La (très) lente progression de la lutte contre les inégalités hommes-femmes en quatre graphiques

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(Crédits : LT)
FOCUS DATA. Dix ans après la loi Copé-Zimmermann, la France progresse lentement dans la lutte contre les inégalités femmes-hommes. Toutefois, le chemin à parcourir est encore long. Les écarts de salaire sont toujours faramineux et le plafond de verre est loin d'être brisé. Ce lundi sera publié l'index de l'égalité professionnelle dans le but de mettre fin aux inégalités salariales d'ici 2022.

Alors que les inégalités femmes-hommes tendaient (un peu) à se réduire ces dernières années, le Covid a fait faire un grand bond en arrière. Lors du premier confinement, du 17 mars au 11 mai 2020, la prise en charge des enfants a été largement assurée par les femmes lorsque les écoles ont fermé. Plus de 8 femmes sur 10 vivant avec des enfants y ont consacré plus de 4 heures par jour, assurant ainsi parfois une double journée, contre moins de 6 hommes sur 10, selon les chiffres de l'Insee en juin 2020. Autre constat, les mères ont deux fois plus souvent que les pères renoncé à travailler pour garder leurs enfants (21% contre 12%), ajoute l'Insee. À l'occasion de la journée internationale des droits des femmes ce 8 mars, La Tribune fait le point - en quatre graphiques - sur l'égalité professionnelle des femmes et des hommes.

  • Égalité des salaires : un chemin encore long à parcourir

Sur ce vaste sujet de l'égalité en entreprise qui rassemble aussi bien des problématiques de sexisme, d'articulation de vie professionnelle et familiale, ou encore d'accès à des postes d'encadrement, la priorité numéro 1 pour plus de la moitié des Français est l'égalité salariale, selon une étude Ipsos publiée le 27 janvier. Et sur ce point - corrélé à tous les autres - il y a encore beaucoup d'efforts à fournir. En effet, la rémunération des hommes est encore supérieure de 17% par rapport à celle des femmes, pour le même nombre d'heures travaillées, selon les derniers chiffres de l'Insee en 2017. L'écart s'est finalement peu réduit puisqu'il était de 21% en 2000. Le constat est encore plus alarmant en comparant le revenu moyen d'un salarié français, où l'écart est de 29% à l'avantage des hommes.

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NB : Le salaire en équivaut temps plein (EQTP) est un salaire converti à un temps plein pendant toute l'année, quel que soit le volume de travail effectif.

Sous l'impulsion d'Emmanuel Macron qui veut faire de la lutte contre ces inégalités l'une des « grandes causes du quinquennat », la loi Avenir Professionnel a instauré l'index de l'égalité professionnelle. Les entreprises de plus de 50 salariés doivent ainsi publier chaque année, depuis 2018, l'évaluation du niveau d'égalité femmes-hommes calculé sur 100 points. Les entreprises n'atteignant pas 75 peuvent ensuite être sanctionnées. La note moyenne s'est amélioré en un an, atteignant 87/100 en 2019 contre à peine 83 en 2018. Ce lundi sera publié l'index 2020 de l'égalité professionnelle dans le but de mettre fin aux inégalités salariales d'ici 2022. De plus en plus d'entreprises respectent l'obligation de publier leur index d'égalité professionnelle femmes/hommes, selon le bilan publié lundi par le ministère du Travail, mais une cinquantaine d'entre elles obtiennent pour la troisième année une très mauvaise note qui les expose à des pénalités.

  • Féminisation des conseils : la France en pole position

Néanmoins, du côté de l'évolution professionnelle, des progrès ont été fait depuis la loi Copé-Zimmermann de 2011. Ce texte vise à instaurer la parité aux plus hauts sommets des sphères de décision en instaurant un quota obligatoire de 40% de femmes dans les conseils d'administration (CA) des grandes et moyennes entreprises. Grace à cela, la France arrive à se démarquer en matière de féminisation des conseils d'administration de ses grandes entreprises. Elle arrive en tête du podium de l'Union européenne avec 44,4% de femmes au sein des conseils d'administration ou de surveillance en 2019, et est en deuxième position au niveau mondial, dépassée par l'Islande (46%), selon une étude réalisée par le Crédit Suisse Research, sur 3.000 entreprises dans 56 pays.

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  • Le CAC40, l'exemple à ne pas suivre ?

Attention, toutefois à ne pas crier victoire trop vite. Premièrement, les femmes restent encore minoritaires dans les conseils d'administration. Deuxièmement, bien qu'il y ait en moyenne 43% de femmes au sein des conseils d'administration du CAC40 (pour lesquels ces entreprises sont soumises à des quotas), les chiffres sur les comités exécutifs (où aucune mesure législative n'a été instaurée) sont moins encourageants. En effet, parmi les 481 membres des comités exécutifs des entreprises du CAC40, on trouve seulement 98 femmes, soit 20,37% des effectifs, selon l'étude 2021 de l'observatoire Skema.

La comparaison entre la féminisation des comités exécutifs et celle des conseils d'administration illustre l'importance de ces quotas imposés par la loi Copé-Zimmermann pour favoriser la promotion des femmes. Toutefois, « les femmes administratrices ne contribuent pas à améliorer la promotion professionnelle des femmes au comité exécutif : Il n'y a pas de corrélation entre le pourcentage de femmes dans le conseil d'administration et le pourcentage de femmes au comité exécutif, l'effet ruissellement espéré par la loi n'a pas eu lieu », analyse l'observatoire Skema.

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Autre constat, les évadés sociaux du CAC40 seraient les moins engagés dans le respect de la parité. « Sur les 5 entreprises qui sont les plus éloignées du quota de 40%, 2 sont juridiquement domiciliées dans des pays étrangers non-soumis à des quotas ou à des quotas plus faibles: Airbus: 25% (Pays-Bas) et ArcelorMittal: 25% (Pays-Bas) », pointe du doigt l'observatoire Skema.

Pourtant, les entreprises ont tout à y gagner. En effet, les chiffres prouvent que la rentabilité opérationnelle sur un an des dix entreprises dont l'encadrement est le plus féminisé est 106,22% supérieure à celles des dix dont l'encadrement l'est le moins, d'après l'observatoire Skema. De plus, la féminisation des entreprises est un facteur de performance boursière. « Durant la crise boursière de 2020, un portefeuille composé d'actions d'entreprises dont l'encadrement est féminisé à plus de 40% surperforme le CAC40 ainsi qu'un portefeuille composé des entreprises les plus masculines », analyse l'observatoire.

  • Un plafond de verre pas encore brisé

Mais la progression des femmes s'arrête encore aujourd'hui aux portes du pouvoir. La différence entre le pourcentage de femmes occupant des postes de managers et le pourcentage de femmes aux comités exécutifs mesure l'inégalité en matière de promotion professionnelle. L'écart femmes-hommes est en effet bien plus resserré puisque 37% des femmes occupent un poste de manager en France et dans l'Union européenne, tous secteurs économiques confondus.

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Commentaires
a écrit le 08/03/2021 à 10:47 :
la France est dans le peloton de tête du The Economist Glass Ceiling Index (avec les Nordiques, et très loin devant UK/Allemagne/Australie/USA/Pays-Bas/Suisse/etc...),
et est 1ère du dernier rapport d'Equileap sur l'égalité professionnelle dans les pays riches.
a écrit le 08/03/2021 à 9:08 :
Le dumping fiscal et le dumping social sont les deux mamelles de notre dictature financière européenne à savoir certainement pas un terreau pour l'égalité, bien au contraire, à partir du moment où notre classe dirigeante ne voit en l'humain qu'un esclave nous n'arriverons à rien. Hé ho c'est le déclin hein ? Les kurdes eux en autogestion ont parfaitement géré cette situation au sein pourtant d'une région particulièrement ravagée par toutes sortes d'inégalités. Bref ce que je dis, tant que nous serons prisonniers d'oligarchies déclinantes socialement nous n'avancerons jamais.

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