De la Sibérie au Sahel, les pièges russes pour la France
Marc Endeweld
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Sur le dossier ukrainien, Emmanuel Macron a donné l'impression ces derniers jours qu'il pouvait jouer le rôle de conciliateur entre les différentes forces en présence. Depuis le début de son quinquennat, il revendique ainsi la restauration d'un dialogue bilatéral soutenu entre la France et la Russie. C'est un peu vite oublier que la France pourrait se retrouver au coeur d'éventuelles sanctions américaines. D'abord, on le sait, le groupe français Engie est engagé dans le projet de gazoduc Nord Stream 2 qui doit relier directement la Russie à l'Allemagne par la mer Baltique. Surtout, la France a d'autres intérêts qui pourraient rapidement se retrouver sous le coup de menaces américaines à l'encontre de la Russie.
En effet, personne ne le relève dans le « débat » diplomatique et stratégique en cours, mais la société TotalEnergies a d'énormes investissements en Russie. En 2020, 17 % de sa production en pétrole et gaz provenait de la Russie, 24 % de ses réserves prouvées en pétrole et gaz se situent dans ce pays. C'est considérable pour le groupe français qui a mené un rapprochement avec la Russie depuis fort longtemps. Mais c'est sous la présidence de Christophe de Margerie que les liens se sont considérablement renforcés. Le coeur de cette coopération ? Le site de Yamal en Sibérie, où Total avec le groupe russe Novatek et des capitaux chinois, a lancé depuis 2013 un gigantesque complexe de production de gaz naturel liquéfié (GNL) pour un investissement global de 27 milliards de dollars. Ce projet est un prouesse technique (car les conditions de production dans ce grand nord sont très difficiles), et permet depuis quelques années déjà à la Russie d'exporter son gaz plus uniquement par la voie des fameux gazoducs.
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Face aux Américains qui ont développé ces dernières années leur propre filière de GNL à partir du gaz de schiste, les Russes ont donc réussi à prendre pied sur le marché mondial du GNL grâce aux Français de Total qui dispose de 20 % du capital de Novatek, deuxième producteur de gaz en Russie après Gazprom.
Marc Endeweld