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ÉconomieFrance

Horreur, psychose et symboles : la méthode Daech pour envahir les médias

Photo de Pierre Manière

Pierre Manière

Publié le 16 novembre 2015 à 16:49 - Mis à jour le 17 novembre 2015 à 16:40

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Le groupe Etat islamique a planifié méticuleusement l’impact médiatique de ses attentats pour susciter l’effroi auprès de l’ensemble des Français. Explications.

Il y a les 129 morts. Et il y a la psychose. Telles sont les deux composantes des attentats perpétrés par Daech en cette nuit d'horreur du 13 novembre 2015, à Paris. Planifier des boucheries pour tuer le plus possible constitue depuis toujours la marque de fabrique du terrorisme. Mais outre ce macabre objectif, Daech s'est distingué en instaurant un climat de psychose dans tout l'Hexagone. De fait, on ne compte plus les « Ça va ? » envoyés par SMS par beaucoup de Français à leurs proches dans la capitale. Ou encore les tweets associés du hashtag #rechercheparis destinés à retrouver les personnes disparues. Selon plusieurs spécialistes interrogés par La Tribune, créer un sentiment de peur généralisée a constitué un objectif prioritaire pour les djihadistes, qui ont tout fomenté pour que les retombées soient maximales dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Comment ? D'abord en ciblant des lieux de vie familiers - le Stade de France, des bars de quartier, une salle de concert rock -, à la fois populaires et bourgeois, sans viser une communauté spécifique. Résultat, l'écrasante majorité des Français s'est sentie concernée. D'autant plus que nombre d'entre eux, notamment les non-Parisiens, ont des connaissances qui vivent à proximité de ces lieux, des cœurs battants de la capitale. En outre - et contrairement, par exemple, à l'attentat de Charlie Hebdo -, les attaques n'étaient pas toutes bien circonscrites. Beaucoup de personnes se sont demandées jusqu'à tard dans la nuit si des terroristes rodaient encore dans les rues. Ce qui a alimenté les craintes et les rumeurs.

Entretenir « un suspense macabre »

Cette terreur, Daech s'en est réjouie. Dans un communiqué publié au lendemain des attaques, le groupe Etat islamique s'est félicité que les rues de Paris « sont devenues étroites » pour ses habitants. Surtout, il ne fait guère de doute que l'organisation terroriste « a tout fait pour créer ce vent de panique », juge Mathieu Slama, communicant et spécialiste de la propagande de l'Etat islamique. D'après lui, les djihadistes se sont organisés de manière à favoriser « un suivi en direct » des événements. Il prend en exemple la « prise d'otages » du Bataclan, qui a duré 2 heures :

« Normalement, qui dit prise d'otage dit négociation, constate-t-il.Or cela n'a pas de sens pour un djihadiste dont le but est de se faire exploser une fois à court de munition... »

Pour Mathieu Slama, les fanatiques « ont voulu entretenir un suspense macabre le plus longtemps possible pour gagner l'attention des médias traditionnels en France comme à l'étranger, et notamment des chaînes d'info en continu comme i-Télé et BFM-TV ».

Brandir des symboles

En agissant de la sorte, le groupe Etat islamique savait aussi que les smartphones de ses prochaines victimes, des journalistes et des badauds allaient alimenter le Net en contenus chocs. En témoigne l'insoutenable vidéo d'un journaliste du Monde montrant des survivants du Bataclan traînant des cadavres. Ou encore ce tweet d'un fan qui a appelé le RAID à intervenir tout de suite pour mettre fin au massacre.

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En parallèle, Daech a misé sur « un côté symbolique pour renforcer l'impact médiatique et mobiliser ses militants », souligne Mathieu Slama. Le communicant note que dans son communiqué, le groupe terroriste dit combattre la France pour « avoir pris la tête de la croisade » en Occident. Mieux, Paris, y est perçue comme « la capitale des abominations et de la perversion ». Et les amateurs de rock du Bataclan, eux, sont considérés comme des « idolâtres ». Le message est très clair : pour la propagande de Daech, les événements de vendredi soir ne sont donc pas des attentats. Il s'agit plutôt d'une « attaque bénie », légitimée par sa bataille contre la décadence occidentale...

Daech, un Etat ?

Pour le groupe Etat islamique, cette symbolique apparaît fondamentale : cela lui permet notamment de justifier sa guerre, avec « ses soldats du Califat », contre la France. Or l'organisation terroriste souhaite plus que tout être considérée comme un « Etat », notamment pour attirer de nouvelles recrues et pérenniser ses fiefs en Syrie et en Irak. Sur ce point, Daech s'est certainement satisfait des nombreuses réactions politiques et médiatiques, qui, à l'instar de François Hollande, ont vu dans ses attentats un « acte de guerre ».

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  • Attentats : l'émouvant témoignage d'Eva rescapée du Bataclan
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Directeur de recherche à l'IRIS et spécialiste de la communication terroriste, François-Bernard Huygues abonde en ce sens : « Si on leur fait la guerre, c'est qu'on les reconnaît comme un égal. » C'est-à-dire comme un Etat à part entière. Pour Daech, ce qualificatif est crucial puisqu'il lui permet d'asseoir sa crédibilité auprès des jeunes radicalisés - ou en cours de radicalisation. Depuis longtemps, l'organisation terroriste multiplie les vidéos de propagande en ce sens. Doté de son propre département média, Al Furqan Media, le groupe Etat islamique a ainsi publié « Flames of War » en 2014. A travers différentes scènes de guerre, ce film au montage presque hollywoodien vante les « conquêtes territoriales » du « califat ». Dans son discours après les attentats, François Hollande a notamment appelé les Français au « sang-froid ». Le mot n'est pas anodin.

Pierre Manière

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