une rétrogradation pour leur propre carrière. Et lorsqu'ils travaillent, ceux-ci possèdent des postes souvent inférieurs à leurs attentes. 30% estiment d'ailleurs s'être « sacrifiés » pour l'autre.
Cette situation familiale a un impact autant sur le départ que sur le retour des Français à l'étranger. En plus des soucis courants que rencontrent les expatriés de retour en France (réinscription à la sécurité sociale, recherche de logement, fiscalité...), les accompagnants sont souvent confrontés à des problèmes, notamment liés à l'emploi. Certains ayant quitté leur travail avant le départ pour « accompagner leur conjoint » ont le droit de bénéficier d'allocations chômage, la raison étant reconnue par Pôle emploi. D'autres, doivent entrer dans le système français de recherche d'emploi.
Mais la problématique de l'emploi pour le conjoint débute dès la vie à l'étranger. En effet, il n'est pas toujours évident, pour les conjoints de trouver un travail. Françoise Chauvet a choisi de mettre entre parenthèse sa vie professionnelle pour suivre son époux.
A son retour en France, elle n'a pas souhaité retrouver un travail d'emblée ou commencer les démarches auprès de Pole emploi, « souhaitant s'octroyer un peu de temps pour atterrir », témoigne-t-elle. La situation a été similaire pour Christine Demmel, présidente de l'association France Retour accueil et ancienne expatriée. Elle a suivi son mari pendant près de 30 ans en Hongrie et en Belgique, notamment.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Agnès Brouhard, elle aussi « suiveuse », comme elle le dit, a trouvé en quelque sorte une parade pour ne pas mettre entièrement de côté sa profession de pharmacienne. « Je fais des remplacements, pour garder le métier et conserver les compétences. » Pour pallier le manque d'un travail régulier, elle confie suivre les lectures concernant son domaine d'activité. En parallèle, elle aussi s'est orientée vers le bénévolat. Pour le retour, elle a géré toutes les démarches administratives... moins simples qu'elles n'y paraissent. Une tâche qu'elle a remplie avec sérieux en l'associant aux missions du 'conjoint d'expat' : « Le travail de 'suiveur' est un rôle à temps plein. »
> Lire aussi Expatriés : « Chacun est moteur de sa carrière »
Sabine de la Villemarqué, qui travaillait dans une banque et a suivi son mari en Chine et aux Etats-Unis, a profité de son expatriation pour reprendre des études en passant par un centre de formation à distance, se tournant alors vers l'enseignement. En se déplaçant au rythme des mutations professionnelles de son mari, elle a accepté l'instabilité qui va avec :
Revenue en France depuis pour se rapprocher de ses enfants installés en Europe, la Française a tout de même pu travailler un an à New York puis une autre année à Hong-Kong, en multipliant, en parallèle, les activités associatives.
Après les difficultés d'accommodation rencontrés lors de l'expatriation, vient une nouvelle problématique lors du retour en France : le manque d'informations concernant les conjoints étrangers désireux d'acquérir la nationalité française. Ce souci de clarté est l'un des points relevés dans le rapport de la sénatrice Hélène Conway-Mouret, sur le retour en France. D'après les chiffres du ministère de l'Intérieur, l'immigration familiale en France représente près de 50% des motifs d'immigration à destination de la France et les conjoints de Français en constituent la part la plus importante. Or, les informations concernant les conditions à remplir, les démarches administratives, les types de cartes de séjour et de visa, peuvent être confuses. D'autant qu'elles ne sont pas les mêmes si le couple est marié ou pacsé - dans ce cas, la protection est moins importante que pour un mariage. Cette lacune dans le système français pousse même certains à complètement modifier leurs plans, comme le montre ce témoignage recueilli dans le rapport d'Hélène Conway-Mouret.
À lire également
Cadmium : diminuer la teneur des engrais n'aura d'effet sur les récoltes « qu’après plusieurs décennies »
Guerre au Moyen-Orient : les économies émergentes souffrent mais devraient résister en 2026
🔴 Déficit commercial, production industrielle, transparence salariale… L'essentiel de l'actualité ce vendredi 5 juin
Nouveaux droits de douane : les États-Unis infléchissent leur offensive face à Bruxelles