« Pour moi, l'expatriation, ça a été une expérience passionnelle dès le début. » Lorsqu'elle énonce son parcours, Alexandra Schneider choisit chaque mot avec précision. Ancienne expatriée de retour en France depuis quelques mois, la quadra donne le ton. Selon elle, « tout le monde devrait s'expatrier ».
Son aventure a commencé en 2004 lorsque son conjoint est muté au Vietnam. A 26 ans, elle quitte son travail dans le milieu du spectacle pour le suivre. « Je suis tout de suite tombée amoureuse du pays », énonce-t-elle. Là-bas, elle restera 8 ans et prendra vite goût à l'expatriation. Shanghai pendant 3 ans puis la Malaisie, 2 ans. Au total, elle aura passé 13 années en Asie, « un temps à la fois long, à la fois court », pas suffisant, en tout cas « pour être totalement déconnectée ». « Mais à l'époque, quand on partait, c'était pour des périodes longues. »
Si ce n'est pas toujours évident à l'étranger, la jeune femme refuse de laisser de côté le monde du travail. « Beaucoup de femmes qui suivent leur conjoint ne travaillent pas. » Pas elle. « Lorsque l'on part, c'est difficile d'interrompre sa carrière sans savoir si, en revenant, on pourra la reprendre là où on l'a laissée. Le challenge, c'est d'exister à l'étranger. Pendant ces 13 ans, j'ai toujours travaillé. » Après un temps nécessaire d'adaptation, la Française se retrouve architecte d'intérieur. C'est le début d'une accélération professionnelle.
Le quotidien est grisant pour Alexandra, qui multiplie les projets. Elle prend goût à l'Asie, y reste alors que les routes se séparent avec son conjoint. « Être à l'étranger m'a donné une chance que je n'aurais pas eu en France », reconnaît-elle. La période est stratégique dans son domaine. Elle travaille avec les acteurs locaux, multiplie les contrats. Elle refuse de s'enfermer dans une bulle et dans les cercles fermés des expatriés. « Je passais 80% de mon temps avec des locaux et des anglo-saxons », dit-elle.
Passionnée, elle se consacre à son métier en s'adaptant au terrain. Le climat est à des années lumières de la France. « Dans les pays communistes, les mentalités sont différentes. On fait face à la censure, on est surveillé, on est sur écoute. La notion de liberté telle qu'on l'entend en France est remise en question. On apprend à s'y habituer. » Au niveau de la langue, l'anglais n'en est qu'à ses balbutiements.
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Pour le travail, là-bas, hors de question d'évoquer les « 35 heures », Alexandra y passe entre 60 et 70 heures par semaine.
Et être une femme ne facilite pas forcément les choses :
En 2012, la jeune femme revient en France une première fois mais ne le vit pas bien. « J'ai essayé de me réinstaller mais je suis vite repartie. J'ai attrapé, en quelque sorte, le mal du pays. Je pense que j'avais encore des choses à me prouver, je n'avais pas accompli tout ce que j'avais à faire. Et l'expérience m'a prouvée que j'avais raison. » Les projets, encore plus ambitieux, fleurissent lorsqu'elle regagne l'Asie. « Mon désir de carrière restait à assouvir. C'était trop tôt, une sorte de sixième sens m'a bien conseillé », confie-t-elle.
Alexandra gagne en compétence jusqu'à devenir directrice de son département, l'étape d'après étant un poste de « general manager ». Mais ce n'était pas la suite logique pour elle. A 40 ans, elle dresse un bilan de ce qu'elle a accompli et se sent « fière », satisfaite.
Il y a presque un an, Alexandra repose donc ses valises en France. Avec un état d'esprit tout à fait différent de celui de son premier retour. Elle s'octroie quelques mois sabbatiques pour « profiter de l'Europe » et se ré-acclimater. Concernant sa carrière, c'est désormais fixé, elle veut enseigner. Devenir professeure de design et d'architecture d'intérieur. D'ici quelques mois, elle reprendra donc ses études pour finaliser ce nouveau challenge et obtenir un master en validant ses acquis. Plus posée, elle compte « surfer avec la vague » concernant son travail et précise : « Aujourd'hui, je ne veux plus repartir. Je me suis rendue compte que j'étais prête à rester. » Elle, dont la vie a été portée par le domaine professionnel, entend rééquilibrer la balance et accorder plus d'importance au personnel.
Peu à peu, elle se réhabitue au quotidien français :
A son retour, elle n'a pas connu de soucis concernant le logement, vu qu'elle en possédait déjà un, et ses proches ont su l'orienter pour les démarches. « Je ne me suis pas sentie perdue. Partout où j'allais, j'ai été accueillie avec enthousiasme et positivisme. Evidemment, de par mon expérience, je reste un 'extraterrestre' pour les gens, mais cela ne m'a pas découragée. »
Surtout, elle se dit satisfaite de ce retour, entièrement désiré et réfléchi. « Il n'y a pas de spontanéité, finalement, il s'agit d'un plan de reconversion. J'ai réussi à faire ce que j'avais à faire, j'ai terminé un cycle. » Pour en commencer un nouveau.
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