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ÉconomieFrance

Gel des pensions de retraite : « année noire » en vue pour des millions de seniors

Valentine Roux

Publié le 16 juillet 2025 à 16:39 - Mis à jour le 16 juillet 2025 à 19:30

Les pensions de retraite ne seront pas épargnées par le plan budgétaire présenté mardi 15 juillet par François Bayrou.

Les pensions de retraite ne seront pas épargnées par le plan budgétaire présenté mardi 15 juillet par François Bayrou.

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Le Premier ministre a annoncé un gel des pensions de retraite dans le budget 2026. Une mesure qui pourrait faire reculer le niveau de vie de millions de retraités.

Quand François Bayrou annonce une « année blanche », les retraités plongent dans le noir. Les pensions de retraite ne seront pas épargnées par le plan budgétaire présenté ce mardi 15 juillet par le Premier ministre. Pour réaliser 43,8 milliards d'euros d'économies, ce sont tous les seniors, et pas seulement les plus aisés, qui seront mis à contribution.

Si le Parlement valide cette décision en fin d'année, une « année blanche » s'appliquera dès 2026 afin de réaliser sept milliards d'euros d'économies. Concrètement, aucune prestation sociale ne sera revalorisée pour compenser l'inflation. Les allocations familiales, le Revenu de solidarité active (RSA), l'Aide personnalisée au logement (APL), la prime d'activité et les pensions de retraite seront directement touchés.

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Près de 17 millions de retraités verront leur pouvoir d'achat amputé, même si le rythme actuel de l'inflation devrait rester limité. Une perte silencieuse et brutale, notamment pour les retraités les plus modestes.

Les retraités les plus modestes en première ligne

Si « l'année blanche » est adoptée par le Parlement en fin d'année, les pensions de retraite ne seront pas revalorisées automatiquement au 1er janvier. Pour Fabrice Angéi, retraité et ancien secrétaire confédéral de la CGT, cette décision marque une véritable « année noire » pour les retraités, puisque le gel des pensions entraînera une perte de « pouvoir d'achat importante », surtout pour les plus modestes.

Concrètement, un retraité percevant 1 000 euros par mois en 2025 recevra la même somme en 2026, alors qu'avec une revalorisation basée sur une inflation à 1,4 %, sa pension aurait dû augmenter à 1 014 euros pour l'année à venir. Sur un an, cela représente 168 euros de moins, un montant significatif pour un budget serré, alors même que le coût de la vie continue d'augmenter.

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Isabelle Sénécal, responsable du plaidoyer à l'association des Petits Frères des Pauvres qui œuvre contre l'isolement des seniors, lance un avertissement clair : « Le vrai problème, c'est que ce gel frappe toutes les pensions de retraite, sans épargner les retraités les plus modestes ». Elle ajoute également :

« Tant mieux pour ceux qui ont des bonnes retraites, qui vont mieux absorber le choc. Pour les retraités les plus modestes, cette diminution du pouvoir d'achat va se matérialiser par des privations qui vont toucher les liens sociaux : recevoir ses proches, partir en vacances, faire des sorties ».

Au-delà du gel des pensions de retraite, les minimas sociaux seront eux aussi figés en 2026, y compris donc l'allocation spécifique aux personnes âgées (Aspa), qui complète les revenus des personnes de 65 ans et plus pour atteindre un minimum garanti. Une décision qui risque d'amplifier la précarité des retraités les plus démunis, alors même que le pays atteint des niveaux de pauvreté inégalés.

Des annonces à contre-courant

Les annonces de François Bayrou tombent quelques jours à peine après un constat alarmant de l'Insee sur l'état social du pays. Publiés le 7 juillet, les chiffres pour l'année 2023 révèlent un taux de pauvreté à 15,4 %, un record depuis le début du suivi en 1996.

Pour la représentante de l'association Les Petits Frères des Pauvres, le signal envoyé par le gouvernement est inquiétant. Selon elle, « le timing des annonces de François Bayrou, juste après cette alerte sur la hausse de la pauvreté par l'Insee, envoie un signal très préoccupant puisque, à l'instar des autres catégories de populations, la pauvreté des personnes âgées est à un niveau alarmant. ». La responsable de plaidoyer le rappelle, selon un rapport de 2024 de l'association Les Petits Frères des pauvres, près deux millions de personnes de 60 ans et plus vivent sous le seuil de pauvreté (fixé à 1 216 euros pour une personne seule).

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Luc Farré, secrétaire général de l'Union nationale des syndicats autonomes (UNSA), partage le même constat. Ne pas protéger les petites pensions dans un contexte de forte progression de la pauvreté, confirmé par les derniers chiffres de l'Insee, « pose un véritable problème de justice sociale ».

Sentiment d'injustice

Au-delà du gel des pensions de retraite, le Premier ministre a également annoncé une mesure ciblée pour les retraités plus aisés. L'abattement fiscal de 10 % pour frais professionnels dans le calcul de l'impôt sur le revenu, dont ils bénéficient actuellement, sera remplacé par un forfait fixe de 2 000 euros par an et par personne. Évoquant cette mesure, François Bayrou a parlé d'un « effort important mais temporaire et juste ». Le ministre de l'Économie, Éric Lombard, a quant à lui défendu « une mesure de justice sociale ».

Du côté des représentants syndicaux et associatifs interrogés par La Tribune, le ton est tout autre. Pour eux, les annonces gouvernementales marquent une ligne rouge. Entre le gel des pensions de retraite, celui de l'Aspa, et la fin de l'abattement fiscal pour les retraités aisés, la charge supportée par les retraités est insoutenable. Fabrice Angéi, retraité et ancien secrétaire confédéral de la CGT, dénonce un traitement injuste : « C'est un véritable mépris des retraités. Aucun effort n'a été imposé aux grandes entreprises, ni aux très grandes fortunes. La justice sociale commence par là. »

Même réaction du côté de Luc Farré, secrétaire général de l'Unsa, qui pointe une répartition déséquilibrée de l'effort : « Ces annonces paraissent injustes. Il aurait fallu de vraies mesures sur les ultra-riches et les entreprises, pour que le fardeau ne repose pas uniquement sur les retraités. » La responsable de plaidoyer de l'association des Petits frères des pauvres, elle, alerte sur les effets à long terme de ces mesures : « Le gouvernement réalisera des économies à court terme, mais que se passera-t-il quand les retraités modestes devront renoncer aux soins ou feront face à une perte d'autonomie ? Ce sera bien plus coûteux à l'arrivée. »

Non-remboursement des médicaments

L'autre mesure budgétaire annoncée par le Premier ministre, qui inquiète profondément les retraités, concerne le doublement de la franchise annuelle sur le remboursement des médicaments, qui passera de 50 à 100 euros dès 2026.

Concrètement, ce plafond correspond aux franchises médicales, c'est-à-dire les sommes automatiquement déduites par l'Assurance maladie lors des remboursements. Actuellement, un euro est prélevé sur chaque médicament, dans la limite de 50 euros par an. En 2026, ce prélèvement d'un euro par médicament restera, mais le plafond annuel passera à 100 euros.

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Pour Luc Farré, secrétaire général de l'Unsa, « la hausse du plafond de remboursement des médicaments va d'abord impacter les retraités, qui dépensent déjà beaucoup pour leur santé ». Même son de cloche chez Fabrice Angéi, retraité et ancien secrétaire confédéral de la CGT : « A la retraite, c'est là que les pépins s'accumulent en matière de santé, le doublement de la franchise va impacter de plein fouet les retraités. »

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Face à l'accumulation des mesures qui pèsent sur les retraités, la responsable du plaidoyer pour l'association des Petits Frères des Pauvres conclut : « Vieillir pauvre n'est souhaitable pour personne. On oublie souvent cette pauvreté invisible, car c'est une population résignée qui ne descendra pas dans la rue pour s'opposer aux annonces de François Bayrou. »

Valentine Roux

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