ANALYSE. Après avoir été au centre de l'actualité pendant des mois, les préoccupations des agriculteurs sont aujourd'hui négligées dans la campagne des législatives, regrettent leurs représentants. Le caractère flou des propositions comme du calendrier fait craindre une mise aux oubliettes.Depuis le vote aux européennes du 9 juin, et la décision du président de la République de dissoudre l'Assemblée nationale, les agriculteurs craignent que, pour eux, le vent ait radicalement tourné. Non seulement, au grand dam des syndicats agricoles majoritaires qui les avaient négociées pendant des mois, les réformes promises voire engagées par le gouvernement actuel sont tombées aux oubliettes, leur avenir restant suspendu à l'issue d'un scrutin historique. Aussi, au goût des agriculteurs, les campagnes négligent trop leurs préoccupations.
« On n'a pas beaucoup parlé de l'agriculture lors du débat de hier », regrettait le président de l'Association des chambres d'agriculture, Sébastien Windsor, lors d'une conférence de presse le 26 juin, au lendemain du débat organisé par TF1 entre Gabriel Attal, Jordan Bardella et Manuel Bompard.« Dans un contexte d'hystérisation très rapide des sujets politiques, on voit bien que, sauf dans certaines circonscriptions rurales, nos revendications ne font plus partie des priorités affichées par les candidats », convient le président des Jeunes Agriculteurs, Pierrick Horel.
De forts espoirs
Une frustration d'autant plus forte qu'en début 2024, après plusieurs mois de protestations à bas bruit dans les campagnes, les agriculteurs avaient finalement réussi à secouer la classe politique et l'opinion publique française d'une manière inédite. Leurs barrages des routes et leurs tracteurs dans les rues avaient fait la Une des médias pendant plusieurs semaines, en leur permettant d'obtenir, de la part du gouvernement français comme de l'UE, des concessions qualifiées d'inespérées par leurs propres syndicats.
Fin février, les jours suivant la tumultueuse inauguration du Salon de l'Agriculture par le président de la République, tous les principaux personnages politiques, Jordan Bardella en tête, en avaient arpenté pendant des heures les allées, dans la tentative de récupérer la colère agricole. Puis, au printemps, les débats sur l'avenir de l'agriculture avaient chauffé les rangs de l'Assemblée nationale, notamment à l'occasion de discussions tendues autour de la loi d'orientation agricole, qui élevait ce secteur économique à « intérêt général majeur du pays ».