« La ville de demain, numérique, durable, accessible se réfléchit aujourd'hui »

 |   |  924  mots
Alexandra François-Cuxac, Présidente de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI)
Alexandra François-Cuxac, Présidente de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) (Crédits : Anna Camerac/Markimage)
La présidente de la Fédération des promoteurs immobiliers, Alexandra François-Cuxac, appelle à une réflexion collective sur les modèles de financement pour le social et l'intermédiaire, et presse le Gouvernement de flécher un peu d'argent public vers les zones détendues pour renforcer leur attractivité.

LA TRIBUNE - Comment la FPI anticipe-t-elle les besoins en logement en 2030 ?

ALEXANDRA FRANÇOIS-CUXAC - Le rôle de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) est d'accompagner ses adhérents dans l'anticipation des grandes transformations de la ville, de la société ou de l'environnement. Nous organisons pour nos membres des formations permettant d'appréhender la révolution numérique dans nos métiers et nos pratiques, d'intégrer la transition énergétique dans nos programmes, de nous adapter à l'évolution des attentes et des usages de nos clients. Nous travaillons aussi avec le gouvernement pour éclairer ses choix et essayer de faire en sorte qu'il accompagne l'innovation, et non qu'il la freine voire la rende impossible en complexifiant sans cesse l'acte de bâtir. Nous sommes en effet une filière apprenante et non une filière qui subit.

Le projet de loi Élan répond-il dans ce cas à vos attentes ?

Il est nécessaire de faire évoluer le cadre juridique pour rompre avec les pesanteurs qui handicapent la production de logements. Le gouvernement en a conscience, de même que le Parlement. L'exécutif semble conscient des lourdeurs qu'entraînent les évolutions permanentes des normes.

Quand on veut parler de la ville de demain, il faut croiser les regards des acteurs, qu'il s'agisse de la société civile et professionnelle ou des élus. Avec la conférence de consensus sur le logement, initiée par le président du Sénat en lien avec le gouvernement, des dizaines de contributions ont été publiées dont celles de la FPI, qui a été invitée à prendre toute sa part dans cet exercice d'un nouveau genre. Maintenant, quel résultat va-t-il en ressortir ? C'est assez sage de la part de l'exécutif d'avoir accepté l'organisation de ces interactions et confrontations. Cela va sans doute permettre de faire bouger les lignes. Le projet de loi enrichi de certaines propositions sera présenté fin mars en Conseil des ministres, puis au Parlement au printemps. Plusieurs dispositions vont dans le bon sens, comme l'encadrement des délais de jugement des recours abusifs ou la simplification des normes, d'autres voies mériteraient d'être plus accélérées, comme la simplification des dossiers de permis. Le temps économique est rapide. Il faut donc accélérer le temps administratif.

Précisément, comment travaillez-vous à la ville de demain ?

Ce sont des sujets d'une grande complexité. Au Sénat, nous avons eu une réunion thématique sur les enjeux liés à la simplification des normes de construction et d'urbanisme. Nous ne pouvons pas bâtir autant qu'il serait nécessaire tant que les carcans administratifs freinent les initiatives. Tous les jours, les promoteurs que nous sommes vivent des blocages : des sursis à statuer, des suspensions de décisions publiques, un PLU qui dure deux à trois ans... qui sont des choses complètement anachroniques ! La ville de demain, numérique, durable, accessible, se réfléchit aujourd'hui : économie des ressources, innovations au service de l'humain, densités croissantes, telles sont nos thématiques !

Ensuite, le modèle actuel des territoires denses, où la construction de logement social est financée indirectement par celle du logement privé, ne fonctionne plus. La manière dont nous produisons du logement libre est un modèle à bout de souffle, parce qu'il devient trop cher. Nous devons engager une réflexion sur un modèle économique et financier permettant de produire les logements dont nos concitoyens ont besoin sans recourir systématiquement aux aides ou aux subventions.

Enfin, il faut s'interroger sur le logement intermédiaire, qu'il s'agisse de logement locatif ou d'accession à prix maîtrisé. Il nous faut réfléchir aux moyens d'encourager cette alternative, qui s'adresse aux classes moyennes, fonctionnaires, employés du secteur privé, notamment aux locataires du parc social, qui pourraient ainsi évoluer dans leur parcours résidentiel. Dans ce cadre, la possibilité d'intégrer le logement locatif intermédiaire - dans des conditions à définir - dans les objectifs de la loi SRU pourrait être étudiée à condition que, à l'instar des acteurs institutionnels (tels que CDC Habitat ou Action Logement), les promoteurs disposent des mêmes facultés (TVA à 10 %) pour réaliser ces logements intermédiaires.

Comment répondez-vous à la demande en zones détendues ?

À la FPI, nous nous posons souvent ces deux questions : quel parcours résidentiel pour les classes moyennes et quel développement pour nos territoires détendus ? Accordons un regard spécifique à ces centres-bourgs ou villes moyennes qui connaissent de vrais freins par leur isolement ou leur faible développement économique. Ne calquons pas un modèle métropolitain, mais réfléchissons à une croissance plus verte et plus responsable fondée sur le bien-être des habitants et des salariés avec des logements moins chers, des mobilités renforcées et une meilleure qualité de vie. Il faudra bien des relais de croissance dans nos territoires : croisons les regards et faisons-y venir l'emploi ! Développons, avec l'ensemble des forces vives, des villes éco-intelligentes ! Maintenant que les métropoles sont arrivées à un certain degré de maturité, il pourrait être fléché un peu plus d'argent public vers ces zones détendues. Je propose ainsi une péréquation de la fiscalité permettant un renforcement de ces territoires. En effet, la construction de logements crée des recettes fiscales qui pourraient être redistribuées, au profit des maires bâtisseurs d'un côté, et des zones détendues de l'autre. Fléchons l'argent public là où sont les vrais besoins.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 26/03/2018 à 13:46 :
LA ville ferait un progrès considérable en indiquant à chaque carrefour, le NOM DES RUES et le sens de progression des numéros des batiments
Cela éviterai perte de temps, erreurs et accidents ( que j'ai subi) lorsqu'il faut jouer aux devinettes et aux jeux de piste pour trouver la direction à suivre
Cela fonctionne dans tous les cas, avec ou sans assistance nmérique
a écrit le 15/03/2018 à 15:16 :
Il y a une solution :
L’état rend toutes les habitations de France à 100% «  vertes » et «  numérique « avec une participation « digitale « de 80%...( un gros coup de pouce)

C’est une bonne idée non?
a écrit le 14/03/2018 à 11:59 :
"Le temps économique est rapide"..."une croissance plus verte et plus responsable fondée sur le bien-être des habitants et des salariés avec des logements moins chers, des mobilités renforcées et une meilleure qualité de vie."
De la langue de bois + de la mauvaise foi+ de l'enfumage pour les bénéfices des promoteurs, autrement aussi nommés "voyous".
a écrit le 14/03/2018 à 10:07 :
Cet entretien est un concentré de jargon élitiste dans le sens du vent dont la fonction est de masquer la vacuité des propos avec la même élégance que l'écolier qui écrit gros pour remplir une dissertation .
Aujourd'hui il est devenu rare de ne pas tomber sur un entretien où n'apparaissent pas les mots "demain", "numérique", "innovation" , "durable", "transition", "révolution", "réflexion".
Quelqu'un de visionnaire n'est pas du genre à suivre les codes d'un langage pré-mâché.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :