La Banque de France maintient ses prévisions de croissance malgré les grèves

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(Crédits : Stephane Mahe)
La Banque de France a confirmé vendredi son estimation d'un ralentissement de la croissance économique au quatrième trimestre 2019 à 0,2% Si les grèves ont entraîné une décélération de l'activité dans les transports en décembre, elle est compensée en partie par la résistance de l'industrie et du bâtiment.

L'économie française résiste pour l'instant. Selon les dernières projections de la Banque de France publiées vendredi 10 janvier, la croissance du produit intérieur brut (PIB) se maintiendrait à 0,2% au dernier trimestre 2019. Après avoir accéléré à 0,3% à chaque trimestre, l'activité a marqué le pas en fin d'année d'après cette troisième estimation des économistes de la banque centrale qui reste inchangée par rapport à la précédente. Malgré les nombreuses incertitudes qui persistent, les effets des mouvements sociaux devraient se limiter à quelques secteurs, comme l'a résumé récemment l'économiste d'Oddo Securities, Bruno Cavalier, dans une note sur les perspectives de 2020.

"Ces dernières semaines, la situation sociale s'est à nouveau dégradée, mais le problème est plus classique : quelques bastions syndicaux ont mis à l'arrêt ou largement réduit les transports publics pour protester contre la réforme des retraites proposée du gouvernement. Ce type de perturbations peut affecter quelques secteurs, mais ne laisse pas une trace durable sur l'emploi ou la croissance. Ce n'est pas ça qui mettra l'économie par terre."

Fort ralentissement dans les services

Par secteur, ce sont les services qui semblent souffrir le plus au mois de décembre dans le contexte des mouvements sociaux et d'une paralysie des transports. Plusieurs secteurs ont particulièrement vu leur activité ralentir comme l'hébergement-restauration ou le commerce de détail dans certaines villes. L'indicateur synthétique d'activité a ainsi perdu deux points entre novembre et décembre, passant de 99 à 97. Pour le mois de janvier, les chefs d'entreprise interrogés dans le cadre de l'enquête anticipent une amélioration de l'activité.

Dans l'industrie, les clignotants sont loin d'être au vert. Si la production a augmenté en décembre et que les livraisons se stabilisent, les effectifs déclarés par les dirigeants sont en recul. En outre, les carnets de commandes sont en repli pour l'industrie manufacturière. Ce qui témoigne d'une reprise très fragile du moteur industriel français. Pour le mois de janvier, les industriels interrogés prévoient une stabilité de la production.

Du côté du bâtiment, les économistes notent une légère amélioration de la conjoncture, L'indice qui synthétise l'activité s'est établi à 105 en décembre contre 104 en novembre. Les carnets de commandes ont connu un dernier trimestre plutôt favorable. Le cycle électoral des élections municipales dope généralement l'activité dans la construction. Dans leur dernière note de conjoncture, les économistes de l'Insee ont expliqué que "l'année précédant une élection, le rythme de croissance annuel de l'investissement nominal des administrations publiques est [...] en moyenne de 4 points plus élevé que celui des années précédentes avant de ralentir par contrecoup l'année du scrutin et la suivante".

Coup de frein à prévoir pour 2020

La plupart des instituts de statistiques prévoient un coup de frein de l'économie pour 2020. Dans leurs dernières prévisions de décembre, les experts de la Banque de France tablent sur une croissance de 1,1% cette année, contre 1,3% en 2019. "La nette dégradation de l'environnement international se traduirait par un ralentissement marqué des exportations", indiquent les statisticiens.

De leur côté, les économistes de l'Insee estiment que la croissance française serait comprise entre 0,2% et 0,3% par trimestre d'ici juin 2020. Au final, l'acquis de croissance du PIB serait de 0,9% à la fin du premier semestre. Sur la scène internationale, la concrétisation du Brexit à la fin du mois de janvier doit ouvrir une période de négociations commerciales intense entre l'Union européenne et le Royaume-Uni avec de multiples inconnues. Les événements récents au Proche-Orient ont multiplié les craintes dans les milieux d'affaires et dans le secteur de l'énergie notamment.

> Lire aussi : Le tassement de la croissance française devrait s'amplifier en 2020

Une baisse des créations d'emplois

Depuis plusieurs années, les fortes créations d'emplois ont permis de soutenir l'activité et le pouvoir d'achat des Français, mais cette embellie pourrait bien s'achever. En effet, les conjoncturistes prévoient une forte baisse des créations d'emplois cette année. À la Banque de France par exemple, les auteurs de la note de conjoncture de décembre anticipent 153.000 créations d'emplois dans l'ensemble de l'économie pour 2020, contre 266.000 en 2019, 288.000 en 2018 et 275.000 en 2017. Ce serait un niveau inédit depuis 2015 avec 111.000 créations d'emplois selon des chiffres de l'Insee. Au final, le taux de chômage continuerait de baisser, mais à un rythme beaucoup plus lent. Le chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) passerait ainsi de 9,1% en 2018, à 8,5% en 2019, 8,2% en 2020 et 8,1% en 2021.

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Commentaires
a écrit le 13/01/2020 à 17:43 :
Et pour cause : les grèves ont un tout petit impact tout simplement parce qu'il y a très peu de grévistes.
Contrairement à ce qu'on trompette tous les jours dans les médias, et à ce que braillent tout un tas de démago-populistes à la noix.
Lesquels vont prendre une raclée aux municipales : ils n'ont pas un mot pour défendre le petit peuple qui souffre pour aller bosser tous les jours.
Et pourtant, il vote le petit peuple : on est toujours en démocratie.
Et pas dans une république pseudo-soviétique où les syndicats font les lois.
Réponse de le 14/01/2020 à 5:12 :
Pas certain que le "petit peuple" daigne se deplacer pour aller voter.
Apres il se plaint, faudrait savoir.....

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