Gouvernement censuré : Moody's et S&P inquiètes pour les finances publiques
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[Article publié le jeudi 05 décembre 2024 à 10h02 et mis à jour à 12h20] Déjà mal en point, les finances publiques de la France pourraient pâtir de la chute du gouvernement de Michel Barnier. C'est en tout cas l'avis de l'agence de notation Moody's et S&P,. Dans un communiqué publié dans la nuit de mercredi à jeudi, quelques heures après le vote de censure des députés français, Moody's juge que « cet événement est négatif pour le crédit », à savoir la note du pays. Car « il aggrave l'impasse politique du pays, réduit la probabilité d'une consolidation des finances publiques, et contribue à une prime de risque plus grande (Ndlr, pour les marchés) ainsi qu'un coût de la dette plus élevé », estime-t-elle
De son côté, dans un communiqué publié jeudi matin, S&P juge que « le rejet du gouvernement par le Parlement complique la perspective budgétaire ».
Et fait office de crise dans la crise. Le chaos politique a pleinement éclaté en France depuis la dissolution de l'Assemblée nationale en juin. Les agences de notation avaient alors déjà prévenu des risques et de l'incertitude concernant la maîtrise budgétaire du pays. Moody's avait souligné la possible multiplication des motions de censure. Elle y voyait alors « un risque accru d'instabilité politique, d'autant que l'Assemblée nationale ne peut pas être dissoute dans sa première année » et « un risque de crédit ». Fitch estimait, elle, que la dissolution « [augmentait] l'incertitude autour de la consolidation fiscale et de nouvelles réformes économiques ».
Pour rappel, le gouvernement bientôt sortant s'était fixé pour objectif d'améliorer les finances publiques. En particulier de réduire le déficit public à 5% du produit intérieur brut (PIB) l'an prochain. Contre 6,1% attendu en 2024, du fait notamment de recettes bien moindres qu'anticipé. Pour y parvenir, Michel Barnier avait chiffré un effort de 60 milliards d'euros d'économies dans son projet de budget pour 2025. Un texte en discussion au Parlement et qui est désormais sur pause du fait de la censure du gouvernement.
La situation pourrait toutefois être pire, car Moody's table sur des prévisions bien moins optimistes pour les finances publiques françaises.
Cette différence s'explique par le fait que l'agence de notation craint un mélange « négatif » entre « des déficits plus élevés, un poids de la dette alourdi et des coûts de financements plus hauts, avec des besoins annuels d'emprunts significatifs ».
Moody's rappelle en outre que ces niveaux se révéleraient « bien au-dessus des plafonds de l'Union européenne ». La France est en effet dans le viseur de la Commission européenne en raison de son déficit, qualifié « d'excessif ». Le gouvernement sortant a d'ailleurs récemment dû envoyer à Bruxelles des gages de rigueur à ce sujet.
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Cette fragilité des comptes publics a déjà entraîné un rappel à l'ordre de la France par Moody's en octobre. Tout comme sa consœur Fitch, elle a lancé un avertissement à la France. Elle a maintenu sa note de crédit à son niveau actuel (« Aa2 ») mais a abaissé la perspective à négative. Ce qui signifie qu'elle risquait de la rétrograder dans les prochains mois. Moody's avait expliqué sa décision par « le risque croissant que le gouvernement ne soit pas en mesure de mettre en œuvre les mesures qui permettraient d'éviter des déficits budgétaires durablement plus importants que prévu ».
A contrario, la semaine dernière, l'agence S&P a maintenu inchangée la note « AA- » du pays ainsi que sa perspective stable. Ce jeudi, l'agence estime néanmoins que « la possibilité qu'un projet de budget amendé pour 2025 soit validé avant la fin de 2024 est faible » et qu'« à ce stade, le scénario le plus probable est que les autorités » aient recours « à une loi spéciale ». Au vu des différents scénarios, S&P dit ainsi « s'attendre à beaucoup moins de consolidation budgétaire que prévu par les mesures » du budget, notamment de « nouvelles taxes », « proposées par l'ancien gouvernement ».
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L'agence souligne cependant les « forces » de la France, comme « la diversité de son économie », « les liquidités dans son secteur financier », « les amples réserves de son secteur privé » ou encore « son appartenance à la fois à l'Union européenne et à la zone euro ».
(Avec AFP)
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