Le suramortissement ne convainc pas vraiment les chefs d'entreprises

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Reprise ou pas reprise ?
Reprise ou pas reprise ? (Crédits : DR)
Interrogés par Opinion Way pour CCI France/La Tribune/ Europe 1 dans le cadre de « La grande consultation », les chefs d'entreprises n'ont pas réellement le moral au beau fixe, malgré quelques signaux conjoncturels encourageants.

Les statistiques déforment-elles la réalité. Interrogés dans le cadre du baromètre Opinion Way pour CCI France/La Tribune/ Europe 1, les chefs d'entreprises restent assez méfiants quant à la réalité de la reprise. Certes, les indicateurs macroéconomiques se redressent un peu. C'est notamment le cas de la consommation et de la production industrielle.

Mais la sérénité n'est pas encore de mise. Comme en février, seuls 30% du millier d'entrepreneurs interrogés dans le cadre de « La grande consultation » lancée par CCI France* se disent confiants. Mais ils ne sont que 11%, contre 16% en février, à se déclarer " audacieux ". Point positif, ils sont 41% à penser que "ce sera mieux demain", un pourcentage en hausse de quatre points par rapport à février !

Pour André Marcon, le président de CCI France, cette deuxième vague de la grande consultation des entrepreneurs indique donc "un frémissement de l'économie. Il faut s'en réjouir et s'en saisir". " Certes ce n'est pas la confiance qui remplit les carnets de commandes, mais elle est indispensable au dynamisme général et c'est un préalable à l'investissement ", ajoute-t-il.

Pas d'embauches massives à l'horizon

Si leur situation personnelle reste plutôt confortable - 59% sont très confiants sur l'avenir de leur entreprise -, celle de l'économie française les inquiète. En effet, seuls 17% sont "assez confiants " sur son potentiel de rebond.

Dans ce contexte, encore déprimé - et déprimant, il faut bien en convenir - les nouvelles embauches restent différées. Seuls 10% des dirigeants comptent recruter en 2015. Ils sont 85% à vouloir maintenir le nombre de leurs salariés. Ils sont encore 5% à penser réduire la voilure... Prévue en 2016 par le gouvernement, l'inversion de la courbe du chômage reste donc hypothétique.

Recruter des apprentis est-il plus envisageable ? Egalement questionnés sur l'apprentissage, les dirigeants interrogés dans le cadre de cette " Grande consultation " sont peu enthousiastes sur les dispositifs actuellement en vigueur. Ils sont 45% à estimer que c'est une méthode efficace de recrutement, 38% à penser qu'il permet de maintenir les savoir-faire dans l'entreprise et 22% à considérer que l'apprentissage permet d'apporter de nouvelles compétences... Peut-être que les prochaines mesures gouvernementales sauront les convaincre... Lors de l'entretien télévisé accordé à Canal+ le 19 avril, François Hollande, le chef de l'Etat a annoncé la tenue d'une conférence sur l'apprentissage le 12 mai, avec de nouvelles incitations à la clé.

En attendant de connaître le détail de ces mesures, avant d'embaucher, les chefs d'entreprises se sont fixés d'autres objectifs : trouver des leviers de croissance pour l'activité, notamment en innovant et en exportant, et des leviers de rentabilité.

Encore des baisses de cotisations !

Comment pourraient-ils retrouver le sourire ? Réformer serait la clé, selon eux. Ils sont 44% à plaider pour une réforme « en profondeur » de l'économie. Pour 38% d'entre eux, quelques réformes suffiraient à leur donner satisfaction. Saluent-ils la loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques, dite loi Macron ? L'accueil est bien mitigé.

En effet, ils sont 67% à ne pas percevoir la cohérence et la logique du texte. Ils ne sont que 21% à estimer qu'il permettra de stimuler la croissance. Espérons qu'ils se trompent ! Il semble qu'une nouvelle baisse des cotisations, qui se serait ajoutée au crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) et aux allègements de charges prévus par le Pacte de responsabilité les auraient davantage contenté. Ils sont 54% à la réclamer.

Avec la mesure portant sur le suramortissement, qui permet de réduire la facture de l'impôt sur les sociétés, l'exécutif a en partie répondu à leurs attentes.

De quoi s'agit-il exactement ? Annoncée le 8 avril par Manuel Valls, le Premier ministre en Conseil des ministres, votée au Sénat le 16 avril dans le cadre de l'examen sur le projet de loi sur la croissance et l'activité, la mesure de suramortissement est d'ores et déjà en vigueur. Elle concerne les investissements productifs privés des entreprises réalisés entre le 15 avril 2015 et le 14 avril 2016. L'instruction fiscale est d'ores et déjà parue au Bulletin officiel des finances publiques (bofip.impots.gouv.fr). Les règles de calcul et les modalités de mise en œuvre de la déduction sont les suivantes : les entreprises peuvent amortir les biens à hauteur de 140% de leur valeur, ce qui leur apporte un double avantage, en termes de trésorerie et en termes de rendement. Ainsi, pour un investissement de 100.000 euros, l'économie d'impôt, s'ajoutant à l'amortissement classique, sera, pour un taux normal d'impôt sur les sociétés, d'environ 13.000 euros. Coût pour l'Etat ? Il s'élève à 2,5 milliards d'euro sur cinq ans. Michel Sapin, le ministre des Finances est confiant quant à la capacité de cette mesure à relancer l'investissement des entreprises, le chaînon manquant de la reprise.

" Les entreprises ont maintenant toutes les informations nécessaires pour déterminer le bénéfice qu'elles pourront tirer de la mesure de suramortissement lorsqu'elles investissent dans les mois qui viennent. Avec des conditions de financement favorables et une demande qui repart, toutes les conditions sont réunies pour que les entreprises, par leurs investissements, participent pleinement à la reprise en cours ", a-t-il expliqué lors de la publication de l'instruction fiscale.

Un accueil mitigé pour le suramortissement

Là encore, les chefs d'entreprises éprouvent de sérieuses difficultés à se réjouir, même si la CGPME a immédiatement salué cette mesure, considérant qu'elle pouvait provoquer un choc salutaire de l'investissement productif. Sur le millier de dirigeants ayant participé à la " Grande consultation ", 47% estiment que cet outil peut en effet stimuler l'investissement. Mais ils sont 42% à penser le contraire ! Plus grave, ils sont 71% à ne pas avoir l'intention d'utiliser ce dispositif. Pour quelles raisons ? Ils sont 31% à déclarer à avoir déjà investi.

Pour 28% d'entre eux, leur carnet de commandes est trop peu étoffé pour investir. Faire tourner les machines en place suffirait donc. " Le manque de visibilité et de pérennité des carnets de commandes, c'est ce qui empêche notamment les entreprises d'utiliser la mesure proposée. Aujourd'hui, ils manquent de visibilité sur leurs carnets de commande : 15 jours à 3 semaines contre au minimum 6 semaines avant la crise ", précise André Marcon.

Enfin, 17% déclarent ne pas avoir les ressources financières pour investir, malgré cette mesure ! " Tout l'enjeu c'est de restaurer la compétitivité et la baisse des charges y contribuera. Là sera le cercle vertueux... ", poursuit-il.

*Vous désirez exprimer votre avis, émettre une idée sur les questions économiques ? Rejoignez la Communauté CCI des entrepreneurs en participant à la plateforme d'échanges et de débats : www.grandeconsultation.fr

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Commentaires
a écrit le 04/05/2015 à 0:08 :
mais encore faudrait-il que nos entrepreneurs investissent??pas vraiment chaud la crise eux savent qu'elle est bien là.
a écrit le 28/04/2015 à 11:20 :
Ah si seulement les socialistes gouvernants de 2015 avaient pu etre ceux de 1997 !!!
Il y a plein de bonnes choses dans ce qu' entreprend Manuel VALLS et son équipe, pour les entreprises mais la dynamique s'est quelque peu rompue et l'on ressent lassitude et essoufflement de la part des patrons.Un peu tard tout cela. .....
a écrit le 27/04/2015 à 22:14 :
Dans beaucoup de PME, nous avons un patronat vieillissant , qui garde son outil de travail obsolète en attendant la retraite. Vivement la relève !
a écrit le 27/04/2015 à 21:08 :
Pourquoi prélever impôts et charges sur les entreprises pour ensuite redistribuer exonérations et subventions qui emploient des milliers de fonctionnaires? SIMPLIFIEZ!! Réduisez les charges et les impôts sur les entreprises en contrepartie de ces exonérations et subventions dont jamais personnes n'a été capable d'en évaluer l'efficacité car elle n'existe pas. Au contraire comme elle dépend du bon vouloir des politiques elle génère une grande méfiance nuisible à la confiance indispensable pour investir. Tous nos politiques de droite ou de gauche sont dirigistes!!
a écrit le 27/04/2015 à 16:04 :
L'assistanat coûte 33 milliards d'euros par an aux français. L'idéal serait de stopper ces aides et d'utiliser ces 33 milliards en réduction de charges et d'impôts. Les entreprises et les particuliers ont besoin de liberté , le socialisme étatique n'est pas la solution.
a écrit le 27/04/2015 à 14:19 :
Le sur amortissement est un non sens imbécile, digne des énarquies.
a écrit le 27/04/2015 à 14:17 :
Le sur amortissement est une pure stupidité, digne des énarquies.
a écrit le 27/04/2015 à 11:35 :
Trop d'attentisme caractérise la position patronale ; certes le carnet de commandes reste le maître mot. Mais le dynamisme devrait guider la recherche de compétitivité, pour concevoir déjà des stratégies de marché. Il ne faut pas attendre tout des pouvoirs publics.
Serions nous entrés dans un système patronal qui reste à l'affût d'aides sociales pour engranger des bénéfices, sans assumer le rôle de moteur économique. Dans ce cas il ne serait pas disconvenant de penser que la frontière est très mince entre le travailleur social qui lui ne dispose de rien, et un prêche patronal de quémandeur éternel.
Réponse de le 27/04/2015 à 12:40 :
"un prêche patronal de quémandeur éternel..."
Classement international du poids de la fiscalite pesant sur les entreprises (IS+charges+taxes) source : banque mondiale 2014
France : numero 1 (plus taxé) dans l'UE
Charges patronales sur salaires :
FR : 49%
All :11%
Belgique :32%
Réponse de le 27/04/2015 à 13:13 :
Je suis plutôt de votre avis, et je vais argumenter vite fait, ayant un sandwich à ingurgiter dans un délai relativement court.
Nombreux chef d'entreprises traînent les pieds.
J’ai beaucoup d’exemples négatifs, autour de mon entreprise, dans la zone industrielle ou j’opère depuis 2002.
Certains de ceux-ci pleureront d'ici quelques trimestres.
Lorsqu'ils devront refuser des commandes pour ne pas avoir modernisé, adapté et préparé leur entreprise à une montée de charge alors qu'ils en avaient la possibilité, c’est un grand classique.
Pour d’autres qui roulent en Porche Cayenne, alors qu’ils n’ont qu’une dizaine de salariés, ne réalisent que des produits à faible VA, et ont préféré remercier un CDI ou un intérimaire plutôt que de faire un effort personnel durant cette crise, ils sont irrécupérables.
Que dire de ceux qui n’ont pas profité de la baisse d’activité, pour se former, par exemple tout simplement en anglais, l’une des tares des entrepreneurs français.
Personnellement, je serais vexé d’être obligé de faire appel à un de mes jeunes ou à ma secrétaire pour comprendre une offre, une notice, une norme ou une procédure.
Pour certains qui sont déjà de mauvais commerciaux en période de forte activité, en période de crise, c’est un peu comme s’ils étaient perdus au milieu d’un désert, le néant.
Personne n’est contraint à tout savoir faire, lorsqu’on n’est pas doué dans un domaine, on s’appuie sur une personne compétente, ce n’est pourtant pas compliqué.
En conclusion, je rencontre tout de même beaucoup d’entrepreneurs loin de donner leur maximum.
Et je ne suis pas mécontent de payer mes impôts, taxes, abonnements et adhésions. Mais voici un domaine qui pourrait être allégé, ce qu'on nomme vulgairement la paperasse.
Heureux aussi de respecter en tous points la législation, même si je la trouve parfois trop contraignante, mais je ne suis certainement pas objectif......
Même si l'image des politiques n'est pas très bonne, il faut éviter de généraliser, je leurs fait tout de même confiance.
L'un des défauts de l'homme, c'est de rejeter la faute sur les autres en s'adjugeant un non-lieu, une prescription sur ses propres non-choix ou mauvais choix, et les entrepreneurs ne sont que des hommes.
Réponse de le 27/04/2015 à 13:44 :
je suis d'accord : les patrons francais (comme les francais d'ailleurs) sont frileux (en plus d’être accables de taxes et réglementations). voir nos résultats exécrables a l'export. dernière foire de Hanovre (rendez vous mondial de l'industrie) très très peu d'exposants français
c'est culturel
a écrit le 27/04/2015 à 8:33 :
Jamais aucun gouvernement n'aura autant favorisé les entreprises: diminution drastique des impôts beaucoup trop augmentés par le précédent quinquennat, grande liberté d'entreprendre et d'investir, facilités de gestion du personnel. D'ailleurs les industriels ne s'y trompent pas, et ils soutiennent sans réserve la politique gouvernementale. Ils vont donc pouvoir embaucher et investir . Le pays est sur la bonne voie.
Réponse de le 27/04/2015 à 9:50 :
Jamais l'auto-satisfaction n'aura constitué une réalité sur le terrain.
Réponse de le 27/04/2015 à 10:53 :
alors allez y, foncez! c'est le moment ou jamais pour vous de creer une multinationale pas rentable qui embaucherait plein de gens bien payes mais qui ne travaillent pas trop! et sous les insultes, svp !!
tout est fait pour vous, vous n'avez plus aucune excuse pour ne pas sacrifier votre vie!
allez, la balle est dans votre camp, elu ps! faut se lancer sans tarder !!!! les chomeurs ont besoin de vous!!
Réponse de le 27/04/2015 à 21:18 :
Le plus grave c est que vous y croyez.
en fait tout est contradiction dans la politique actuelle.

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