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ÉconomieFrance

Face au Brexit, le gouvernement français tente de rassurer les entreprises

Photo de Grégoire Normand

Grégoire Normand

Publié le 24 octobre 2018 à 04:15 - Mis à jour le 24 octobre 2018 à 15:56

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Les entreprises françaises doivent se préparer "à toutes les options" pour le Brexit y compris une sortie du Royaume-Uni sans accord avec l'Union européenne, a prévenu le gouvernement lors d'une réunion avec les fédérations professionnelles mardi 23 octobre.

À moins de six mois de la sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne, les entreprises françaises se retrouvent dans l'incertitude la plus totale. La multiplication des difficultés et des points de désaccord entre le gouvernement britannique et les représentants des institutions européennes plongent les entrepreneurs dans les risques d'une impréparation. Face à ce brouillard, l'administration du ministère de l'Économie planche depuis le mois de juillet 2016 sur les différents scénarios possibles.

À Bercy, les fonctionnaires tentent de rassurer mais le défi à relever reste immense pour le tissu de PME françaises, surtout si elles "doivent se préparer à toutes les options". "C'est un message qu'il faut que nous fassions passer fortement aux entreprises", a expliqué une source de Bercy avant la réunion mardi 23 octobre en fin d'après-midi entre la secrétaire d'État, Agnès Pannier-Runacher, et les représentants des entreprises. Selon Bercy, près de 30.000 entreprises françaises exportent vers le Royaume-Uni, mais un nombre plus conséquent serait concerné.

Deux scénarios possibles

Depuis plusieurs mois, la Commission européenne tente de trouver un accord avec le Royaume-Uni sans réel succès. Les divisions au sein du gouvernement britannique compliquent la tâche outre-Manche. Deux scénarios principaux se dessinent cependant à l'horizon du 30 mars 2019 :

  • une sortie avec accord permettrait d'avoir une période de transition. Ce qui signifie que "les biens, les services, les capitaux et les ressortissants britanniques continuent d'être soumis aux droits et obligations réservés aux membres de l'UE 27 jusqu'à décembre 2020." Pour les entreprises, ce serait le statut quo pendant 21 mois. Elles auraient donc plus de temps pour se préparer.
  • une sortie sans accord n'entraînerait pas de période de transition. Ce qui veut dire que "les biens, les services, les capitaux et les ressortissants britanniques cessent de bénéficier des droits et obligations réservés aux membres de l'UE à 27." Dans cette hypothèse, cela entraînerait le rétablissement immédiat des droits de douanes, le rétablissement de certaines réglementations à l'exportation ou à l'importation, ou l'application de contrôle sanitaire sur des produits agroalimentaires.

Bien qu'elles manquent de visibilité, les entreprises françaises doivent se préparer à tous les scénarios pour le Brexit, y compris une sortie sans accord du Royaume-Uni de l'UE, a prévenu le 23 octobre le gouvernement devant les représentants du Medef, de l'Afep, de la CPME et des organisations représentant des filières également.

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Un enjeu de taille pour les PME

Toutes les entreprises françaises ne sont pas forcément armées pour affronter la sortie de la puissance britannique du marché commun. En effet, si les grandes entreprises ont souvent les moyens juridiques et financiers pour se préparer à toutes les possibilités, ce n'est pas forcément le cas des petites et moyennes entreprises françaises, ni des entreprises de tailles intermédiaire (ETI).

Pour tenter d'aider le tissu de petites entreprises françaises exportatrices, les fonctionnaires de Bercy recommandent aux entreprises "de réaliser un autodiagnostic pour recenser toutes les conséquences sur leur activité."  Ils suggèrent par la suite "d'identifier les mesures à prendre et d'alerter les sous-traitants sur les mesures à prendre pour limiter l'impact du Brexit et de mettre en oeuvre ces mesures", tout en prenant en compte plusieurs paramètres de taille tels que "les conditions de sortie du Royaume-Uni et des éventuelles mesures décidées par le Royaume-Uni."

Le gouvernement assure, de son côté, avoir recruté des effectifs supplémentaires pour assurer "le fonctionnement optimal de la frontière." D'après les derniers chiffres communiqués, plus de 700 agents supplémentaires ont été embauchés pour la douane, les services d'inspection phytosanitaire et vétérinaire.

En outre, l'administration de Bercy a mis en route deux numéros de téléphone pour accompagner les chefs d'entreprise dans leurs démarches sur les questions de barrières douanières notamment. Le gouvernement avait déjà présenté début octobre en conseil des ministres un projet de loi destiné à préparer l'hypothèse de l'absence d'accord entre l'Union européenne et Londres sur le Brexit, afin de parer à nombre de vides juridiques. Malgré ces précautions, les conséquences pourraient se chiffrer en milliards de pertes pour l'économie française.

Trois milliards de pertes en cas de no deal

Les conséquences d'une issue sans accord pourraient être relativement importantes pour les entreprises françaises. Selon une étude d'Euler Hemes publiée ce mercredi 23 octobre, la France pourrait accuser 3 milliards d'euros de pertes d'exportations en 2019 en cas de Brexit sans accord de libre-échange. Les économistes assurent que si les règles de l'organisation mondiale du commerce (OMC) s'appliquent, les taxes à l'importation augmenteront des deux côtés de la Manche entre 4% et 5%. L'accès au marché britannique pourrait être bien plus coûteux pour les entreprises françaises et européennes. Dans un communiqué, la CPME avait alerté que le Brexit représentait "une réelle menace pour les PME françaises."

"Le Royaume-Uni est le cinquième client pour les exportations françaises tandis qu'il est notre septième fournisseur. En 2016, nos échanges avec le Royaume-Uni représentaient le premier excédent commercial de la France au titre des échanges de biens (11,8 milliards d'euros). Aussi, quels que soient les accords à venir, une période de transition sera indispensable.Aujourd'hui, par exemple, 500 camions étrangers font l'objet de formalités douanières à l'entrée au Royaume-Uni. Demain, sans période d'ajustement, ce ne seraient pas moins de 8.000 véhicules supplémentaires qui seraient concernés. Le blocage guette."

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Le renforcement des contrôles aux frontières et l'allongement des formalités administratives pourraient peser notamment sur les coûts de transport. D'après l'assureur précité, les secteurs les plus touchés seraient "l'automobile (378 millions d'euros de pertes d'exportations de biens en 2019), les machines et équipements (324 millions d'euros), l'électronique (177 millions d'euros), l'aéronautique (160 millions d'euros) et les boissons (157 millions d'euros). " À l'approche de l'échéance, de nombreuses questions restent donc en suspens pour un certain nombre de secteurs stratégiques. 

Grégoire Normand

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