La Corse s'embrase en pleine présidentielle, mais Paris préfère parler d'autre chose
Marc Endeweld
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Photo d'illustration
Christian Hartmann
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L'agression d'Yvan Colonna, le 2 mars, par un détenu djihadiste à la maison d'arrêt d'Arles, a embrasé depuis quelques jours l'île de beauté. Condamné à l'origine pour le meurtre du préfet Érignac, Colonna est aujourd'hui entre la vie et la mort. Les images des émeutes de Bastia à Ajaccio en passant par Corte sont impressionnantes mais suscitent finalement assez peu de commentaires politiques à Paris, à un mois de la présidentielle. En Corse, le malaise est grand pourtant, et dépasse largement les différents clans des « natios ». Malaise doublé d'une amertume. Car derrière l'étincelle, on trouve de multiples intérêts, haines cuites et recuites, histoires de familles, sur fond de combinazione politique digne d'un autre temps. Une fois encore, le « nouveau monde » du macronisme n'a pas su dépasser les malentendus et les antagonismes. À l'ombre des conciliabules, il les a plutôt exacerbé, en l'absence de véritable projet politique pour les Corses.
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C'est ce qu'on apprenait cette semaine dans un article du Canard Enchaîné qui a jeté de nouveau de l'huile sur le feu. Signé de mes confrères Didier Hassoux et Christophe Labbé, il révèle les petits arrangements politiques en cours qui sont désormais compromis : « Les projets corses de Macron ruinés à la prison d'Arles », titre le journal satirique de révélation. En quelques paragraphes, on découvre ainsi que la réélection d'Emmanuel Macron devait permettre l'avènement d'une nouvelle ère des relations entre l'État et la collectivité territoriale corse. Concrètement, le château a joué ses dernières semaines natios contre natios, négociant en priorité avec Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse, lui assurant que plusieurs détenus (dont Colonna) pourrait être transférés sur l'île, et qu'après l'élection, le territoire insulaire profiterait d'une « autonomie de plein droit ». En échange, Simeoni s'engageait à soutenir publiquement Emmanuel Macron à la présidentielle, et écartait le turbulent Jean-Guy Talamoni, représentatif de la mouvance indépendantiste.
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