PGE : les entreprises qui ne peuvent pas rembourser incitées à taper à la porte du médiateur du crédit

La Cour des comptes dresse un bilan positif de ce dispositif mis en place par l'Etat qui « a permis de soutenir l'offre de crédit par les banques et d'éviter des faillites massives ». Alors que l'économie ralentie et dans un contexte inflationniste, les entreprises en difficulté peuvent notamment se tourner vers la médiation du crédit pour restructurer leur PGE et allonger la durée de remboursement jusqu'à 10 ans.
Près de 700.000 entreprises ont souscrit un PGE pour plus de 148 milliards d'euros au total.
Près de 700.000 entreprises ont souscrit un PGE pour plus de 148 milliards d'euros au total. (Crédits : DR)

Plus de report possible. Désormais les entreprises doivent commencer à rembourser les prêts garantis par l'Etat (PGE) contractés pendant la crise sanitaire. « A quelques exceptions près, les entreprises ont commencé comme prévu à rembourser », confirme-t-on à Bercy, où est piloté le comité de sortie de crise créé mi-2021. Selon la Banque de France, sur les près de 700.000 entreprises ayant souscrit un PGE pour plus de 148 milliards d'euros au total, le taux de défaut pourrait atteindre à peine 3%, largement moins que les 7% estimés lors de lancement en mars 2020. Une estimation plutôt positive confirmée par la Cour des comptes, qui juge, dans un rapport publié lundi que le dispositif « a permis de soutenir l'offre de crédit par les banques et d'éviter des faillites massives d'entreprises dans un contexte inédit de crise ».

Parmi les secteurs qui ont le plus sollicité ce dispositif pendant la crise : des entreprises relevant de l'hôtellerie-restauration (plus de 50%), des entreprises de services (40 %) et des commerces (35%). « Le choix d'un dispositif simple, dont la distribution a été déléguée aux banques, s'est avéré pertinent pour assurer un déploiement rapide des prêts et restaurer la confiance des acteurs économiques », estime la Cour des comptes.

Alors qu'au début du lancement, certains craignaient que les PGE viennent en aide de manière disproportionnée à des entreprises « non viables », les Sages de la rue Cambon jugent que ce phénomène s'est avéré minime : « La sélection opérée par les banques a permis de limiter à moins de 2,5 % la part des entreprises "zombies" parmi les bénéficiaires ». Au final : « Le dispositif a effectivement permis de soutenir des entreprises viables affectées par la crise », estime la Cour des comptes, qui ajoute que « le niveau de prêts souscrits et les choix d'amortissement des PGE apparaissent globalement cohérents avec la situation financière des entreprises, ce qui est rassurant sur leur capacité à faire face aux remboursements».

Inquiétudes pour l'avenir

Néanmoins, si ces statistiques et ces appréciations sont plutôt rassurantes, elles ne doivent pas cacher les difficultés réelles de certaines entreprises. Dans l'hôtellerie-restauration, par exemple, où beaucoup d'entreprises ont souscrit des PGE, une entreprise sur quatre affirmait fin juin ne pas être en capacité d'honorer ses remboursements, dans un contexte où l'inflation freine les dépenses des consommateurs. La situation est aussi tendue dans le tourisme où  « beaucoup d'entreprises, frappées de plein fouet par la pandémie, ont demandé le maximum autorisé de PGE, soit (un montant correspondant à) 25% du chiffre d'affaires. Le rembourser sur quatre ans c'est vraiment compliqué », s'inquiète Yvon Peltanche, représentant de l'association professionnelle Entreprises du voyage, cité par l'AFP.

En outre, la dégradation des perspectives économiques pour les mois à venir inquiète. « On commence à voir des signes d'effritement des carnets de commande » des entreprises et, « si l'activité s'effrite, ça peut être compliqué », prévient François Asselin, président de la CPME, cité par l'AFP.  « Quand vous êtes en défaut, les assureurs-crédit se désengagent, ce qui fait que vous devez payer tout de suite vos fournisseurs, et ça ne fait qu'aggraver la situation », avance-t-il, estimant que les entreprises auront tendance à « préférer les procédures collectives qui gèlent les créances » (plan de sauvegarde, redressement judiciaire, liquidation...).

Dans le contexte actuel, très incertain sur le plan économique, la Cour des comptes insiste d'ailleurs sur la nécessité de ne pas négliger les « outils d'accompagnement à la sortie de crise ». Au risque de voir les difficultés - aujourd'hui « relativement circonscrites  » - s'accentuer. « Les entreprises jugées les plus à risque par la Cour devront consacrer mensuellement plus de 9 % de leur chiffre d'affaires au remboursement de dettes PGE et Urssaf, et les entrepreneurs individuels (3 % des PGE en montant, mais 19% des bénéficiaires) apparaissent particulièrement vulnérables », anticipe la Cour des comptes.

La médiation du crédit

A ce titre, le médiateur national du crédit de la Banque de France, Frédéric Visnovsky, rappelle aux entreprises, qui rencontrent des difficultés pour rembourser leurs échéances de PGE, qu'elles ne doivent pas hésiter à s'adresser à la médiation du crédit pour trouver des solutions. Dispositif public, la médiation du crédit a vocation à rétablir le dialogue entre l'entreprise et ses partenaires financiers, et à faciliter la recherche de solutions communes. « Il vaut mieux prendre les devants, anticiper, le faire le plus tôt possible, plutôt que de repousser les choses », souligne-t-il auprès de l'AFP.

Les entreprises en difficulté peuvent demander à restructurer leur PGE en passant par la médiation du crédit, via un dispositif spécifique négocié entre l'Etat et les banques, qui permet notamment d'allonger la durée de remboursement jusqu'à 10 ans. Beaucoup d'entreprises ignorent toutefois l'existence de ce dispositif d'échelonnement et beaucoup d'autres le boudent parce qu'il dégrade leur notation et complique leur financement. Pour l'instant, seuls 300 dossiers ont été traités par la médiation du crédit, un chiffre « très bas », signe que la situation financière des entreprises reste positive, selon le médiateur Frédéric Visnovsky.

La rentrée va-t-elle être plus difficile pour les entreprises ? « Il faudra voir à la rentrée comment les choses évoluent (...). On reste vigilant et mobilisé parce qu'on voit bien que l'environnement économique est moins favorable, compte tenu de la crise ukrainienne », souligne encore Frédéric Visnovsky. Ce dernier ne cache pas que la Banque de France, dont dépend la médiation du crédit, pourrait prochainement revoir à la hausse ses prévisions sur le nombre d'entreprises incapables de rembourser leur PGE.

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Commentaires 3
à écrit le 26/07/2022 à 17:14
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Bien écrit. ces PGEs sont pourtant des bombes à retardement pour l'inflation, car les entreprises saines ne pourront qu'augmenter leurs prix de vente, même tendanciellement , tout en maintenant leurs charges constantes. Si la providence nous pré...

à écrit le 25/07/2022 à 15:24
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C'est pas faute d'avoir déclenché les hostilités contre les classes moyennes et inférieures en imprimant des assignats pour faire payer le tout par l'impot invisible décidé par personne (pas vu pas pris). C'est clair pourtant !! ils le savent, l'inf...

le 27/07/2022 à 11:53
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@yapa A votre avis, ce décalage FED - BCE, cela nous fait perdre combien en pib ? voir en charge sur le budget de l'état ?

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