La grève se poursuit dans les raffineries, la frénésie monte dans les stations-service

Plus d'une station-service sur dix est privée de tout ou partie de ses carburants en France, en particulier celles sous l'enseigne TotalEnergies, victime du succès d'une remise à la pompe et d'une grève dans ses raffineries et ses dépôts de carburants. Les stations-service des Hauts-de-France sont les plus touchées avec environ 30% des points de vente qui rencontrent des difficultés. Pour éviter l'effet panique, le porte-parole du gouvernement Olivier Véran a toutefois assuré que la France n'allait pas manquer d'essence.
La région des Hauts-de-France est la plus touchées avec environ 30% des points de vente perturbés.
La région des Hauts-de-France est la plus touchées avec environ 30% des points de vente perturbés. (Crédits : Reuters)

Faut-il redouter une pénurie d'essence ? Du nord au sud de la France, les automobilistes font la chasse aux stations ouvertes, et quand ils en trouvent, doivent faire longuement la queue pour un plein. D'après le porte-parole du gouvernement, 12% des stations-service en France connaissent des « difficultés sur au moins un type de carburant » à la pompe, avec des situations variables selon les régions.

Olivier Véran s'est voulu toutefois rassurant : non, la France ne connaît pas de pénurie de carburant, a-t-il assuré mercredi à l'issue du Conseil des ministres, appelant la population à ne pas céder à la panique face aux fermetures de stations-service, et éviter une « prophétie autoréalisatrice ». « Nous ne sommes pas en situation de pénurie mais il y a des tensions, elles sont temporaires (...) et nous estimons que tout est mis sur la table pour faire en sorte qu'elles soient résorbées », a-t-il affirmé pendant le compte-rendu du conseil des ministres.

Qu'en est-il ? Quelles sont les régions les plus touchées ? Pour quelles raisons ? Le point sur la situation.

Situation plus tendue dans les Hauts-de-France

La région des Hauts-de-France est la plus touchées avec environ 30% des points de vente perturbés, a précisé le porte-parole du gouvernement mercredi à l'issue du conseil des ministres. De nombreuses stations-service étaient vides mercredi dans le département du Nord et plusieurs autres prises d'assaut, a constaté l'AFP. Dans le centre de Lille, plusieurs stations TotalEnergies étaient fermées faute de carburant et dans une station Esso du centre-ville, il fallait compter une heure d'attente pour s'approvisionner. Selon la préfecture du Pas-de-Calais, la situation est particulièrement difficile dans les secteurs autour de Béthune et d'Arras, où une station-essence a été réquisitionnée pour les services d'urgence (pompiers, personnels de santé...) jusqu'à 18h jeudi. « La police contrôle les cartes professionnelles, les particuliers ne sont pas autorisés », précise BFMTV.

En outre, dans le département du Pas-de-Calais, la préfecture a interdit jusqu'à vendredi, l'achat de carburants pour remplir des jerricanes.

Face aux difficultés d'approvisionnement des stations, le département du Nord a décidé de puiser dans les stocks stratégiques afin de réapprovisionner les stations-service du département. « En cas de dégradation de la situation, le préfet procédera à des réquisitions visant à imposer par arrêté préfectoral à certaines stations essence, jusqu'alors ouvertes au grand public, de n'approvisionner en carburant que les véhicules prioritaires », a également indiqué la préfecture du Nord, en citant les forces de sécurité, les secours et la santé.

Le mouvement de grève se poursuit dans les raffineries

Diverses raisons expliquent cette situation de tension dans certaines stations. Une grève chez TotalEnergies pour les salaires dure depuis dix jours et bloque plusieurs raffineries. La raffinerie de Normandie, à Gonfreville-L'Orcher, près du Havre, la plus importante de France, qui représente à elle seule 22% du raffinage dans le pays, est à l'arrêt. Une centaine de salariés ont voté jeudi à la mi-journée la poursuite du mouvement. Selon un syndicaliste, « jusqu'à mardi, environ 80% des salariés postés étaient en grève » et « il n'y a plus aucun produit fabriqué (...) sorti de la raffinerie depuis dix jours et le pipeline qui alimente Paris est également à l'arrêt ».

La « bio-raffinerie » de La Mède (Bouches-du-Rhône), et le dépôt de carburant de Flandres, près de Dunkerque sont aussi touchés. A la raffinerie de Feyzin (Rhône), les salariés sont aussi « fortement mobilisés », selon Pedro Afonso, élu CGT. Ce syndicat réclame une revalorisation salariale à hauteur de 10% pour l'année 2022, afin de tenir compte des bénéfices records de l'entreprise et de compenser l'inflation.

La grève ne touche pas seulement les raffineries TotalEnergies. Deux raffineries françaises du groupe Esso-ExxonMobil, en Seine-Maritime et dans les Bouches-du-Rhône, sont concernées. Ces deux sites sont « toujours à l'arrêt total », selon Christophe Aubert, coordinateur CGT du groupe. Les revendications sont là encore salariales.

Les stations TotalEnergies victimes de leur succès

A cela s'ajoute le fait que les stations de l'enseigne TotalEnergies, qui applique une remise de 20 centimes à la pompe, en plus de la ristourne de l'Etat, sont victimes de leur succès et rencontrent des difficultés d'approvisionnement. « Comme c'est moins cher, tout le monde vient chez nous », explique le gérant d'une station TotalEnergies d'un quartier de Paris. Ses pompes sont entourées d'un ruban de signalisation rouge et blanc pour inciter les automobilistes à poursuivre leur quête un peu plus loin.

TotalEnergies, qui gère près d'une station-service de France sur trois, se refuse à donner le nombre de stations à sec, mais sa carte en ligne montre que la plupart de ses 3.500 points de vente manquent d'un ou plusieurs carburants.

Dans certains cas, les automobilistes se tournent vers les stations concurrentes de TotalEnergies, qui se retrouvent elles-mêmes en situation de pénurie. Le groupe a promis mardi « de se mobiliser pour réapprovisionner le réseau grâce à des moyens logistiques supplémentaires », tout en affirmant qu'« il n'y a pas de manque de carburants car TotalEnergies a constitué des stocks et procède actuellement à des imports réguliers ».

Lire aussiCarburants : pourquoi toutes les stations-service n'appliquent pas la même remise que TotalEnergies ?

(Avec agences)

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Commentaires 13
à écrit le 07/10/2022 à 19:00
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Le gouvernement devrait autoriser Total à importer du pétrole raffiné en Europe pour pallier aux pénuries dans ses stations tout en supprimant la remise de 30 centimes à la pompe sur deniers publics pour la remplacer par une prime annuelle d'envir...

à écrit le 07/10/2022 à 4:37
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micron, c'est les 7 plaies.....

à écrit le 07/10/2022 à 0:47
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Avec les énormes bénéfices qu'il engrange c'est immoral que Total ne rétribue pas convenablement ses ouvriers, tout pour les mêmes rien pour la plebe

le 07/10/2022 à 18:45
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Jusqu'à preuve du contraire, les employés chez Total sont loin d'être smicards... Par ailleurs, les bénéfices de Total appartiennent aux actionnaires qui détiennent son capital et rien n'interdit aux salariés ne disposant pas d'information fina...

le 08/10/2022 à 9:35
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"Jusqu'à preuve du contraire" on attend justement cette fameuse preuve ! ça macrone ?

à écrit le 06/10/2022 à 23:57
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Si les grévistes CGT chez Total ne sont pas contents de l'inflation comme l'ensemble des français, ils n'ont qu'à se plaindre à leurs élus locaux pour réduire la fiscalité sur leurs dépenses dont le combo TICPE/TVA sur les carburants. Je suis p...

à écrit le 06/10/2022 à 23:48
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"Ce syndicat réclame une revalorisation salariale à hauteur de 10% pour l'année 2022, afin de tenir compte des bénéfices records de l'entreprise et de compenser l'inflation." La CGT réclame les profits des actionnaires sans les risques en capita...

à écrit le 06/10/2022 à 15:44
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Ce matin, à la station de Dinard centre ( chez TE) , le GO était à 1.659 de mémoire....presque 10 cents de plus que en début de semaine....donc HORS remise, il faut ajouter 50 cents, soit 2.159 le litre....bref, aucune changement car hors ristourne l...

à écrit le 06/10/2022 à 14:52
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Les automobilistes sont pris en otage mais aussi les personnes qui se chauffe au fioul et on n'en parle pas.

à écrit le 06/10/2022 à 14:51
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Comprend pas tous ces particuliers qui attendent d'avoir le réservoir vide pour faire le plein, ou pire, ceux qui ne font pas le plein quand ils vont à la station service. Perso j'y vais dès que le réservoir est à la moitié. C'est si compliqué à comp...

le 06/10/2022 à 18:54
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Faire le plein est inutile lorsqu'on réalise moins de 500 km par jour puisqu'un véhicule particulier dispose d'un réservoir d'au moins 45 l + 5 l de sécurité et consomme approximativement 5 l pour 100 km soit une autonomie d'environ 1000 km. Pa...

à écrit le 06/10/2022 à 13:09
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Comme nous le voyons avec leur réduction de 2 millions de barils par jour le lobby pétrolier n'arrive pas à continuer de se gaver sur ce produit générateur de tant de dividendes comme avant, la crise économique provoquée par la cupidité pathologique ...

à écrit le 06/10/2022 à 12:53
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Quid des poids lourds étrangers profitant de cette manne publique?

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