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ÉconomieFrance

Expatriés : « Le challenge, c'est d'exister à l'étranger » (3/5)

Photo de Audrey Fisne

Audrey Fisne

Publié le 23 août 2017 à 05:00

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SÉRIES EXPATRIÉS 3/5 - S’il y a autant d’expériences que d’individus, le récit d’Alexandra Schneider, quadra s’étant expatriée pendant 13 ans en Asie, est révélateur d’un parcours réussi. Partie pour suivre son conjoint à 26 ans, la jeune femme s’est épanouie dans une carrière florissante avant de rentrer au pays, de nouveaux projets en tête.

« Pour moi, l'expatriation, ça a été une expérience passionnelle dès le début. » Lorsqu'elle énonce son parcours, Alexandra Schneider choisit chaque mot avec précision. Ancienne expatriée de retour en France depuis quelques mois, la quadra donne le ton. Selon elle, « tout le monde devrait s'expatrier ».

Son aventure a commencé en 2004 lorsque son conjoint est muté au Vietnam. A 26 ans, elle quitte son travail dans le milieu du spectacle pour le suivre. « Je suis tout de suite tombée amoureuse du pays », énonce-t-elle. Là-bas, elle restera 8 ans et prendra vite goût à l'expatriation. Shanghai pendant 3 ans puis la Malaisie, 2 ans. Au total, elle aura passé 13 années en Asie, « un temps à la fois long, à la fois court », pas suffisant, en tout cas « pour être totalement déconnectée ». « Mais à l'époque, quand on partait, c'était pour des périodes longues. »

« En France, il n'y avait pas d'adrénaline »

Si ce n'est pas toujours évident à l'étranger, la jeune femme refuse de laisser de côté le monde du travail. « Beaucoup de femmes qui suivent leur conjoint ne travaillent pas. » Pas elle. « Lorsque l'on part, c'est difficile d'interrompre sa carrière sans savoir si, en revenant, on pourra la reprendre là où on l'a laissée. Le challenge, c'est d'exister à l'étranger. Pendant ces 13 ans, j'ai toujours travaillé. » Après un temps nécessaire d'adaptation, la Française se retrouve architecte d'intérieur. C'est le début d'une accélération professionnelle.

« Plus jeune, j'avais une soif de me 'prouver à moi-même' professionnellement. J'avais la fièvre. En France, il n'y avait pas d'adrénaline. Partir pour mon conjoint m'a permis de me réaliser moi-même. Ici, je suis certaine que je ne me serais pas réalisée de la même façon. »

« Être une femme ne facilite pas les choses »

Le quotidien est grisant pour Alexandra, qui multiplie les projets. Elle prend goût à l'Asie, y reste alors que les routes se séparent avec son conjoint. « Être à l'étranger m'a donné une chance que je n'aurais pas eu en France », reconnaît-elle. La période est stratégique dans son domaine. Elle travaille avec les acteurs locaux, multiplie les contrats. Elle refuse de s'enfermer dans une bulle et dans les cercles fermés des expatriés. « Je passais 80% de mon temps avec des locaux et des anglo-saxons », dit-elle.

Passionnée, elle se consacre à son métier en s'adaptant au terrain. Le climat est à des années lumières de la France. « Dans les pays communistes, les mentalités sont différentes. On fait face à la censure, on est surveillé, on est sur écoute. La notion de liberté telle qu'on l'entend en France est remise en question. On apprend à s'y habituer. » Au niveau de la langue, l'anglais n'en est qu'à ses balbutiements.

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Pour le travail, là-bas, hors de question d'évoquer les « 35 heures », Alexandra y passe entre 60 et 70 heures par semaine.

« Tout devait aller vite. Les locaux voulaient des résultats immédiats. En Asie, j'ai appris à mener des objectifs et à m'adapter au jour le jour. Il n'y a pas de projets sur le long terme, que ce soit professionnellement ou même personnellement. »

Et être une femme ne facilite pas forcément les choses :

« Mon domaine est un milieu machiste et l'Asie l'est aussi. Pour les femmes qui partent, il faut savoir que c'est une conditionsine qua non. Il faut prouver aux hommes, aux locaux qu'on est compétente. Naturellement, lorsque l'on compare un homme et une femme, tous deux expatriés, l'homme apparaît plus apte. Une fois que l'on a fait ses preuves, il y a un respect total. »

Revenir ou rester

En 2012, la jeune femme revient en France une première fois mais ne le vit pas bien. « J'ai essayé de me réinstaller mais je suis vite repartie. J'ai attrapé, en quelque sorte, le mal du pays. Je pense que j'avais encore des choses à me prouver, je n'avais pas accompli tout ce que j'avais à faire. Et l'expérience m'a prouvée que j'avais raison. » Les projets, encore plus ambitieux, fleurissent lorsqu'elle regagne l'Asie. « Mon désir de carrière restait à assouvir. C'était trop tôt, une sorte de sixième sens m'a bien conseillé », confie-t-elle.

Alexandra gagne en compétence jusqu'à devenir directrice de son département, l'étape d'après étant un poste de « general manager ». Mais ce n'était pas la suite logique pour elle. A 40 ans, elle dresse un bilan de ce qu'elle a accompli et se sent « fière », satisfaite.

« Ça m'a ouvert les yeux et deux solutions se sont alors présentées à moi : soit je restais en Asie jusqu'à ma retraite et je m'orientais de plus en plus vers du management, moins vers le design, mon domaine de prédilection. Soit, je rentrais en France pour prendre un autre départ. »

Retomber sur ses pattes

Il y a presque un an, Alexandra repose donc ses valises en France. Avec un état d'esprit tout à fait différent de celui de son premier retour. Elle s'octroie quelques mois sabbatiques pour « profiter de l'Europe » et se ré-acclimater. Concernant sa carrière, c'est désormais fixé, elle veut enseigner. Devenir professeure de design et d'architecture d'intérieur. D'ici quelques mois, elle reprendra donc ses études pour finaliser ce nouveau challenge et obtenir un master en validant ses acquis. Plus posée, elle compte « surfer avec la vague » concernant son travail et précise : « Aujourd'hui, je ne veux plus repartir. Je me suis rendue compte que j'étais prête à rester. » Elle, dont la vie a été portée par le domaine professionnel, entend rééquilibrer la balance et accorder plus d'importance au personnel.

Peu à peu, elle se réhabitue au quotidien français :

« J'ai l'impression d'avoir le même âge qu'à mon départ. J'arrive à me reconnecter avec la personne que j'étais », se réjouit-elle. « Je retombe sur mes pattes finalement. Je suis partie, pour mieux revenir. »

A son retour, elle n'a pas connu de soucis concernant le logement, vu qu'elle en possédait déjà un, et ses proches ont su l'orienter pour les démarches. « Je ne me suis pas sentie perdue. Partout où j'allais, j'ai été accueillie avec enthousiasme et positivisme. Evidemment, de par mon expérience, je reste un 'extraterrestre' pour les gens, mais cela ne m'a pas découragée. »

Surtout, elle se dit satisfaite de ce retour, entièrement désiré et réfléchi. « Il n'y a pas de spontanéité, finalement, il s'agit d'un plan de reconversion. J'ai réussi à faire ce que j'avais à faire, j'ai terminé un cycle. » Pour en commencer un nouveau.

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Audrey Fisne

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