Innovation : 20 femmes qui veulent changer le monde

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Après avoir célébré les pionnières qui ont changé le monde (depuis la radioactivité jusqu'à l'Internet, en passant par la conquête spatiale), "La Tribune" rend hommage à celles qui continuent de le faire aujourd'hui, dans l'innovation. Vingt portraits de femmes d'action.
  • MARIE-VORGAN LE BARZIC, Pdg de Numa

"Les entrepreneurs doivent être conscients de leur pouvoir"

De son enfance en Bretagne, Marie-Vorgan Le Barzic se souvient des grandes tablées à la fin des moissons, réunissant tous ceux qui avaient donné un coup de main. « La solidarité fait partie de mes fondamentaux », dit-elle. Au-delà de la prise de risque inhérente au travail de la terre, la jeune femme retient que pour réussir, il faut des idées et de l'ambition, mais aussi un écosystème porteur. C'est ce qu'apportent aujourd'hui les accélérateurs NUMA, à Paris mais aussi à Barcelone, Moscou, Bangalore, Mexico, Casablanca... « Nous voulons accélérer le rattrapage », dit-elle pour expliquer ces implantations à l'étranger.

Un phénomène qui se développe aussi en France. « Depuis les années 2000, ça bouge beaucoup du côté de l'entrepreneuriat, se félicite la patronne de NUMA. De plus en plus de jeunes estiment que c'est une expérience à vivre, comme un troisième stage, après le premier en entreprise et le deuxième à l'étranger. » Même la peur de l'échec, si forte en France, s'estompe... Marie-Vorgan Le Barzic a vécu cette expérience difficile, à la tête des RH d'une startup, en 2000. « En quelques mois, j'ai dû licencier les 160 personnes que j'avais embauchées... », se souvient-elle. Elle en a fait une force, qu'elle met aujourd'hui au service de NUMA. « Les entrepreneurs doivent être conscients de leur pouvoir et de la valeur, pas uniquement financière, qu'ils apportent à la société. Même en cas d'échec... C'est comme un pissenlit : on le croit mort quand on souffle dessus. En fait, il essaime partout », dit-elle, avec son « bon sens paysan ».

  • PHILIPPINE DOLBEAU, fondatrice de la société New School

"Je veux révolutionner le monde de l'éducation"

« Il y a trois ans, mes professeurs me disaient d'une timidité maladive ! », avoue Philippine Dolbeau. Difficile à croire aujourd'hui que cette jeune fille, de 18 ans à peine, a pu avoir un tel handicap... « J'ai eu le déclic », explique-t-elle. Le déclic pour imaginer, à 15 ans, une application facilitant l'appel dans les classes, et monter une société, New School, pour la commercialiser. « J'ai vu un reportage sur un petit garçon coincé dans un bus toute la journée, et aucun prof n'avait noté son absence », explique-t-elle. Choquée, elle se met à calculer le temps nécessaire à l'appel, manuellement ou via un site web, après un sondage auprès de ses enseignants. Verdict : 28 heures par an ! Elle lit donc des tutoriels, afin de concevoir une application.

« Et par hasard, je reçois, en spam, un mail de la digiSchool. Un concours de jeunes entrepreneurs était lancé », raconte-t-elle. Elle dépose son projet, « sans même un visuel », rit-elle aujourd'hui, et... gagne la finale ! Puis, en voyage de classe en Angleterre, voici qu'elle reçoit un autre mail : celui du directeur d'Apple Europe, qui lui propose de venir pitcher son idée - le lendemain ! Philippine Dolbeau convainc et Apple lui donne une liste de 100 startups. Elle en choisit une, au hasard, pour développer l'outil. Déjà testé, il sera commercialisé à la rentrée prochaine.

Philippine Dolbeau, elle, aura déjà commencé des études de sciences de l'éducation à Londres, pour sans doute intégrer ensuite une école de commerce. « Je veux révolutionner le monde de l'éducation », affirme-elle, comme une évidence.

  • MARINE DE BEAUFORT, fondatrice de Voy'agir

"Mes motivations sont politiques"

Troisième round ! Marine de Beaufort, la fondatrice de Voy'agir, a cherché, et trouvé, des fonds pour lancer la première application de tourisme indépendant et responsable au monde. Une plateforme qui permet à chaque citoyen-voyageur de partager une adresse, n'importe où dans le monde, qui correspond à son éthique de développement durable. « Mes motivations sont politiques », affirme la jeune femme.

Le tourisme est non seulement une industrie qui illustre à merveille la mondialisation et l'ouverture d'esprit, mais c'est aussi l'une des activités humaines qui permet de vérifier, sur le terrain, l'impact économique et environnemental : plages propres et hôtes heureux. Bref, « le tourisme est crucial pour le développement durable », déclare-t-elle. Lasse d'être consultante en systèmes d'information dans une grande entreprise, elle suit, le soir, des cours pour un master en développement durable. Et c'est en séjournant en Amérique centrale, à l'occasion d'un mémoire qu'elle devait réaliser, que l'idée d'une telle plateforme lui est venue. « À la fin de mon mémoire, le projet de Voy'agir était là ! », s'exclame-t-elle. Elle a lancé la plateforme en juin 2016, et sa société deux mois plus tard. En apportant de l'innovation collaborative dans un secteur qui ne l'applique pas encore, Marine de Beaufort est convaincue que le tourisme responsable peut suffisamment se démocratiser pour faire la différence. « Les gens se sentent bien quand ils font quelque chose de bien », conclut-elle. C'est vrai pour elle comme pour les touristes engagés dans la même démarche.

  • NADIA FILALI, directrice des programmes « blockchain » du groupe Caisse des Dépôts et Consignations (CDC)

"La blockchain apporte une vraie révolution sociétale"

Nadia Filali, ingénieure financière, est devenue en l'espace de quelques mois le fer de lance de la blockchain pour la Place de Paris. Elle a gardé la grande feuille de papier où tout a commencé, en 2015, avec les contours de ce qui est aujourd'hui le Labchain, laboratoire d'innovation auquel participent près d'une trentaine d'acteurs du monde de la banqueassurance et des startups.

Seul projet du genre en Europe, Labchain permet d'« avancer sur les technologies de la blockchain afin de développer une réelle expertise », explique-t-elle. De par son leadership au féminin - qui lui vient sûrement de sa grand-mère, collaboratrice à la Banque de France à une époque où ce secteur était très masculin, comme le monde du numérique et de l'innovation aujourd'hui, elle a su fédérer des partenaires - et des concurrents... Mais l'initiative va bien au-delà. « La blockchain apporte une vraie révolution sociétale », assure Nadia Filali. Architecture de consensus décentralisé permettant de traiter des transactions de pair à pair, cette technologie pourrait révolutionner non seulement les services financiers mais bien d'autres secteurs, comme celui de l'énergie, de l'économie collaborative ou de la traçabilité des oeuvres d'art. « La Caisse des dépôts a saisi tout l'enjeu d'être au coeur de cette révolution technologique. C'est ainsi que j'ai pu également développer d'autres projets en R & D, avec l'institut de recherche SystemX de Saclay, et la création d'une société au service des PME », se félicite-t-elle.

  • JACQUELINE FROHMAN, fondatrice du laboratoire Frohman Care

"Je ne trouvais pas ce que je voulais, alors je l'ai créé"

Si elle est bardée de diplômes - brevet de maîtrise supérieur de prothèse dentaire, diplôme d'éthique médicale, diplôme universitaire de prothèse oculaire, diplôme universitaire de prothèse maxillo-faciale et diplôme d'État en orthèse - ce n'est pas par hasard. Jacqueline Frohman veut tout - et fait tout. Tout pour donner un « nouveau visage » à l'innovation dans le domaine de la prothèse. « Il y a quelque temps encore, on pensait surtout chirurgie pour les patients qui avaient eu un cancer de la face, rappelle-t-elle, mais cela commence à changer. » Et si la prothèse gagne du terrain, c'est en partie grâce à elle. « Je ne trouvais pas ce que je voulais, alors je l'ai créé ! », s'exclame, en faisant allusion à sa frustration face au manque de laboratoires capables de travailler aussi bien sur les dents que les yeux, la mâchoire, le visage, les membres. En 1998, elle crée donc le laboratoire Frohman, devenu depuis Frohman Care. Le mot a son importance. Son approche, en matière de soins, est holistique. Et elle est la seule, en France, à faire tous ces métiers. Atypique, elle est prompte à adopter des innovations, comme la 3D et les caméras numériques, afin d'améliorer, in fine, la vie des patients. « Nous avons aussi réfléchi à un implant cellularisé afin de traiter un tissu lésé, avec l'Université de Lorraine », poursuit-elle. Si ce projet n'a pas encore abouti, faute de moyens, Jacqueline Frohman ne s'avoue pas vaincue. « Je n'en suis qu'une facette, mais il faut toujours chercher le diamant », dit-elle.

  • PAOLA GOATIN, directrice de recherche, Inria Sophia Antipolis

"Les mathématiciennes ont de plus en plus confiance"

Mathématicienne de haut vol, Paola Goatin se considère comme une femme « atypique, mais normale ». Peu nombreuses sont les femmes dans son secteur, les mathématiques appliquées. Ses études, même théoriques - une thèse en analyse des équations aux dérivées partielles - l'ont rapprochée du terrain. « Les ingénieurs ont souvent des modèles insuffisants et font appel aux mathématiciens », explique-t-elle. Paola Goatin met ses talents au service... du trafic routier, en effectuant des modélisations visant à gérer les flux pour éviter embouteillages et accidents, « un peu comme l'écoulement d'un fluide », précise-telle. Elle dirige, au sein d'Inria, une équipe commune avec le laboratoire de mathématiques de l'Université Côte d'Azur dédiée à la modélisation et le contrôle pour l'ingénierie.

« Je suis la seule femme, mais je suis la cheffe ! », déclare-t-elle en riant. C'est son père, en Italie, où elle est née, qui l'a aidée à envisager une telle carrière, tandis que sa mère lui conseillait plutôt l'enseignement, nettement moins exigeant que la recherche, où l'atmosphère est très compétitive. D'ailleurs, Paola Goatin apprécie le fait qu'en France, les postes permanents sont plus nombreux. « Je ne sais pas si je suis un rôle modèle, poursuit-elle. Je connais des femmes exceptionnelles, qui ont réussi leur carrière avec six enfants, moi, je n'en ai que trois ! » rit-elle encore... Elle se réjouit également des évolutions visant à renforcer la présence féminine dans son secteur. « Je vois que les mathématiciennes sont de plus en plus nombreuses, et ont de plus en plus confiance », relèvet-elle. Paola Goatin, elle, n'a jamais manqué de confiance en elle.

  • ANABELLE OLIVEIRA, Investment Partner, Airbus Ventures

"L'attrait est de se renouveler en permanence "

Elle est discrète. « Par nature », dit-elle, mais aussi parce que ses précédentes fonctions, chez Airbus, l'ont amenée à négocier d'énormes projets de satellites avec des gouvernements étrangers. Pas de Facebook, ni de Twitter, donc... Aujourd'hui, Anabelle Oliveira, seule femme investment partner dans une équipe de trois personnes à Paris et une autre, dans la Silicon Valley, oeuvre dans la deep tech depuis septembre 2016, pour le compte d'Airbus Ventures, l'entité de corporate venture du groupe. « L'objectif est d'investir dans des startups qui misent sur l'intelligence artificielle, le big data ou la 3D, appliqués à différents types d'activités, comme les flottes d'avions connectées, pour mettre au point des innovations de rupture, que ce soit en termes de technologie ou de business modèles », explique-t-elle. Autant d'investissements transversaux qui auront un impact sur les activités du groupe. « C'est notre contribution de demain, dans toute sa diversité », poursuit-elle. Car elle en est persuadée, si les grandes entreprises doivent évidemment continuer à miser sur la R & D en interne, « les disruptions émergent grâce à des technologies extérieures ». Entrée chez Airbus en 2003, après plusieurs postes dans de grands groupes, cette femme au parcours classique à l'origine (Maîtrise de droit puis Science Po) et plus tard, EMBA HEC Trium, est portée par ce nouveau poste, dont « l'attrait est de se renouveler en permanence », ditelle avec satisfaction. C'est vrai pour elle, mais aussi pour Airbus et toute l'économie française...

  • JOSÉPHINE GOUBE, Pdg de Techfugees

"Je prépare l'avenir"

Pas facile d'avoir raison avant tout le monde... Pourtant, Joséphine Goube peut être considérée comme une visionnaire. Voyant se profiler les mouvements migratoires dès 2012, elle lance un premier site regroupant informations et liens pour les visas et autres contraintes administratives afin d'aider les candidats au départ. « Mais mes investisseurs avaient une vision très commerciale, alors je suis partie », explique-t-elle. En 2016, elle rejoint Techfugees, qu'elle dirige aujourd'hui. Le but de Techfugees, contraction de tech et de réfugiés en anglais, est de « rendre leur autonomie aux gens déplacés dans le monde grâce à la tech », poursuit Joséphine Goube. Fonctionnant avec des chapitres locaux, sortes de hubs bénévoles dans plusieurs villes, la société met à disposition, sur les réseaux sociaux qu'utilisent les migrants et les réfugiés, des informations sur la santé, l'éducation, la connectivité, l'intégration sociale et la dignité. Autant de services indispensables pour que les migrants trouvent rapidement leur place dans la société. Cette ancienne de Sciences Po, qui a aussi suivi un cursus d'urbanisme à la London School of Economics et travaillé avec des immigrants à New York, ne code pas - « Je n'ai pas la discipline », avoue-t-elle - mais utilise l'intelligence artificielle comme réponse aux évolutions du monde. « La tech a un énorme impact, parfois dans le mauvais sens, alors je rétablis l'équilibre, s'exclame-t-elle. Et je prépare l'avenir, car demain, il y aura des milliers de réfugiés climatiques. »

  • SARAH OURAHMOUNE, médaillée d'argent en boxe (poids plume) aux JO de Rio et fondatrice de la société Boxer Inside

"C'est le mental qui fait la différence"

Elle ne pèse que 51 kg mais c'est un poids lourd. Championne du monde en 2008, multiple médaillée européenne, Sarah Ourahmoune est revenue de Rio avec l'argent dans sa catégorie. Pourtant, rien n'était gagné d'avance. « J'avais raté ma qualification pour les Jeux Olympique de Londres, je m'étais arrêtée deux ans pour avoir un enfant, j'avais plus de 32 ans, et les gens n'avaient pas envie d'y croire », raconte-t-elle. Elle, elle y croit. Et lance une campagne de crowdfunding pour l'aider à financer son voyage à Rio. « La boxe, surtout féminine, ne séduit pas les gros sponsors », regrette-elle. D'ailleurs, malgré ses succès, elle ne vit pas de son art. « À Sciences Po, j'ai suivi un cursus réservé aux sportifs de haut niveau », poursuit-elle. Elle y découvre l'entrepreneuriat et la communication. Résultat, après avoir lancé une association offrant des cours de boxe aux femmes (assortis d'une garderie) ainsi qu'aux handicapés mentaux, à Aubervilliers, Sarah Ourahmoune créé sa startup, Boxer Inside, en 2014. Son ambition : cultiver les valeurs du sport, à travers des cours de boxe et de team building, dans les entreprises. « On peut être à un très haut niveau techniquement, mais c'est le mental qui fait la différence », assure l'athlète. « Après chaque échec, mais aussi après chaque victoire, il faut savoir se remettre en question, sinon on ne progresse plus », poursuit-elle. Et pour elle, boxe et entrepreneuriat ne font qu'un : « Se lancer dans l'entrepreneuriat, c'est comme vivre sur le ring », dit-elle, avec l'aisance d'une championne.

  • DÉBORAH PARDO, docteur en biologie des populations et première Française sélectionnée pour la plus grande expédition 100% féminine en Antarctique

"Je peux avoir plus d'impact que la simple publication d'articles scientifiques"

Déborah Pardo veut marquer la science de son empreinte. Si elle suit, à l'institut polaire britannique de Cambridge, l'évolution démographique des albatros - « l'une des familles d'oiseaux les plus en danger au monde, notamment en raison de la pollution, de la pêche et du réchauffement climatique », souligne-t-elle -, elle songe aujourd'hui à monter son entreprise. Son but ? Conscientiser le public quant aux méfaits des activités humaines sur la planète. Ainsi, « je peux avoir plus d'impact que la simple publication d'articles scientifiques », dit-elle. C'est en cherchant les 20 000 euros nécessaires pour participer à Homeward Bound, la plus grande expédition de femmes dans l'Antarctique, lancée par deux Australiennes, que la jeune Marseillaise s'est rendu compte qu'elle savait convaincre. L'expédition, composée de 76 scientifiques, de 16 nationalités différentes, est partie du 3 au 21 décembre dernier dans l'Antarctique. Déborah Pardo raconte avec délice comment elle se précipitait dehors avec toute l'équipe pour admirer les colonies de manchots et les icebergs géants. Car au-delà du terrain, l'expédition a été l'occasion de suivre des cours de leadership, coeur d'un programme de dix ans qui vise à faire reconnaître le travail scientifique des femmes et à les aider à assumer des rôles de leaders. « Un leadership inclusif, qui sera comme un souffle nouveau pour la société », déclare Déborah Pardo. D'autant que l'expérience lui a permis de tisser des liens très forts avec les autres aventurières de l'Antarctique, aussi déterminées qu'elle à changer le monde.

  • PATRIZIA PATERLINI-BRÉCHOT, professeure de biologie cellulaire et d'oncologie à la faculté de médecine Necker-Enfants malades et fondatrice de la société Rarecells

"Mon message aux chercheuses : n'ayez pas peur de prendre des responsabilités"

« Cela a été magique », raconte Patrizia Paterlini-Bréchot. Lorsque cette chercheuse en oncologie a décidé, après avoir mis au point un test visant à détecter une invasion tumorale - autrement dit, des cellules, émises par une tumeur, et qui circulent déjà dans le sang avant que les métastases apparaissent - de le mettre à disposition des spécialistes du monde entier, le succès a été immédiat. Pourtant, elle ne faisait pas comme les autres. Alors que les chercheurs sont payés par les grands laboratoires pour tester des produits, Rarecells, la société que Patrizia Paterlini-Bréchot a créée en 2009, proposait le matériel (qui vaut 65.000 euros) de façon payante, pour garantir la publication de résultats non biaisés. Sans même un commercial, plus de 30 appareils ont été vendus, à des institutions prestigieuses, comme Johns Hopkins, aux États-Unis, et d'autres, en Europe, en Russie, en Australie. « Mon seul souhait est de voir la mortalité due aux cancers invasifs diminuer avec un test industrialisé », dit-elle. Cette Italienne de naissance a toutefois un autre désir : que les femmes prennent plus de responsabilités dans les laboratoires. Alors qu'elles y sont aujourd'hui majoritaires, elles sont encore rares aux postes de direction. « Mon message aux chercheuses : n'ayez pas peur de prendre des responsabilités, dit-elle. Ce n'est pas négliger vos enfants que de vivre votre passion. Au contraire, ils apprendront de cela ». Et celle qui combat la mort de conclure : « Toutes les femmes doivent affirmer la justice et défendre la vie. »

  • FLEUR PELLERIN, fondatrice et présidente de Korelya Capital

"Nous avons une vision de conquête"

Elle avait, dans ses anciennes fonctions de ministre déléguée chargée des PME, de l'innovation et de l'économie numérique, de 2012 à 2014, déjà identifié les besoins. Ceux des startups dynamiques, qui devaient traverser la « Vallée de la mort du financement », autrement dit, la période au cours de laquelle ces entreprises, qui ont déjà reçu des premiers fonds, doivent en récolter d'autres, pour des montants supérieurs à 15 à 20 millions d'euros. Trop pour les business angels ou pour certains fonds de capital-risque européens. Résultat, certaines frôlent la catastrophe. « Si elles trouvent des fonds dans la Silicon Valley, par exemple, les investisseurs leur demandent de quitter la France et de déplacer leur siège aux États-Unis », explique Fleur Pellerin. C'est donc pour déjouer cette fatalité qu'elle a lancé, en 2016, Korelya Capital, qui gère un premier fonds de 100 millions d'euros levés auprès de Naver, géant de l'Internet coréen, et de sa filiale Line, la messagerie instantanée numéro 1 en Asie du Sud Est. Le but est double. D'une part, « il s'agit d'injecter des fonds dans des entreprises innovantes françaises ou européennes, comme Devialet », et de l'autre, « d'accompagner des entreprises dans leur développement international, notamment en Asie », détaille-t-elle. De fait, un partenariat commercial et industriel a été lancé entre Naver et Devialet, offrant à cette pépite de la French tech spécialisée dans le son la perspective d'une plus grande distribution de ses produits en Asie. « Il en va de l'avenir de l'économie française, assure Fleur Pellerin, et il ne s'agit pas d'une vision défensive. Au contraire, nous avons une vision de conquête ».

  • CHRISTELLE PLISSONNEAU, Pdg d'Early Birds Studio

"Je voulais parler aux très jeunes filles"

Étudiante à l'Epitech, une école d'informatique, Christelle Plissonneau se rend vite compte de la sous-représentation féminine. « Les filles étaient si peu nombreuses que les garçons éprouvaient le besoin de les protéger ! » s'exclame-t-elle. Pas question d'en rester là. Lorsqu'elle doit plancher sur un projet de fin d'études, elle conçoit, avec une équipe d'étudiants, de développer Play'n'Code, un jeu vidéo visant à initier les enfants de 8 à 12 ans aux bases et à la logique de la programmation. « Je voulais parler aux très jeunes filles », explique Christelle Plissonneau. Pour promouvoir la mixité à l'Epitech et plus généralement dans les métiers du numérique, la jeune femme avait déjà lancé une association, E-mma, en 2013. Désormais présente dans plusieurs régions de France et liée à DigitasLBi, Google, IBM..., elle s'adresse toutefois à des élèves souvent déjà décidées dans leur choix d'études, la programmation étant depuis des années considérée par les filles, et surtout leurs parents, comme l'apanage des geeks et des garçons... D'un projet d'étude, Play'n'Code devient bientôt le coeur d'une entreprise plus vaste, qui prend le nom d'Early Birds Studio et reçoit, en 2016, le Prix TF1 de la meilleure startup. Incubée à TF1 jusqu'à il y a six mois, Early Birds Studio rejoindra la Station F en juillet prochain. Une première version du jeu, démo grand public, testée sur des enfants, a été dévoilée en juillet dernier. Et la commercialisation de Play'n'Code commence dès ce mois-ci. Avis aux petites filles - et aux parents !

  • ANAÏS RAOUX, déléguée générale de France Fintech et fondatrice de l'école Wake Up

"Pour créer la carrière de ses rêves, il faut s'écouter et prendre des risques"

Trois années d'audit, mais pas une de plus ! Anaïs Raoux s'ennuyait ferme dans son poste « très hiérarchisé et qui ne me correspondait pas », explique-t-elle. Elle analyse bénévolement les dossiers d'entreprises innovantes qui arrivent à Femmes Business Angels en vue de solliciter des fonds ; lance un blog sur les femmes qui changent le monde ; et surtout, elle réfléchit. « La finance domine l'économie, ditelle, et je voulais que l'innovation dans ce secteur fasse partie de mon quotidien ». Deux ans d'exploration et d'introspection, et voici qu'en juin 2015, France Fintech, la fédération des entreprises de la fintech, se crée, pour promouvoir ce secteur à l'international. « C'était la mission rêvée pour moi ! », exulte Anaïs Raoux. Elle la dirige aujourd'hui... En parallèle, la jeune femme fonde WAKE UP, l'école de la fintech, destinée aux professionnels de la finance qui veulent rejoindre ce secteur. « J'ai mis deux ans à évoluer, je veux raccourcir cette période pour les autres », explique la fondatrice. La première promotion vient de sortir. Les futurs professionnels de la fintech ont suivi six semaines de cours, couvrant des aspects techniques comme le coding, mais aussi la culture d'entreprise et l'humain. « Pour créer la carrière de ses rêves, il faut s'écouter - et prendre des risques », assure Anaïs Raoux. Les profs de WAKE UP, des entrepreneurs, incarnent ce concept, et instillent la confiance. Comme Anaïs Raoux, ils servent de modèles : « J'avais confiance... j'étais sûre de trouver le job idéal et je l'ai trouvé ! », s'exclame-t-elle.

  • BÉNÉDICTE DE RAPHÉLIS SOISSAN, fondatrice et CEO de Clustree

"Ma volonté était de révolutionner la diversité par la puissance des algorithmes"

Bénédicte de Raphélis Soissan a d'abord travaillé dans une association sociale et solidaire, puis dans le conseil stratégique aux grandes entreprises. Frustrée de « ne pas réellement créer », cette mathématicienne décide, pour définir sa future évolution de carrière, d'analyser quelque 500 curriculum vitae. Et s'aperçoit vite que les informations ne reflètent qu'une partie des données des profils. « Comment savoir si tel ou tel parcours a été épanouissant, déterminant ? Où trouver les soft skills ? », se demande-elle. Sans ces éléments, comment proposer un parcours transversal ? Comment imaginer qu'une ingénieure puisse devenir une excellente commerciale ? «

Ma volonté et ma vision étaient de révolutionner la diversité dans les entreprises par la puissance des algorithmes », explique-t-elle. L'idée de Clustree, une solution SaaS de big data dévolue aux parcours professionnels, prend forme. Le but ? Faciliter et accélérer la prise de décision des directions de ressources humaines pour déterminer qui est le bon candidat pour une offre de poste ouvert, ou proposer aux collaborateurs des parcours d'évolution de carrière. Seule fondatrice, Bénédicte de Raphélis Soissan réalise une première levée de fonds en 2014. Depuis, les succès s'enchaînent. « Le simple fait que les RH, dans de très grandes entreprises françaises, aient eu l'envie et la volonté d'utiliser Clustree, constitue un impact fort ! », s'exclame-t-elle. Sa portée ne cesse de s'élargir, « même s'il est encore nécessaire d'accélérer le changement des mentalités dans la société française », dit-elle. Avec une deuxième levée de fonds et 25 embauches, Clustree compte bien participer à cette révolution.

  • DELPHINE REMY-BOUTANG, cofondatrice de la Journée de la Femme Digitale, fondatrice de l'agence de communication digitale the bureau, et fondatrice du JFD Connect Club

"Les femmes doivent 'entreprendre' leur vie"

« J'ai passé treize ans chez IBM à Londres, un monde merveilleux, mais un monde d'hommes ! », raconte Delphine Remy-Boutang. Souvent la seule femme à prendre la parole, dans les évènements consacrés à la technologie, elle estime pourtant que « les femmes ne peuvent pas se permettre d'être absentes de ce secteur, qui révolutionne l'économie et la société. » D'où son idée de lancer La Journée de la Femme Digitale, à Paris. La première édition, en 2013, avait réuni

500 personnes. Cette année, à la cinquième JFD, 10 000 participantes ont salué les pionnières de la tech et célébré les lauréates du Prix Margaret. Un prix (en fait, un vidéo trophée, sous forme d'hologramme) en hommage à l'Américaine Margaret Hamilton, codeuse pour le programme Apollo de la NASA. Une façon d'offrir des modèles aux femmes, encore trop rares, dans la tech. « Et c'est mieux qu'un Oscar ou un César, des noms bien masculins ! » rit-elle. En plus de la JFD, Delphine Remy-Boutang a fondé the bureau, une agence de communication digitale. Et demain, elle veut stimuler l'entrepreneuriat féminin dans l'e-sport. Dans tous les secteurs, d'ailleurs, « les femmes doivent "entreprendre" leur vie », soutient-elle. D'autant qu'elles ont les qualités nécessaires pour cultiver des valeurs comme le collaboratif. C'en est donc fini du renoncement ou de l'adaptation des femmes aux rôles qu'on veut bien leur attribuer, elles doivent participer pleinement à la création de la société numérique. Car « ce sera ça ou rien ! », proclame cette battante.

  • SANDRA REY, fondatrice de la startup Glowee

"Nous sommes peut-être naïfs, mais c'est notre force"

« Pour répondre à des problèmes créés par les humains, toutes les solutions sont dans la nature », assure Sandra Rey. Alors qu'elle est encore étudiante - en design - elle participe, en 2013, à un concours de projet entrepreneurial. Et c'est en regardant un reportage sur les poissons des grandes profondeurs, qui utilisent la bioluminescence pour leurrer leur proie, que l'équipe d'étudiants a le déclic. Pourquoi ne pas utiliser ce principe pour éclairer des vitrines de magasins ou des abribus ? L'équipe imagine cultiver des bactéries, qui, elles aussi, utilisent la bioluminescence, pour les intégrer à des supports qui fourniront de la lumière, 100 % écologique. Et elle gagne le concours ! Convaincue, avec l'aide de l'Inserm, que le projet est viable, Sandra Rey lance sa startup en fin 2014. Depuis, elle enchaîne les prix : Grand prix de l'innovation de la Ville de Paris, en 2015, et distinction de la revue du MIT, en 2016, récompensant les startups innovantes créées par des moins de 35 ans. Sandra Rey bûche, mais en sa qualité de non spécialiste, elle n'a pas de barrières. « À notre petite échelle, nous pensons pouvoir changer les choses, dit-elle. Nous sommes peut-être naïfs, mais c'est notre force ! » Le système n'a encore été utilisé que pour quelques installations événementielles, comme à la Nuit Blanche, ou lors d'une conférence TED au Palais de Tokyo, mais il est de nature à révolutionner la façon dont nous nous éclairons. « Il n'y a pas que les ampoules ! s'exclame Sandra Rey. Avec une solution simple, nous pouvons repenser toute la chaîne de valeur - et toute la société. »

  • CHARLOTTE SIERADZKI et JOY SOLAL, cofondatrices de Cook Angels

"Les femmes montent une entreprise aussi pour la valeur sociétale"

« Nous allons faire monter la natalité et baisser le taux de divorce ! », rient-elles en choeur. Charlotte Sieradzki et Joy Solal, l'une blonde, l'autre brune, se félicitent de l'impact sociétal de Cook Angels, le service de livraison de plats prêts à cuisiner par abonnement, disponible dans toute la France, qu'elles ont lancé en 2013. Leurs clients, plus d'un millier aujourd'hui, leur confient combien leur vie s'est améliorée grâce à ce temps de bien-être et de partage, autour de la cuisine. D'ailleurs, soulignentelles, « les femmes montent une entreprise aussi pour la valeur sociétale. » Si elles ont choisi d'entreprendre dans ce domaine, féminin certes, mais encore dominé par des hommes étoilés, c'est aussi, et surtout, par passion.

« Chacun, aujourd'hui, est conscient de l'intérêt de bien se nourrir, mais peu sont ceux qui ont le temps de faire les courses ou le goût pour cuisiner, car la transmission s'est perdue », poursuivent-elles. Après avoir lancé un premier service à la carte, pour cuisiner et recevoir chez soi, les deux femmes ont perçu une demande au quotidien. D'où l'idée d'un abonnement pour un kit tout prêt et calibré, livré deux fois par semaine, et des plats qui reviennent à environ 9 euros par personne. Au-delà des bons produits Charlotte Sieradzki et Joy Solal se fournissent chez les meilleurs producteurs elles s'assurent, en offrant les quantités exactes (et les légumes épluchés...), qu'il n'y aura pas de gâchis. Une façon, là aussi, de cultiver une valeur très actuelle.

  • HÉLÈNE VALADE, directrice du développement durable, Suez

"Le développement durable est un formidable levier de transformation"

Directrice du développement durable de Suez depuis 2014, Hélène Valade se félicite du tournant que prend la fonction, en particulier grâce à la COP21. Non seulement parce qu'au-delà des grandes entreprises comme Suez, les PME s'en emparent, mais surtout, parce que « le développement durable est un formidable levier de transformation », affirme-elle. Forte de cette conviction, ce que souhaite cette spécialiste - également vice-présidente du C3D (Collège des directeurs du développement durable), qu'elle a cofondé en 2007, et présidente de la Plateforme RSE, installée par le Premier ministre en juin 2013 - c'est un changement de modèle économique. « La notion même de progrès est à revoir, puisque les modèles, que ce soit au point de vue humain ou environnemental, sont à bout de souffle », déclare-t-elle. Il s'agit donc de révolutionner les concepts, comme certains ont déjà commencé à le faire : de la propriété, les consommateurs passent à l'usage. Au lieu de miser sur le volume, les entreprises se concentrent sur la valeur, et enfin, entre grands groupes et startups, la « mixité » prend corps. « Nous devons apprendre à aimer le futur, poursuit Hélène Valade, et pour cela, il nous faut le construire. » Ses diverses responsabilités l'amènent à se considérer comme une « passeuse ». Passeuse de propositions, et passeuse d'espoir. Sa stratégie ? Celle des petits pas. Car Hélène Valade est réaliste : « Il n'y aura pas de grand soir du développement durable ! », s'exclame-t-elle.

  • ROXANNE VARZA, directrice de Station F

"C'est la diversité qui est porteuse d'innovation"

Oeuvrer à l'évolution économique et sociétale de la France en dirigeant la Station F est « un rêve » qui se réalise pour Roxanne Varza. « Nous travaillons à internationaliser l'écosystème de l'innovation en France, encore un peu trop franco-français, dit-elle, et à démocratiser l'entrepreneuriat ». Elle en est persuadée, « c'est la diversité qui est porteuse d'innovations ». Il s'agit donc, selon la philosophie de l'École 42, lancée par Xavier Niel - qui épaule également la Station F - d'attirer vers l'entrepreneuriat des étrangers, des femmes et des jeunes issus des milieux défavorisés. Si Xavier Niel lui a confié les rênes de la Station F, c'est parce qu'elle baigne dans la tech depuis plusieurs années. Mais « c'est aussi lié à mon histoire personnelle », explique-t-elle. Fille d'immigrants iraniens installés en Californie, elle est fascinée par la France dès son plus jeune âge, au point d'en étudier la littérature à l'UCLA. Une maîtrise de la langue qui lui permet de travailler pendant deux ans pour Business France, à San Francisco, et de découvrir la tech. Les attentats du 11 septembre et l'ambiance qui règne ensuite outre-Atlantique lui fournissent une excuse pour s'éloigner, quelques années plus tard. Direction l'Europe. Elle étudie à Sciences Po et à la London School of Economics, lance un blog sur les startups françaises, puis travaille pour le site d'informations TechCrunch. « Je connais le milieu des startups françaises, britanniques et américaines », dit-elle en guise de CV. Un curriculum vitae qui lui permet désormais de vivre en France - et de révolutionner son pays d'adoption.

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