« L’industrie est redevenue tendance » (Jérôme Fourquet)
Propos recueillis par David Medioni
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Photo d'illustration
© Julien FAURE / Leextra
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La France sous nos yeux
, vous consacrez un long passage à la question de l'industrie et expliquez que, sur ce point, la France a vécu une grande métamorphose. Quelle est-elle ?Jérôme Fourquet Elle vient essentiellement du changement de modèle économique qui a démarré dans les années 1980. Nous sommes passés d'un modèle organisé autour de la production à un modèle tourné essentiellement autour de la consommation. Cela engendre des conséquences en cascades innombrables sur la définition des classes sociales, la disparition de certains métiers et l'émergence d'autres métiers, l'aménagement du territoire, etc. Sur le plan macro-économique, cela se manifeste par le creusement spectaculaire du déficit commercial et du déficit public, puisque la France produit de moins en moins, tout en consommant toujours plus. C'est pourquoi l'État, qui doit absolument maintenir le cycle de la consommation - alpha et oméga de notre modèle économique -, a eu recours à de l'endettement public via les prestations sociales au sens large, ou via les embauches dans la fonction publique, pour injecter du carburant dans l'économie. Un million de fonctionnaires ont été recrutés dans les vingt dernières années. Dans nombre de territoires désindustrialisés aujourd'hui, les deux premiers employeurs sont l'hôpital public et la grande surface du coin. La boucle est bouclée puisque dans la caisse enregistreuse de ce supermarché tombent les salaires des fonctionnaires de l'hôpital, des retraités et des minimas sociaux. C'est cela le modèle cohérent, pas forcément vertueux, de la grande métamorphose qui s'est progressivement mise en place.
Peut-on objectiver la désindustrialisation avec quelques chiffres ?
J. F. La désindustrialisation est souvent associée aux années 1970 et au début des années 1980 avec les fermetures dans les charbonnages, la construction navale dans certains ports et dans la sidérurgie. Tout cela a bel et bien existé et fut très douloureux. Ce dont nous avons moins conscience est que cela ne s'est ensuite jamais arrêté. Si l'on reste dans l'univers de la métallurgie, on peut se dire que le processus a été de couler en continu. Nous nous sommes attardés entre 2008 et 2020 sur les fermetures de sites industriels. L'hécatombe s'est poursuivie puisque plus de 940 sites de plus de 50 salariés ont fermé. Nicolas Dufourcq, le DG de la BPI, estime qu'entre 2008 et 2015, la France a perdu la moitié de ses usines, soit un tiers des postes en termes d'emplois industriels. Ce phénomène n'est pas propre à la France, d'autres pays l'ont vécu. Notre spécificité est la violence du phénomène.
Propos recueillis par David Medioni