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ÉconomieFrance

Largesses budgétaires: la campagne présidentielle a réellement commencé

Photo de Jean-Christophe Chanut

Jean-Christophe Chanut

Publié le 06 mai 2016 à 14:33 - Mis à jour le 06 mai 2016 à 15:09

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Revalorisation des primes des enseignants, mesures pour les jeunes, augmentation des fonctionnaires, nouvelles baisses d'impôts, ... François Hollande multiplie les annonces à un an de la présidentielle. Reste à financer toutes ces mesures.

Comment savoir si une campagne pour l'élection présidentielle a commencé? En regardant si la rigueur budgétaire prônée par la majorité en place connaît quelques assouplissements. A l'aune de cette lecture, on peut alors considérer que François Hollande  - qui fête ce 6 mai ses quatre ans à l'Elysée - sera quasi certainement candidat en 2017, tant les petits "gestes électoraux" tendent à se multiplier... Ce qui donne d'ailleurs des sueurs froides à Michel Sapin, le ministre des Finances, tout à son objectif de ramener en 2017 le déficit public sous la barre des 3 % du PIB, comme le prévoient les critères de Maastricht.

Et, il est exact que les "gestes" - qualifiés de cadeaux électoraux par le parti "Les Républicains"- s'additionnent pour viser un large public. Soit exactement la même politique que celle menée en 2012 par Nicolas Sarkozy, alors président de la République en place...

Vers une nouvelle baisse des impôts ?

François Hollande a ainsi annoncé mardi 3 mai, lors d'un colloque sur "La Gauche et le pouvoir" qu'il envisageait un nouvelle baisse d'impôts en 2017 "pour les plus modestes" si les marges budgétaires le permettent. Il poursuivrait ainsi un mouvement de décrue débuté en 2014. Il rompait alors avec le "choc fiscal" du début du quinquennat, en réalité largement entamé depuis 2011, quand François Fillon était premier ministre. En effet, les décisions prises durant les deux dernières années du quinquennat de Nicolas Sarkozy, ont été responsables d'environ 30 milliards d'euros de hausse des prélèvements obligatoires.

1,5 milliard d'euros pour l'emploi

Il y a aussi toute la politique en faveur de l'emploi qui commence à coûter. Ainsi, la prime d'embauche (jusqu'à 2.000 euros sur deux ans) accordée aux PME de moins de 250 salariés représente grosso modo un coût annuel d'un milliard d'euros. Quant au plan de formation de 500.000 chômeurs copiloté par l'Etat et les régions, son coût devrait être au minimum de 500 millions d'euros pour les finances de l'Etat, mais sans doute davantage. Mais, sur ce terrain, on ne peut pas vraiment parler de clientélisme.

Une opportune hausse de 800 euros pour une prime des enseignants

En revanche, dans un tout autre domaine, il y a aussi la revalorisation de "l'indemnité au titre du suivi et de l'accompagnement des élèves" dont vont bénéficier dès septembre les 370.000 enseignants des maternelles et des écoles élémentaires. Instaurée en 2013 par Vincent Peillon alors ministre de l'Education nationale, cette prime annuelle s'élevait à 400 euros, elles passera à 1.200 euros. Soit un coût de plus de 300 millions d'euros. Certes, par rapport à la plupart de leurs homologues européens de pays comparables, les enseignants français sont parmi les moins bien lotis, mais la revalorisation de leur prime apparaît tout de même très opportuniste. Elle est d'ailleurs qualifiée "d'heureuse surprise" par les syndicats d'enseignants... c'est tout dire.

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Avant cela, en mars, il y a avait eu le dégel du point d'indice des fonctionnaires avec la décision de revaloriser ce point en deux temps, 0,6 % en juillet 2016, et de nouveau 0,6 % en février 2017. La revalorisation représentera un surcroît de dépenses d'environ 2,4 milliards d'euros par an pour l'Etat, les collectivités locales et les hôpitaux publics... dont environ 600 millions d'euros pour la seule fonction public d'Etat.

Il n'y a pas non plus de campagne électorale sans un geste en faveur des agriculteurs. C'est chose faite pour un montant débloqué d'environ 900 millions d'euros, en tenant compte de toutes les aides à l'élevage accordées depuis 2015.

4 à 6 milliards d'euros de dépenses supplémentaires

Et puis, dans le désordre, on n'oubliera pas la promesse présidentielle de doter de 300 millions d'euros le fonds pour la transition énergétique ; les 400 millions accordés aux jeunes - avec notamment la généralisation de la "garantie jeune" -  pour calmer leur mobilisation contre le projet de loi Travail ; la prolongation d'un an de la mesure de "suramortissement" de 140 % pour un coût d'environ 500 millions d'euros.

Bientôt, sans doute - il faudra attendre la visite de François Hollande au congrès des maires qui s'ouvrira le 31 mai pour le savoir -, il faudra ajouter à cette longue liste le renoncement par l'Etat de baisser les dotations aux collectivité locales en 2017, soit 3,6 milliards d'euros...

In fine, en excluant pour l'instant le renoncement à la baisse de la dotation, l'ensemble de ces "largesses" représente un total compris entre 4 milliards d'euros (selon la rapporteure PS de la commission des finances de l'Assemblée nationale Valérie Rabaut) et 6 milliards d'euros, selon le président "Les Républicains", de cette même commission des finances Gilles Carrez.

À lire également

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  • Les régions vont piloter la formation de 500.000 chômeurs

Mais, attention tout de même, toutes ces mesures ne peuvent pas être taxées de "clientélisme". Il y a une différence de nature entre le financement d'un plan exceptionnel de formation à destination des chômeurs et... une soudaine décision d'augmenter une prime des enseignants.
Reste maintenant au ministère des Finances à trouver quatre à six milliards de mesures d'économies ou de redéploiement pour éviter un nouveau dérapage dans les finances publiques.

Jean-Christophe Chanut

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