Situation financière de Go Sport : la justice tranchera le 19 janvier

Au bord de la cession de paiement de l'avis des syndicats, mais encore à flot selon ses dirigeants, Go Sport voyait son sort étudié par le tribunal de commerce de Grenoble ce lundi. L'objectif est de faire la lumière sur sa santé financière et de répondre aux inquiétudes de ses 2.100 salariés. Mais l'enseigne devra finalement attendre le 19 janvier pour savoir ce qu'elle devient.
Les dirigeants de la maison-mère de Go Sport martèlent que le distributeur « n'est pas en état de cessation de paiement » et que sa situation n'a rien à voir avec celle du Nordiste Camaieu.
Les dirigeants de la maison-mère de Go Sport martèlent que le distributeur « n'est pas en état de cessation de paiement » et que sa situation n'a rien à voir avec celle du Nordiste Camaieu. (Crédits : DR)

Go Sport, le distributeur d'articles de sport fondé en 1978, est-il en cessation de paiement ? La question n'a finalement pas été tranchée ce lundi alors que son dossier était étudié, depuis 9 heures ce matin, par le tribunal de commerce de Grenoble, non loin du siège du groupe à Sassenage (Isère).

Après une audience d'une heure et demie, la décision a été mise en délibéré au 19 janvier, selon l'avocat du CSE et du CSE de Go Sport, a pu constater La Tribune sur place.

Fin décembre, la justice avait entendu une première fois les différentes parties, puis chargé un juge enquêteur de « faire un état précis de la situation financière » du groupe et de sa filiale Go Sport France, avec l'aide de ses cabinets d'audit et de ses commissaires aux comptes.

Une audience très attendue

« On ne veut pas choisir entre la peste et le choléra : qui est une soit une conciliation, soit un redressement judiciaire, avec dans les deux cas, les possibilités de casse sociale qui pourraient survenir ». Tel était le message martelé par les représentants du CSE de Go Sport ce lundi matin, au tribunal de commerce de Grenoble où se déroulait la nouvelle audience très attendue pour le distributeur isérois d'articles de sport.

Repris par le bordelais Hermione People and Brands (HPB) fin 2021, les représentants des salariés de Go Sport s'inquiétaient depuis plusieurs mois de la situation de l'entreprise et avaient émis un droit d'alerte « afin de ne pas devenir le nouveau Camaïeu », qui était lui-même détenu par le même actionnaire.

L'audience de ce lundi matin devait donc servir à faire lumière sur les finances de l'entreprise, et sur les craintes de cessation de paiements, nourries par les syndicats. Elle aura finalement duré près d'une heure et demie, une durée au terme de laquelle le tribunal de commerce aura finalement choisi de placer sa décision en délibéré au jeudi 19 janvier prochain.

« Aujourd'hui, rien n'est tranché, l'angoisse reste la même pour les salariés. Là où l'on est satisfaits, c'est que la justice nous a entendu. Nous avons pointé la responsabilité entière de l'actionnaire, de M. Hubner (dirigeant de la branche retail de HPB, ndlr) et a été mise en exergue le fait que personne en comprenait comment Gap était un élément de croissance externe, et en quoi Gap allait pouvoir tirer Go Sport vers le haut », a souligné Christophe Lavalle, porte-parole du CSE, à sa sortie de l'audience.

Sur place, l'avocate du CSE de Go Sport, Evelyn Bledniak, se garde de tout pronostic : « les élus syndicaux ont rappelé que bien évidemment, si nous étions encore là, c'est du fait des remontées de cash de HPB et de l'opération aussi avec Gap, sur laquelle le tribunal s'interrogeant, comme tout le monde ici, sur l'intérêt social de cette opération. Et cela, outre la question de la valorisation de Gap, qui n'était pas le sujet du débat aujourd'hui, et qui pourra faire l'objet d'un autre débat judiciaire ».

Un enjeu : le placement ou non en redressement judiciaire

Si la tenue des discussions demeure confidentielle à ce stade, notamment concernant l'état des comptes qui ont été présentés ce lundi matin à la barre du tribunal de commerce, le groupe HPB aurait par ailleurs indiqué avoir réinjecté près de 4 millions d'euros dans la trésorerie de Go Sport, une somme qui devra toutefois être vérifiée et justifiée par des preuves bancaires.

Tout l'enjeu sera désormais de savoir si le tribunal de commerce de Grenoble considérera que Go Sport se trouve actuellement en situation de cessation de paiement, ce qui ouvrirait ainsi la voie à une mise en redressement judiciaire, ou bien si la situation financière conduit plutôt à une procédure de conciliation, déjà sollicitée par l'actionnaire HPB, et qui lui permettrait de choisir lui-même son futur repreneur.

Une autre question interroge également : quid des conséquences du rachat annoncé, en plein coeur de la procédure, de la marque Gap France, déjà propriété du groupe HPB, par Go Sport lui-même, sous l'impulsion du même groupe HPB et que les salariés dénoncent comme « une mascarade » ?

« Pour l'heure, il a été mentionné que Gap et Go Sport restent des structures juridiques différentes et HPB a réitéré le fait que la cession de Go Sport n'entraînerait pas automatiquement celle de Gap. C'est-à-dire qu'en fonction du repreneur qui se présenterait, il n'en ferait pas une condition préalable », relaie l'avocate du CSE, Evelyn Bledniak.

Sur place, la direction de HPB ainsi que leur avocat n'ont pas souhaité réagir à leur sortie de l'audience.

Retour des bénéfices « dès 2023 »

Car depuis cet automne, les points de vue divergent diamétralement sur la situation financière de l'entreprise. D'un côté, la maison-mère Hermione People and Brands (HPB), qui avait racheté Go Sport fin 2021 pour un euro symbolique, s'affiche optimiste. Ses dirigeants martèlent que le distributeur « n'est pas en état de cessation de paiement » et que sa situation n'a rien à voir avec celle du Nordiste Camaieu.

Pour rappel, cette chaîne de prêt à porter Camaïeu, détenue par HPB - la branche distribution de la Financière immobilière bordelaise (FIB), le fond d'investissement de l'homme d'affaires bordelais Michel Ohayon - a été placée en liquidation fin septembre par le tribunal de commerce de Lille et ses 2.100 salariés ont été licenciés.

Lire aussi : Liquidation de Camaïeu : la longue descente aux enfers d'un fleuron nordiste

Le président de HPB l'assure : après « 17 années de pertes », Go Sport devrait renouer avec les bénéfices « dès 2023 », expose Wilhelm Hubner. Pour y parvenir, le groupe a nommé à la tête de l'enseigne le 3 janvier dernier un spécialiste en restructuration d'entreprises en difficulté. Patrick Puy, auparavant patron du fleuron déchu du textile Vivarte (Caroll, Minelli, La Halle, Naf Naf, Chevignon...), a été surnommé le « cost killer de choc » par le quotidien L'Humanité en 2017. Sa mission est de « poursuivre la nécessaire transformation » de l'entreprise, selon HPB.

Les salariés inquiets d'une reprise

À l'inverse, les salariés de Go Sport, et surtout leurs représentants syndicaux ainsi que le comité social et économique central (CSEC), s'inquiètent de la situation : des commissaires aux comptes et un expert mandaté par ce CSEC avaient fait des constats sévères. Ils avaient en effet estimé que l'entreprise était en cessation de paiement sur la période octobre-novembre et s'étaient alarmés d'une remontée de 36 millions d'euros de trésorerie de Go Sport vers HPB.

Le CSEC espère « que la lumière sera faite ». « Il y a des choses qui nous échappent » sur la situation économique du groupe, a estimé la semaine dernière auprès de l'AFP un délégué du premier syndicat de Go Sport, la CGT, sans vouloir être cité nommément. Selon lui, la mission de Patrick Puy est de trouver un repreneur à Go Sport plutôt que de redresser le groupe.

Lire aussi : Après Camaïeu, nouvelle grosse liquidation en vue en France : Place du Marché (ex-Toupargel), 1.600 salariés

Autre motif d'inquiétude : HPB a annoncé jeudi dernier « l'acquisition de GAP France par Go Sport », une opération présentée l'avant-veille « auprès des CSE extraordinaires des deux entreprises », selon un communiqué. Cette acquisition a « pour objectif de renforcer l'activité Lifestyle et Sportwear de ces deux marques de HPB, tout en préservant des stratégies spécifiques », selon la même source.

Le montant de ce rachat, 38 millions d'euros, « laisse perplexe car il n'y a pas de clarté sur la valorisation de GAP, qui connaîtrait aussi des difficultés », avait dit à l'AFP l'avocate du comité social et économique central (CSEC) de Go Sport, Me Evelyn Bledniak.

 Pourquoi le rachat de Gap France inquiète encore plus

L'opération elle-même « interroge tout le monde » car HPB avait justifié la ponction sur la trésorerie de Go Sport par la nécessité de financer « une opération de croissance externe », selon les termes de la direction. Or « c'est une opération interne au groupe HPB. On peut dès lors se poser légitimement des questions sur la façon dont HPB a cherché à couvrir ou régulariser les sommes » transférées.

Enfin, selon le quotidien Le Parisien paru samedi, Wilhelm Hubner pouvait aussi avoir à s'expliquer, ce lundi, sur le généreux contrat de sponsoring conclu en janvier 2022 entre Go Sport et le Vélo Club de Roubaix Lille Métropole, qu'il préside.

Lire aussi : Gap se divise en deux entités et ferme 230 magasins

(Avec AFP)

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Commentaires 5
à écrit le 16/01/2023 à 13:38
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Amazon les a tués

le 16/01/2023 à 15:12
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Et vous? C'est ou que vous faites le plein de votre voiture? Chez le station service du supermarche le moins cher meme un peu plus loin, ou chez le garagiste local ?

à écrit le 16/01/2023 à 13:03
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Cette enseigne a été négligé par ce repreneur bidon qui joue entre les societe pour les laisser à flot . Mais avec la période covid la réalité est révélé .

à écrit le 16/01/2023 à 8:38
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"HPB avait justifié la ponction sur la trésorerie de Go Sport par la nécessité de financer « une opération de croissance externe »" Ah finance et magouilles s'entendent comme larrons en foire.

le 16/01/2023 à 23:31
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Ça permettrait de faire remonter 38 M € dans les poches de l’actionnaire. Ça sent l’abus de biens sociaux à plein nez.

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