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Un féministe à l'Élysée, vraiment ?

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 18 mai 2017 à 16:21 - Mis à jour le 22 mai 2017 à 07:35

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Emmanuel Macron se présente lui-même comme un "féministe" et a tenu ses engagements sur la stricte parité pour les investitures des candidats députés de La république en marche et au gouvernement. Quelle politique efficace mènera-t-il pour améliorer l'égalité économique hommes-femmes avec sa secrétaire d'Etat Marlène Schiappa ?

Emmanuel Macron a raison de vouloir faire de l'égalité entre les hommes et les femmes une « cause nationale », « un sujet absolument fondamental de la vitalité de notre société, de notre économie et de notre démocratie », comme l'expliquait le candidat le 2 mars en présentant son programme. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : selon une enquête du McKinsey Global Institute publiée en 2015 par le Women's Forum, les inégalités hommes-femmes sont non seulement une injustice injustifiable, mais elles « coûtent » aussi au PIB mondial 28.000 milliards de dollars, soit le montant de richesse supplémentaire qu'on obtiendrait si l'on parvenait à établir du jour au lendemain une égalité parfaite. Le calcul est évidemment abusivement théorique, car même si le principe « À travail égal, salaire égal » ne souffre d'aucune contestation, y parvenir prendra du temps. Près de 170 ans, soit six générations, selon le World Economic Forum de Davos...

10 points de produit féminin brut manquant

Raison de plus de commencer maintenant. Rien que pour la France, l'étude McKinsey évalue à 10 points le surcroît de PIB (ou de produit féminin brut manquant) que pourrait générer une parité parfaite. Il y a là de quoi financer largement le sauvetage du régime des retraites. Monsieur le président, ne cherchez plus ! Voilà un instrument de politique économique consensuel (quoique...), puissant, juste et efficace pour relancer la croissance ! Mettez dans vos ordonnances sur le travail un peu plus qu'un zeste de parité. Certes, la France n'est pas le pays le plus inégalitaire, tant s'en faut, mais l'écart salarial moyen demeure d'environ 15 points et pénalise surtout les femmes vivant seules avec enfants et travaillant à temps partiel, qui sont au seuil de la pauvreté.

Un barbu à Matignon

Si la loi Copé-Zimmermann a obtenu par la méthode des quotas un peu de résultats pour féminiser les conseils d'administration, on ne compte que deux femmes, Sophie Bellon chez Sodexo et Isabelle Kocher chez Engie, à la tête d'une entreprise du CAC40. Il faut donc agir avec vigueur, puisque tel est le credo du nouveau quinquennat, et avec d'autant plus de conviction que c'est un domaine dans lequel des résultats rapides pourraient être aisément mesurés. Emmanuel Macron a promis de s'y employer. D'abord en agissant en faveur de la parité dans la sphère politique. Et, en effet, il y a bien une stricte égalité entre le nombre de candidats hommes et femmes de La République en Marche ! aux législatives. C'est aussi le cas au sein du nouveau gouvernement, avec 11 hommes et 11 femmes.

Toutefois, les féministes regrettent que les femmes aient peu de ministères régaliens : dans l'ordre protocolaires, les 3 ministres d'Etat sont des hommes, même si une femme, Sylvie Goulard, prend le ministère de la Défense, pour la deuxième fois après Michèle Alliot-Marie (MAM), qui avait plutôt laissé un bon souvenir aux militaires... Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont aussi pris soin de confier les cordons de la bourse à deux hommes, de droite en plus, avec Bruno Le Maire (Economie) et Gérald Darmanin (Budget). Enfin, le ministère promis chargé de l'égalité entre les hommes et les femmes est devenu un simple secrétariat d'Etat... Mais, il est cette fois directement rattaché à Matignon, pour donner à sa titulaire, Marlène Schiappa, les moyens d'agir de façon transversale.

Bloggeuse militante, la nouvelle secrétaire d'Etat à l'égalité femme-homme a travaillé aux côtés de Laurence Rossignol au ministère des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes. Entrepreneure, romancière, féministe, comme elle se présente sur Twitter, Marlène Schiappa est également la fondatrice du "premier réseau de mères actives", intitulé "Maman travaille".

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Le souvenir des "Juppettes"

Même si finalement, c'est à un homme de droite, barbu, Édouard Philippe, et pas, à une femme de droite (NKM ?) qu'Emmanuel Macron a confié Matignon, même si toutes les candidates En Marche ! ne seront pas élues à l'Assemblée nationale, la généralisation de la parité qui caractérise les débuts de l'ère Macron est un signe fort de sa volonté de changer les visages de la politique en France. Le risque est évidemment pour lui le syndrome des "Juppettes", lorsque l'actuel maire de Bordeaux avait dû se séparer en 1995 de la plupart des femmes de la société civile de son gouvernement (rappel de la liste ici). Macron est averti : on lui pardonnera mal un effet "Macronnettes". Il est donc condamné à respecter la parité lors des prochains remaniements.

Un spoil system pro-femmes dans la haute administration ?

D'autres actes devront suivre. Par exemple, Emmanuel Macron a indiqué que, dans les premiers mois du quinquennat, il changera ou confirmera « l'intégralité des postes de direction dans la fonction publique ». Une occasion pour que cette forme de spoil system à la française, qui concerne 250 à 700 postes, selon le champ concerné, fasse sauter le plafond de verre et permette de promouvoir plus de femmes dans la haute administration. Il est déjà un brin fissuré puisque ce sont deux femmes, Amélie Verdier (Budget) et Odile Renaud-Basso (Trésor) qui pilotent les deux plus prestigieuses directions de Bercy. Reste à savoir si elles resteront en poste...

Brigitte veillera au respect des engagements

Jouer sur l'exemplarité de l'État, c'est bien, mais cela ne suffira pas à transformer en profondeur une situation hélas ancrée au coeur de notre système social. Ce qu'il faut, c'est faire évoluer les mentalités, dans tous les domaines. Et là aussi, Emmanuel Macron peut casser les codes. Il le fait en annonçant que son épouse, Brigitte, aura un statut à l'Élysée, certes bénévole, mais ce sera une première dans la République. On ne sait quelle (s) grande (s) cause (s) nationale (s) épousera la première dame, mais celle des femmes en est assurément une car au-delà de l'égalité salariale et d'accès aux plus hautes fonctions, de nombreux blocages persistent. Et on peut compter sur Brigitte Macron pour veiller au respect des engagements de son mari.

Dans l'éducation d'abord, où il faut continuer de lutter contre les stéréotypes entre les filles et les garçons. Il faut aussi aider les femmes à concilier leur vie familiale et professionnelle : le burn-out est reconnu comme « maladie professionnelle » ; mais qui se préoccupe de la « charge mentale », le syndrome de la femme épuisée (Retrouvez ici "Fallait demander", la BD d'Emma qui fait le buzz sur les réseaux sociaux), obligée de penser à tout, tout le temps, pour assurer le bon fonctionnement du foyer et mener sa propre carrière.

Name and Shame pour les entreprises

Emmanuel Macron veut aussi pratiquer le name and shame en rendant publics les noms des contrevenants - une pratique déjà utilisée par la Halde pour lutter contre les discriminations à l'embauche, sans grand succès... - en donnant la mission au Défenseur des droits de faire des contrôles aléatoires à grande échelle sur les politiques salariales et de ressources humaines dans le privé, pour agir sur la réputation des entreprises. Enfin, il faut attaquer les inégalités professionnelles « à la source », en donnant plus d'accès à des solutions de garde d'enfants avec des crèches publiques ou d'entreprise, etc.

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Emmanuel Macron a sur cette question beaucoup de bonnes intentions. Avoir un féministe déclaré à l'Élysée, puisque c'est ainsi qu'il se définit lui-même, est en soi une forme de recomposition de la vie politique. Mais, à voir Emmanuel Macron, le dimanche 14 mai, pour son investiture à l'Élysée, serrer la main à 99 % d'hommes blancs de plus de 60 ans (pour les plus jeunes), représentants des plus hautes instances du « système » qui gouverne en France, on se dit qu'il y a encore un long, très long chemin avant qu'un jour, peut-être, la France élise une présidente à l'Élysée, ce qui serait la transgression suprême...

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Philippe Mabille

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