Les défaillances d'entreprises ont bondi de 69% au troisième trimestre en France

Avec 8.950 procédures collectives ouvertes entre le 1er juillet et le 30 septembre, le niveau des défaillances (d'entreprises) augmente de 69% comparé à l'été 2021, indique une étude publiée par le cabinet spécialisé Altares. Un taux jamais observé depuis 25 ans. Une forte hausse qui peut s'expliquer par la fin des aides distribuées lors de la crise sanitaire pour aider les entreprises à se maintenir, mais « qui ne ramène pas pour autant la France à des niveaux de défauts de septembre 2019 ».
« Le niveau des défaillances augmente de 69% comparé à l'été 2021 », selon une étude publiée lundi par le cabinet spécialisé Altares.
« Le niveau des défaillances augmente de 69% comparé à l'été 2021 », selon une étude publiée lundi par le cabinet spécialisé Altares. (Crédits : Gonzalo Fuentes)

Le constat est sans appel : les défaillances d'entreprises ont connu une hausse sans précédent cet été en France illustrant le fait que « le retour aux standards d'avant Covid s'accélère », selon une étude publiée lundi par le cabinet spécialisé Altares.

« Avec 8.950 procédures collectives ouvertes entre le 1er juillet et le 30 septembre, le niveau des défaillances augmente de 69% comparé à l'été 2021, un taux jamais observé depuis 25 ans », a constaté le cabinet qui comptabilise l'ensemble des ouvertures de procédure auprès des tribunaux de commerce. Sur 12 mois glissants, « la barre des 38.000 ouvertures de procédure collective est dépassée pour la première fois depuis l'été 2020 », selon Altares qui ajoute qu'il s'agit d'une « augmentation de 10.000 défaillances sur un an, qui ne ramène pas pour autant la France à des niveaux de défauts de septembre 2019 », avant la crise sanitaire, avec 53.500 défaillances en un an.

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Les PME particulièrement touchées

Dans le détail, l'étude relève que cette augmentation a été particulièrement élevée pour les PME de 20 à 49 salariés, dont le nombre de défauts a plus que doublé sur un an cet été pour atteindre 186 procédures ouvertes, approchant le niveau de l'été 2019, qui était de 193 procédures.

Par secteurs, la hausse dépasse 200% dans la restauration rapide, atteint 115% dans les ventes en ligne et 109% dans l'habillement. L'industrie enregistre une augmentation de 85%, à 688 défauts, tirée par l'alimentaire (297 défauts, soit +141%).  La dégradation est aussi très importante pour les salons de coiffure et instituts de beauté (+94%), tandis que l'agriculture limite à 11% la hausse du nombre de défaillances.

Par régions, la sinistralité des entreprises double dans les Hauts-de-France, qui retrouvent une situation équivalente à celle de 2019, tandis que « la région PACA semble le mieux résister », selon Altares.

26,5% de hausse des cessations de paiement en août

Mi-septembre, la Banque de France dressait déjà un constat similaire à celui du cabinet Altares. Elle indiquait, ainsi, que les défaillances ont augmenté au fil des mois avec une hausse en juin de 15,9% sur un an par rapport à la même période de 2021, puis de 24,1% en juillet. L'accélération s'est poursuivie en août avec 26,5% de hausse des entreprises en cessation de paiement sur douze mois, soit 35.465 sociétés concernées.

La Banque de France soulignait néanmoins qu'« à fin août, le nombre de défaillances d'entreprises rest(ait) inférieur de près d'un tiers au niveau de la période pré-Covid », soit un repli de 30,7% par rapport à 2019, « mais elles (les défaillances) enregistrent un rattrapage par rapport à 2021 », ajoutait-elle. « Cette évolution apparente sur un an doit néanmoins être interprétée avec précaution, puisque le nombre de défaillances en 2021 restait particulièrement faible du fait des mesures de soutien en trésorerie encore actives à cette date et qui permettaient d'éviter l'état de cessation des paiements d'entreprises fragiles », concluait-elle.

Le début du remboursement des PGE

Durant la crise du Covid-19, les entreprises fragiles ont en effet bénéficié de nombreuses mesures, résumées sous la bannière du « quoi qu'il en coûte » rassemblant des allègements ou facilités de paiement de cotisations sociales et des prêts garantis par l'Etat (PGE) qui ont soutenu leurs trésoreries. Ainsi le taux de sinistralité observé au troisième trimestre 2021 avait été le plus bas jamais constaté en 25 ans : le nombre de défaillances d'entreprises en France avait chuté à environ 27.000, contre plus de 50.000 par an avant la crise sanitaire, selon les chiffres de la Banque de France.

Mais leur arrêt et le remboursement des PGE pose des difficultés pour certaines entreprises comme pour le groupe touristique Pierre et Vacances. Contraint à un plan de sauvegarde, il a vu son PGE converti en capital pour plus de 200 millions d'euros, faisant entrer des créanciers dans l'actionnariat du groupe. Dans l'hôtellerie-restauration, où beaucoup d'entreprises ont souscrit des PGE, une entreprise sur quatre affirmait fin juin ne pas être en capacité d'honorer ses remboursements, dans un contexte où l'inflation freine les dépenses des consommateurs. La situation est aussi tendue dans le tourisme où « beaucoup d'entreprises, frappées de plein fouet par la pandémie, ont demandé le maximum autorisé de PGE, soit (un montant correspondant à) 25% du chiffre d'affaires. Le rembourser sur quatre ans, c'est vraiment compliqué », s'inquiétait, mi-juillet, Yvon Peltanche, représentant de l'association professionnelle Entreprises du voyage.

Les entreprises en difficulté peuvent demander à restructurer leur PGE en passant par la médiation du crédit, via un dispositif spécifique négocié entre l'Etat et les banques, qui permet notamment d'allonger la durée de remboursement jusqu'à 10 ans. Mais, en juillet, seuls 300 dossiers avaient été traités par la médiation du crédit, un chiffre « très bas », signe que la situation financière des entreprises reste positive, selon le médiateur Frédéric Visnovsky. La Banque de France estimait, en effet, que sur les près de 700.000 entreprises ayant souscrit un PGE pour plus de 148 milliards d'euros au total, le taux de défaut pourrait atteindre à peine 3%. « De manière générale, beaucoup d'entreprises ont une capacité d'adaptation assez forte », confirmait Virginie Normand, directrice des marchés spécialisés Banque Populaire chez BPCE, qui jugeait « epsilonesque » le niveau des impayés à ce stade sur les quelque 230.000 PGE accordés par le groupe. Même optimisme affiché du côté de Bercy qui assurait qu'« à quelques exceptions près, les entreprises ont commencé comme prévu à rembourser ».

Lire aussiPGE : les entreprises qui ne peuvent pas rembourser incitées à taper à la porte du médiateur du crédit

(Avec AFP)

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Commentaires 7
à écrit le 11/10/2022 à 14:22
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Il y a quelques mois une décision de justice a définitivement imposé aux locataires commerçants , artisans de payer leurs arrières de loyers dus au confinement . Afin d'éviter de nouvelles difficultés les locataires les plus réactifs ont aussitôt ce...

le 11/10/2022 à 15:03
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"pour établir un échéancier étaler dans le temps" Si tu as eu une perte sèche tu peux bien étaler autant que tu peux ta dette elle restera insoutenable c'est bien d'ailleurs ce qu'il se passe avec les États, le remboursement de leurs dettes n'est plu...

à écrit le 11/10/2022 à 13:19
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Accepter un credit faute de rentrees, c'est anticiper la longueur de la corde pour se pendre.

à écrit le 11/10/2022 à 11:18
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Eh oui, la France, bientôt "championne du monde" des entreprises "zombies" (pour emprunter ce qualificatif à l'économiste Paul Krugman) s'étonne à présent que le château de cartes s'écroule? M'enfin, un peu de sérieux svp. Continuez donc à prôner l'é...

à écrit le 11/10/2022 à 10:49
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Merci à Bruno Le Mohair en col roulé, notre grand mozart de la finance...

à écrit le 11/10/2022 à 10:01
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en résulte du quoi qu il en coute ,? avoir les mains libres et lutter contre la désinformation sous prétexte des crises ne rassure pas la population

à écrit le 11/10/2022 à 8:38
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Un prêt pour pallier à une déficience de clientèle n'est qu'un poison lent.

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