Fractures territoriales : le Medef tire la sonnette d'alarme

Selon une étude de l'IFOP réalisée pour le Medef, que dévoile La Tribune en exclusivité, 80% des Français continuent de penser que plusieurs pays cohabitent sur un seul et même territoire national. Quelle que soit leur localisation géographique, la facilité à trouver un emploi constitue leur priorité principale. A la veille d'élections locales et nationales, les élus comme les chefs d'entreprise ont tout intérêt à relever ce défi à bras-le-corps.
César Armand

5 mn

Le président du Mouvement des entreprises de France (Medef) Geoffroy Roux de Bézieux.
Le président du Mouvement des entreprises de France (Medef) Geoffroy Roux de Bézieux. (Crédits : GONZALO FUENTES)

Deux ans après l'hiver des Gilets jaunes et la publication de l'essai du politologue Jérôme Fourquet (1), la France reste-t-elle un « archipel d'îles s'ignorant les unes les autres » ? Est-elle toujours « en morceaux » (Institut Montaigne, 2019) entre les « affranchis » des contraintes territoriales et sociales et les « assignés » qui subissent de plein fouet les inégalités ? Un an après le début de la crise économique et sanitaire et un an avant l'élection présidentielle de 2022, le Mouvement des entreprises de France (Medef) reprend ce constat à son compte : l'Hexagone est un « puzzle », « un pays profondément déséquilibré ». Sans doute souhaite-t-il alerter les responsables politiques qui s'affronteront lors des prochaines échéances électorales.

La France recouvre des inégalités dans ses territoires

Toujours est-il qu'en attendant, s'appuyant sur des données de l'Institut Montaigne du printemps 2021, le Medef relève que quinze métropoles concentrent 81% de la croissance économique alors qu'elles ne représentent que 30% de la population française. Les 70% restants vivent dans des « territoires épars » où le niveau de niveau stagne voire décline.

Des réalités et des ressentis qui se retrouvent dans l'étude commandée à l'IFOP (dont le directeur « opinion et stratégies d'entreprise » n'est autre Jérôme Fourquet) que La Tribune dévoile en exclusivité. Il ressort en effet de cette enquête réalisée auprès de 1.515 personnes, que 8 Français sur 10 estiment que la France est un pays qui recouvre des inégalités au sein de ses territoires. Une enquête révélée ce mercredi 5 mai dans le cadre de la REF (Rencontre des entrepreneurs de France) thématique consacrée aux territoires.

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Selon le lieu où le sondé vit, la perception du phénomène diffère. 25% des habitants de l'agglomération parisienne par exemple jugent la France comme un pays territorialement équilibré, contre 20% au niveau national. De la même manière, « seulement » 57% des Franciliens estiment que ces inégalités se sont aggravées au cours de la dernière décennie, contre 64% personnes habitant la province. Ceci s'explique sans doute par le fait que selon des données de l'Insee de juin 2020, la région-capitale concentre 31% du PIB, 23% des emplois nationaux - et même 34% des cadres - alors qu'elle ne représente que 2% du territoire national.

La création d'emplois, priorité des Français

A un mois et demi du premier tour des élections départementales et régionales, les 20 et 27 juin, et près d'un an après le second tour des élections municipales, les acteurs politiques - les communes (75%) - les acteurs publics - les associations (67%) - et les acteurs locaux sont ceux qui recueillent la confiance des Français pour agir sur la réduction des inégalités territoriales. A l'inverse, les conseils régionaux (58%) et départementaux (57%) comme les entreprises (50%) se situent au milieu du gué.

Faut-il l'interpréter comme un plébiscite pour les maires qui demeurent les élus préférés des Français grâce à leur proximité « à portée d'engueulades » ? Et comme un désaveu pour les régions, encore et toujours perçues comme des mastodontes éloignés du terrain malgré leur pouvoir économique, mais aussi pour les départements, malgré leurs compétences sociales comme le RSA ? Les patrons doivent-ils quitter les centres-villes de grandes agglomérations et investir dans le « désert français » ?

En tout cas, moins de la majorité - 42% - des sondés considèrent qu'il est facile de trouver un emploi dans sa commune ou les communes environnantes. D'ailleurs, 34% et 20% d'entre eux citent en tête de leurs priorités la création d'emplois et l'implantation d'entreprises pour améliorer l'attractivité de l'endroit dans lequel ils vivent. Dans ces deux domaines, l'attente se révèle beaucoup plus forte dans les petites communes que dans les grandes villes : 36% versus 29%, et 23% contre 13%.

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Un exode urbain limité au départ des cadres ?

C'est un message clair adressé par le panel : les chefs d'entreprise doivent s'éloigner des métropoles et se concentrer sur les autres territoires comme les villes moyennes, ces communes entre 10.000 et 100.000 habitants dans lesquelles les Français aspireraient désormais à vivre. 51% des habitants de grandes villes déclarent par exemple avoir déjà envisagé de déménager pour un endroit plus attractif au profit d'une meilleure qualité de vie.

Une tendance confirmée par une étude publiée par Cadre Emploi le 27 avril dernier. Cette dernière montre que le nombre de Franciliens ayant recherché un emploi en région a augmenté de 31% entre mars 2020 et mars 2021. Autrement dit, un cadre sur cinq de la région parisien cherche à s'installer ailleurs. Dix départements sortent ainsi du lot : la Gironde, la Loire-Atlantique, le Rhône, les Bouches-du-Rhône, le Nord, l'Ille-et-Vilaine, la Haute-Garonne, l'Aveyron, les Alpes-Maritimes et l'Oise.

Cet exode urbain se limitera-t-il à un départ des cadres ? Au regard du sondage, il semblerait que seuls ces actifs soient en capacité de tout quitter. A la différence des ménages les plus aisés qui recherchent une bonne qualité de vie, une facilité d'accès aux soins et la présence de commerces de proximité, les ménages les plus pauvres recherchent, eux, la facilité à trouver un emploi. Elle est au cœur des préoccupations de ces derniers pour 32% d'entre eux contre 12% pour les plus riches.

En définitive, quelle que soit leur implantation géographique et dans leur très grande majorité, les Français considèrent le pays comme inégalitaire. Sans surprise, ce sentiment est moins fort dans la France urbaine que dans la France périurbaine et rurale. Cette appréciation se retrouve d'ailleurs dans la qualification de territoire « attractif » : trois-quarts des habitants d'Île-de-France le voient comme tels, à l'inverse par exemple de 55% de ceux dans le Nord-Est. Sans parler de la disponibilité des emplois qui demeure la première source d'insatisfaction, toutes communes confondues.

(1) Auteur de L'Archipel français, Seuil, 2019.

César Armand

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Commentaires 7
à écrit le 05/05/2021 à 9:43
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On ne peut-être étonné de cette situation. Localement les élus ont un rôle important à jouer à condition qu’ils en soient compétents sans oublier le copinage politique qui favorise les amis, qui laissent peu de place à une vision de développement hor...

à écrit le 05/05/2021 à 8:47
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Les inégalités ce sont des différences et les différences ce sont de la richesse. Mais non surtout pas il faut que tout le monde ai un frigo qui commande tout seul directement à une société marchande ce qui nous manque.

à écrit le 04/05/2021 à 22:50
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Il y a Paris et il y a le reste de la France. Je n'ai rien contre les parisiens, eux n'y sont pour rien et d'ailleurs deviennent souvent parisiens parce-que c'est là qu'il y a du boulot. Mais les hautes administrations et ministères sont à Paris, l...

le 05/05/2021 à 18:52
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Paris a bon dos. la zone sud, sud ouest n'est pas en reste et capte l'essentiel des investissement avec la complicité passive de l'Etat. Mais c'est un problème sans fin car si vous zoomer encore plus vous trouver également intra régional. ex...

à écrit le 04/05/2021 à 20:58
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On dirait que certains découvrent l'eau chaude...

à écrit le 04/05/2021 à 19:09
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Le syndicat des millionnaires du CAC40 ayant échappé à l'ISF, la surtaxe sur les très haut revenus tout en bénéficiant du bouclier fiscal (aka PFU) sur les plus-values mobilières et des prêts garantis par nos impôts, tire la sonnette d'alarme sur ...

à écrit le 04/05/2021 à 18:39
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paris et le desert francais ca date des annees 70 non, la france c'est bcp mieux, c'est les balkans fragmentee par regions, par religion, economiquement socialement, societalement quand un des barils de poudre va peter, les autres suivront et vu ...

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