Grèves contre la réforme des retraites : un impact économique "modéré" selon l'Insee

Alors que les craintes d'un prolongement des grèves pendant les fêtes de fin d'année s'accentuent, l'institut, qui table sur 1,3% de croissance pour la France en 2019, a aussi confirmé sa prévision d'une croissance à 0,3% pour le dernier trimestre de cette année, après une première estimation équivalente en octobre. De son côté, la Banque de France n'a pas modifié ses perspectives économiques pour le dernier trimestre 2019 même si des aléas subsistent.
Grégoire Normand
(Crédits : Reuters)

Au lendemain d'une journée de mobilisation contre la réforme des retraites, les débats sur l'impact économique des grèves font rage. Sur l'antenne de France inter ce matin, l'ancien président de la République, François Hollande, a déclaré :

"(Ce mouvement social) est une épreuve pour l'économie et pour les commerçants qui attendaient les fêtes de Noël pour faire leur chiffre d'affaires [...] C'est une épreuve pour la France avec l'image de notre pays, c'est à dire l'image qu'on se renvoie à nous même et l'image qu'on renvoie à l'extérieur après le mouvement des gilets jaunes".

Selon une récente enquête menée par la confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), la moitié des dirigeants ont affirmé avoir d'ores et déjà subi une perte de chiffre d'affaires du fait du mouvement de grève contre la réforme des retraites. Cette perte "dans la plupart des cas ne pourra pas être compensée dans les jours et semaines à venir", dans une période de fêtes de fin d'année pourtant "cruciale" pour de nombreuses entreprises car elle représente "une partie vitale de leur chiffre d'affaires", commente l'organisation patronale dans un communiqué. De son côté, la chambre de commerce et d'industrie de Paris Ile-de-France a également alerté sur les conséquences dans certains secteurs. Si des domaines comme l'hôtellerie et la restauration ont pu connaître des répercussions sur leur activité, l'impact macroéconomique semble pour l'instant limité.

Un impact macroéconomique "modéré"

Les dernières estimations du produit intérieur brut (PIB) pour l'économie tricolore n'ont pas fait état d'une révision pour le dernier trimestre. Dans sa dernière note de conjoncture rendue publique ce mardi, l'institut national de la statistique a maintenu sa prévision de croissance à 0,3% au dernier trimestre, soit un rythme similaire à tous les autres trimestres de l'année 2019. Lors d'une conférence de presse mardi 17 décembre, le directeur du département de la conjoncture, Julien Pouget a fait le point.

"C'est un peu tôt pour avoir une estimation de l'impact macroéconomique de ces grèves. Pour l'instant notre prévision est robuste. Si la grève durait pendant toutes les vacances de Noël, elle serait susceptible d'être revue à la baisse. Dans quelle proportion ? Ce type de mouvement peut avoir un impact microéconomique assez marqué mais un impact macroéconomique modéré. Les transports ferroviaires, le commerce et le tourisme pourraient être affectés mais il peut y'avoir un effet de report d'un trimestre à l'autre, et puis des effets plus diffus d'image ou d'attractivité par exemple sur le tourisme."

De leur côté, les économistes de la Banque de France n'ont pas révisé leurs chiffres de prévisions économiques pour 2019 malgré les craintes. Lors d'une conférence de presse lundi dernier, l'économiste de la banque centrale Olivier Garnier a expliqué que :

"Récemment nous avons confirmé notre prévision de 0,2% au dernier trimestre en léger retrait par rapport aux trimestres précédents. Il y a des aléas sur les mouvements sociaux en cours mais notre prévision de 0,2% est robuste. Si les mouvements sociaux se prolongeaient, cela ne nous conduirait sans doute pas, sur la base de notre connaissance du passé, à revoir à la baisse cette prévision de 0,2%".

Un blocage comparable à 1995 ?

Les économistes font souvent référence aux grandes grèves de 1995 pour tenter d'estimer les conséquences de tels mouvements sur l'économie. Dans une précédente note de conjoncture, les économistes de l'institut de statistiques publiques expliquaient que "l'étude des grèves de novembre-décembre 1995, qui auraient affecté à hauteur d'environ 0,2 point de PIB la croissance du dernier trimestre 1995, constitue traditionnellement un point de référence pour estimer l'impact des arrêts de travail [...] L'impact économique d'une grève est l'addition d'effets directs (sur les entreprises concernées) et d'effets indirects (sur les entreprises pénalisées dans leur activité par les problèmes de transport et d'approvisionnement), auxquels se retranchent des effets de substitution : par exemple, une partie des voyageurs privés de train peuvent se tourner vers d'autres modes de transport." Pour Julien Pouget, la situation actuelle n'est pas pour l'instant comparable avec 1995.

"Au cours des 30 dernières années ce sont les grèves 1995 qui ont eu l'impact le plus marqué. Il avait été estimé à 0,2 point de croissance en moins au dernier trimestre 1995. Les autres mouvements sociaux affectant les transports ont eu un impact de l'ordre de 0,1 point de PIB en moins. Il y aura des pertes sèches dans les transports, dans le commerce, dans l'hôtellerie. Est-t-on dans une situation comparable à 1995 ? Pas complètement. La production industrielle ne parait pas touchée alors qu'en 1995 elle avait été affectée par des blocages divers. La technologie a fait évoluer nos modes de travail avec le développement des plateformes de covoiturage et le télétravail. L'impact final dépendra de la durée et de l'intensité de cette grève".

Grégoire Normand

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Commentaire 1
à écrit le 18/12/2019 à 21:57
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La situation n'a rien de comparable à 1995. L'obligation de se déclarer gréviste 48h à l'avance permet à la SNCF et à la RATP de faire des prévisions à peu près fiables de trafic, internet et les apps sur smartphone d'informer en quasi temps réel les...

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