La hausse du nombre de médecins ne fait pas reculer les inégalités territoriales
latribune.fr
En termes de densité médicale, ce sont « les départements situés au centre de la métropole, autour du bassin parisien, qui sont les moins bien dotés ». (Ordre des médecins).
Les effectifs de ces professionnels de santé sont en légère hausse en France, selon les statistiques annuelles publiées mercredi par l'Ordre des médecins. Néanmoins, les inégalités territoriales continuent de s'aggraver.
La France compte un tout petit plus de médecins depuis le début de l'année. Selon l'Atlas de la démographie médicale, publié par l'Ordre des médecins, le nombre de praticiens en activité régulière (hors remplaçants et retraités conservant une activité) était en hausse de 0,8% au 1er janvier 2024 à 199.089, un rebond à contre-courant d'une érosion observée quasiment tous les ans depuis plus d'une décennie. En 2010, le nombre de médecins en activité régulière était de 200.045.
«Cette tendance» à la hausse des médecins en activité régulière «devrait rester modérée avant de s'accélérer dans les années à venir», a nuancé l'Ordre des médecins.
« Il y a un frémissement de la démographie médicale », a commenté le docteur Jean-Marcel Mourgues, vice-président du conseil national de l'Ordre des médecins. « Les médecins en activité régulière augmentent enfin. Pas beaucoup, mais ils augmentent », a-t-il ajouté. Pour lui, leur effectif est désormais « sur un plateau en légère ascension ».
Si l'on prend en compte les médecins actifs - qui comprennent aussi les remplaçants et les retraités qui conservent une activité, même petite - la progression au 1er janvier 2024 est plus forte (+1,4%), à 237.300.
La démographie médicale souffre depuis plusieurs années des effets du numerus clausus. Pour rappel, cette politique d'encadrement du nombre d'étudiants en médecine a démarré dans les années 1970 et a connu son pic dans les années 1990, avec seulement 3.500 étudiants formés chaque année. Le quota a été desserré une première fois à partir de la fin des années 1990 (atteignant 7.000 au tournant de la décennie 2010), puis supprimé sous le président Emmanuel Macron. Le nombre d'étudiants formés atteint aujourd'hui 11.000 (nombre d'étudiants en deuxième année de médecine), et doit atteindre 12.000 en 2025.
145,9 médecins pour 100.000 habitants dans l'Indre
Si un frémissement s'observe dans la démographie, les inégalités territoriales « s'aggravent », alertent les auteurs de l'Atlas.
«Les départements hospitalo-universitaires voient leurs effectifs de médecins augmenter et rajeunir (à quelques exceptions près), tandis que les régions périphériques, où la population est plus âgée, subissent une diminution des effectifs médicaux et un vieillissement de leurs praticiens», selon l'Ordre des médecins.
En termes de densité médicale, ce sont « les départements situés au centre de la métropole, autour du bassin parisien, qui sont les moins bien dotés », détaille l'Atlas, qui pointe notamment la situation défavorable de l'Indre (145,9 médecins pour 100.000 habitants), de l'Eure (147,4) ou du Cher (152,2).
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«A l'inverse, les départements abritant les grandes villes de France, ainsi que ceux situés sur les littoraux ou aux frontières présentent les plus fortes densités : Paris (697,4), les Hautes-Alpes (432,4) ou encore le Rhône (414).»
Parmi les autres enseignements de l'Atlas, la population de médecins en activité régulière poursuit son rajeunissement, avec un âge moyen de 48,1 ans, contre 48,6 ans l'an dernier et 50,2 ans en 2010. La profession poursuit aussi sa féminisation (51,8% des médecins actifs réguliers sont des femmes, contre 50,1% l'an dernier), et son glissement continu vers le salariat.
Les médecins étaient 48,7% à être salariés au 1er janvier 2024, contre 48,2% un an auparavant et 41,9% en 2010. Les médecins exerçant une activité exclusivement libérale sont 41%, contre 41,5% en 2023 et 46,5% en 2010.
Barnier promet de lutter contre les inégalités d'accès aux soins
Le Premier ministre, dans son discours de politique générale devant l'Assemblée nationale, a dit vouloir travailler à « un programme nouveau, un 'programme Hippocrate' par lequel les internes, français et étrangers, s'engageraient volontairement, pour une période donnée et grâce à l'accompagnement de l'Etat et des collectivités, à exercer dans les territoires qui manquent le plus de médecins ».
Devant les députés, Michel Barnier a aussi promis de poursuivre « l'effort engagé » pour former plus de médecins. « Mon gouvernement vous proposera aussi d'accélérer l'accès aux soins grâce à une loi 'infirmières, infirmiers', qui ira plus loin dans la reconnaissance de leur expertise et de leurs compétences et leur donnera un rôle élargi », a encore déclaré le locataire de Matignon.
Attendue depuis plus d'un an, une proposition de loi sur le sujet - portée par une députée de l'ex-majorité - était presque finalisée au printemps, avant d'être stoppée par la dissolution. Matignon projette encore de faire appel aux « médecins retraités » avec des conditions de cumul emploi-retraite plus favorables, et de « s'attaquer à la simplification et à la suppression » de la « paperasse », qui complique le travail des soignants.