Face à une vaccination chaotique en entreprise, Medef et CFDT lancent un appel pour accélérer

Alors qu'Emmanuel Macron a annoncé son élargissement à tous les adultes en France à partir du 15 juin, la campagne vaccinale reste anecdotique dans les entreprises et se heurte à plusieurs obstacles. Réunis lors d'une conférence de presse, le Medef et la CFDT ont formé un duo inédit pour appeler à utiliser davantage les services de santé au travail.

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Réunis au siège du CMIE ce lundi 3 mai, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, et Geoffroy Roux de Bézieux, président du MEDEF, ont lancé un appel commun pour la vaccination des salariés. (Photo : Margaux Fodéré)
Réunis au siège du CMIE ce lundi 3 mai, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, et Geoffroy Roux de Bézieux, président du MEDEF, ont lancé un appel commun pour la vaccination des salariés. (Photo : Margaux Fodéré) (Crédits : Reuters)

Lancée le 25 février dernier en France, la vaccination en entreprise avance à un rythme d'escargot. Les chiffres sont sans appel : avec un peu plus de 400.000 injections effectuées par les médecins du travail et 43.000 par les services de santé au travail, d'après les chiffres du ministère du Travail, la route est encore longue. Et ce alors que les SSTI, des « associations d'employeurs qui mutualisent des moyens pour préserver la santé des salariés », accompagnent près de 15 millions de salariés en France, selon Présanse, l'organisme qui réunit les 240 SSTI en France. Face à l'urgence de corriger cet échec, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, et Geoffroy Roux de Bézieux, président du MEDEF, se sont réunis ensemble. Une première.

« Nous souhaitons voir la vaccination dans les services de santé au travail très fortement accélérée », alors qu'ils « sont prêts à monter en puissance », a déclaré M. Roux de Bézieux au Centre médical interentreprises Europe (CMIE) qui a également évoqué « les silos de l'administration française ». Dans le détail, les deux organisations estiment que les services de santé au travail se sont heurtés à un triple-obstacle.

Lire aussi : Peu de doses disponibles et des délais: la vaccination en entreprise démarre au ralenti

Une fiole de dix doses d'AstraZeneca

D'abord, beaucoup de salariés restent méfiants vis-à-vis du vaccin AstraZeneca depuis la suspension du vaccin à la mi-mars, a déploré le Medef. Ensuite, la vaccination en entreprise souffre d'un déficit de communication qui ne permet pas de toucher tous les salariés. Surtout, l'approvisionnement en vaccins est limité : un professionnel de santé des SSTI ne peut recevoir qu'une fiole de dix doses d'AstraZeneca par semaine, et une fiole de cinq doses de Janssen (Johnson & Johsnon), a rappelé Claudine Sulitzer, présidente du CMIE. « Il n'y a pas assez de doses », a-t-elle lâché . Ainsi, très peu de salariés ont déjà pu bénéficier de la vaccination au travail. A titre d'exemple, seulement 3.062 personnes ont été vaccinées depuis le début de la campagne par le CMIE, qui suit pourtant près de 380.786 salariés.

Les SSTI pourraient-elles accélérer la cadence ? Oui, selon la présidente du CMIE : « avec près de 80 médecins dédiant la moitié de leur temps à la vaccination, la CMIE a un potentiel de 163.000 vaccinés sur 3 mois », fait-elle valoir. Surtout, les salariés sont de plus en plus demandeurs. En effet, 85% souhaitent que leur employeur « mette en place un dispositif de vaccination sur leur lieu de travail », selon une étude publiée fin avril par la CFDT. Ce qu'il faut, note Laurent Berger, c'est « vacciner le maximum de salariés sur la base du volontariat ».

Consensus sur une prime « infantilisante »

Pour cela, syndicat et patronat demandent l'élargissement des personnes éligibles à la vaccination. A la CMIE, l'ouverture d'une cible initialement portée sur les 60 ans avec co-morbidités, vers les 55 ans et plus, a permis d'ouvrir la vaccination à 60.000 personnes, contre 9.300 sur la première cible.

En parallèle de l'approvisionnement, il faut surtout « donner la volonté d'aller se faire vacciner », « à travers des messages » et « des services de proximité », a insisté le secrétaire général de la CFDT. Il faut que les services de santé au travail soient davantage vus comme « des opportunités », a-t-il précisé. En particulier, ce déploiement requiert des campagnes de communication plus directes entre les médecins et leurs patients, au-delà du digital, d'après lui.

En revanche, sur la question de la prime pour inciter les salariés à se faire vacciner, comme aux Etats-Unis, les intervenants ne s'y sont pas montrés favorables, le président du Medef rappelant que la vaccination est à la fois un « acte personnel et collectif ». De son côté, Laurent Berger juge la juge « infantilisant(e) ».

En France, plus de 15 millions de personnes ont déjà reçu au moins une dose de vaccin, soit 23,56% de la population selon le dispositif CovidTracker du Ministère de la santé au 2 mai. La France a déjà réceptionné plus de 25 millions doses de vaccin au 28 avril, d'après le site VaccinTracker, et 77,3 millions de doses devraient être livrées d'ici à la fin du premier semestre, a annoncé la Direction générale de la Santé.

Lire aussi : Covid-19 : quand les maires accélèrent localement la campagne de vaccination

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Commentaires 6
à écrit le 05/05/2021 à 0:03
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Comme des millions de français, je n'ai aucun bénéfice à me faire vacciner contre ce virus. Je laisse donc les doses disponibles aux rares personnes qui peuvent potentiellement en tirer un bénéfice sanitaire.

le 06/05/2021 à 9:34
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Si vous laissez votre dose a d'autre ça signifie que vous êtes éligible a vous faire vacciner contrairement a la masse salariale...

à écrit le 04/05/2021 à 17:11
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En parlant d'entreprise ,si la Tribune veut une info ,IBM France vient d'annoncer aujourd’hui que son PSE se transformait en PDV (plan de départ volontaire).

à écrit le 04/05/2021 à 13:46
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MEDEF et CFDT...même combat ! Lrem et LR même combat! Nous savons donc qui gouvernera la France en 2022. Macron !

à écrit le 04/05/2021 à 13:33
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La médecine du travail a été massacrée, comme la psy. En 1997, il y avait près de 13 000 médecins du travail. En 2019 il n'en restait plus que 5000 et ce chiffre devrait encore chuter de 10% avant 2030. Dans beaucoup d'entreprises, Il n'y a mêm...

à écrit le 04/05/2021 à 12:48
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Copain comme cochon.

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