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Les "coups" diplomatiques de Macron, une stratégie à haut risque et pas sans paradoxes

par John Irish et Robin Emmott, Reuters

Publié le 20 septembre 2019 à 07:30 - Mis à jour le 20 septembre 2019 à 14:28

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Reuters

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Boris Johnson, accaparé par le Brexit, et Angela Merkel, qui s'apprête à lâcher les rênes du pouvoir alors que son pays est économiquement fragilisé, ont laissé le champ libre à Emmanuel Macron qui a profité du G7, à Biarritz en août, pour s'emparer du leadership diplomatique en Europe. Une "diplomatie de l'audace" pas du goût de tous ses partenaires et alliés et qui pourrait mettre en péril l'équilibre déjà fragile de la diplomatie européenne.

Prenant acte de l'isolement britannique et de la fragilisation de l'Allemagne, Emmanuel Macron a saisi l'occasion offerte pour s'emparer du leadership diplomatique en Europe, quitte à irriter ses partenaires. Cette stratégie à haut risque, mise en œuvre sans véritable concertation avec Londres, Berlin ou Bruxelles, témoigne de sa volonté d'accroître l'influence française dans les affaires européennes, observe la sphère diplomatique.

L'inflexion a trouvé une illustration fin août lorsque le président français s'est efforcé d'atténuer les tensions entre Téhéran et Washington. L'initiative lui a valu les éloges de certains, mais elle a pu agacer les alliés européens de la France et a mis en péril l'équilibre déjà fragile de la diplomatie européenne, soulignent les observateurs.

"Nous parlerons à tous ceux qui sont aux responsabilités et s'il s'agit de Macron, très bien", a commenté Gordon Sondland, l'ambassadeur américain auprès de l'Union européenne. "Mais à la place de la République tchèque ou de l'Italie, je me demanderais quelles sont ses priorités", a-t-il ajouté.

Boris Johnson, accaparé par le Brexit, et Angela Merkel, qui s'apprête à lâcher les rênes du pouvoir et dirige un pays économiquement fragilisé, ont laissé le champ libre à Emmanuel Macron qui a pu profiter de l'organisation du G7 à Biarritz, en août, pour mettre en musique sa partition.

Déjeuner privé avec Donald Trump, rencontre avec le ministre iranien des Affaires étrangères Javad Zarif ou encore entretien téléphonique avec le président iranien Hassan

 

Rohani, Emmanuel Macron a revêtu sa nouvelle panoplie de diplomate en chef et émis l'hypothèse d'une rencontre Trump/Rohani

 

fin septembre en marge de l'Assemblée générale des Nations unies à New York.

Selon plusieurs sources diplomatiques, Emmanuel Macron ne s'est pas embarrassé d'en prévenir la Grande-Bretagne et l'Allemagne, deux pays signataires en 2015 de l'accord de Vienne sur le programme nucléaire iranien.

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La France joue en solo

Loin de s'arrêter là, le président français a envoyé début septembre à Moscou son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, sans en référer aux autorités diplomatiques européennes au moment même où elles accueillaient le secrétaire d'État américain Mike Pompeo, selon trois sources diplomatiques.

"L'issue du référendum sur le Brexit a entraîné un recul spectaculaire de l'influence de la politique étrangère britannique", note Jalel Harchaoui, chercheur à l'institut Clingendael. "Lorsqu'Emmanuel Macron s'est installé au pouvoir en 2017, l'idée générale était que la France et l'Allemagne formeraient une alliance étroite en matière d'affaires étrangères", rappelle-t-il.

"En réalité, l'Allemagne de Merkel (...) a largement négligé la diplomatie internationale. Pendant ce temps, la France de Macron s'est sans cesse mise à l'écart de la diplomatie européenne."

La France argue que l'Union européenne, premier contributeur mondial à l'aide au développement, a une influence diplomatique négligeable et explique qu'elle n'a pas été en mesure d'apporter des solutions aux problèmes syrien, yéménite ou ukrainien.

La voix de l'Europe discréditée par l'accentuation de la division

Le solo diplomatique d'Emmanuel Macron lui a valu aussi des déconvenues, notamment lorsqu'il a décidé d'une médiation dans le conflit libyen, suscitant l'irritation de l'Italie qui se pose en intervenant naturel dans son ancienne colonie.

Une concurrence qui fragilise l'UE, incapable de parler d'une seule voix aux géants chinois, russe et américain, prompts à en profiter pour promouvoir leurs propres intérêts.

L'Europe, "the place to be" ? Le style Macron séduit à l'étranger

Le style Macron ne déplaît pas à tous, notamment auprès des diplomates étrangers basés à Paris. "Avec ce que fait Macron, j'ai l'impression d'être au centre des choses", confie l'ambassadeur d'un pays du Proche-Orient récemment nommé dans la capitale française. Pour ces diplomates, les initiatives présidentielles incitent au rapprochement avec Paris.

"L'Europe avait besoin d'un coup de fouet. Macron nous a donné une place sur l'échiquier mondial alors qu'on nous ignorait. Paris est pour nous le premier endroit où il faut être pour que les choses soient faites", témoigne un diplomate occidental en poste à Paris.

Une "diplomatie de l'audace" pour éviter l'effacement

En s'adressant le mois dernier aux ambassadeurs français, Emmanuel Macron a prôné une "diplomatie de l'audace" et souligné la nécessité pour la France de jouer pleinement son rôle pour éviter un effacement de l'Europe.

"Nous sommes les seuls pour qui l'immobilisme est mortel. Les autres peuvent avoir une stratégie non multilatérale, unilatérale ou bilatérale, nous non", a-t-il dit, invitant la France et l'Europe à revisiter "leurs schémas de pensée, leurs automatismes, réinvestir les instances internationales."

Des diplomates européens soulignent par ailleurs que l'Allemagne s'accommode de voir la France prendre la main dans le dossier iranien, ce qui lui évite d'essuyer les critiques israéliennes ou d'affronter directement les États-Unis avec lesquels Berlin entretient une relation commerciale compliquée.

Macron pris dans le même paradoxe que ses prédécesseurs

L'approche d'Emmanuel Macron n'est toutefois pas sans contradiction pour un homme qui n'a de cesse de vanter la refondation européenne.

"Il prend des risques. Macron est comme les anciens présidents Sarkozy ou Chirac. On retrouve les mêmes réflexes", relève un ancien haut fonctionnaire français qui continue de dispenser ses conseils au gouvernement.

"D'un côté, il dit 'l'Europe, l'Europe!' Mais de l'autre côté, dès qu'on parle de grande politique, il oublie complètement qu'il est européen."

Combattre les populistes, mais laisser faire Poutine ?

Ce paradoxe transparaît dans le plaidoyer d'Emmanuel Macron pour un rapprochement avec Moscou en dépit des objections d'autres capitales européennes.

"Il va à l'encontre des Polonais, des Scandinaves et donne l'impression que l'Europe ne nous intéresse pas", déplore un diplomate européen.

"Il y a là une contradiction fondamentale.Comment être l'homme qui combat les populistes en Europe tout en donnant l'impression que tout ce que Moscou fait de pire peut être mis sous le tapis?"

par John Irish et Robin Emmott, Reuters

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