Les effets contrastés du télétravail sur les territoires

Jean-Victor Semeraro

Le télétravail a des impacts territoriaux importants, selon une étude de France Stratégie et de l'IGEDD.
© tirachard / Adobe Stock

Jean-Victor Semeraro

Le télétravail a des impacts territoriaux importants, selon une étude de France Stratégie et de l'IGEDD.
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Les publications sur le télétravail se multiplient cet automne. Au début du mois, la Dares, rattachée au ministère du Travail, a dressé le portrait-robot du télétravailleur dans l'Hexagone. Résultat : six fois sur dix, le télétravailleur est un cadre urbain du secteur privé.
L'étude dévoilée ce jeudi par France Stratégie et l'Inspection générale de l'environnement et du développement durable (IGEDD) aborde un autre prisme : les impacts territoriaux du télétravail. Des effets qui se répercutent principalement sur les transports (mobilité quotidienne), le logement (mobilité résidentielle) et l'immobilier tertiaire (bureaux d'entreprises).
Selon France Stratégie et l'IGEDD, le télétravail a un « effet mécanique de baisse des déplacements domicile-travail ». Pour rappel, « à l'échelle du pays, 74% des salariés se déplacent en voiture pour rejoindre leur lieu de travail, 16% prennent les transports en commun et 8% ont recours aux modes doux (marche à pied, vélo) », pointe l'étude. Mais « le télétravail ne réduit pas les distances parcourues au cours de la semaine, ni l'utilisation de la voiture », appuie Brigitte Baccaïni, coordinatrice de l'étude et Inspectrice générale de l'administration du développement durable.
L'impact du télétravail se fait surtout ressentir dans les transports collectifs. « Entre octobre 2019 et octobre 2023, le trafic de la RATP a connu une baisse de 15% », peut-on lire dans l'étude. Seule la moitié de la baisse du trafic seulement s'expliquerait par les effets du télétravail. En revanche, pour les actifs qui prennent le métro ou le tramway, les impacts sont nettement perceptibles par rapport à la période pré-Covid. Et, en particulier, « le vendredi et à l'heure de pointe du matin », précise Brigitte Baccaïni.
Autre effet visible, cette fois-ci sur le transport aérien. L'étude relève, par exemple, « la nette diminution des navettes aériennes Paris-Toulouse passant de 3 à 2 millions de navetteurs par an entre 2019 et 2023 ». Selon les chercheurs, l'impact sur le transport aérien serait surtout dû à un « effet visioconférence » lié aux nouvelles technologies, au-delà de l'essor du télétravail.
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Si les conséquences du télétravail sur les transports sont notables, ils sont plus incertains concernant le logement. « Force est de constater que l'exode urbain anticipé pendant la crise sanitaire n'a pas eu lieu », prévient Anne Faure, cheffe de projet à France Stratégie. La crise sanitaire n'a finalement fait qu'accélérer « une tendance installée, celle des départs en provenance des grands centres urbains (et plus particulièrement de la Métropole parisienne) vers des villes plus petites et des couronnes périurbaines de plus en plus éloignées », souligne l'étude.
Loin de fluidifier le marché de l'immobilier, le télétravail contribue plutôt à le tendre dans certains territoires. Car les ménages se mettent à la recherche de logements plus spacieux. En effet, pour 45% des foyers interrogés dans une étude de l'ObSoCo (2023), pouvoir télétravailler dans de bonnes conditions devient un critère dans leur souhait de déménagement. C'est le cas à Bordeaux où les experts constatent que « sur le secteur d'aménagement Euratlantique, une partie significative de logements adaptés à des familles, livrés récemment à proximité du centre-ville et de la gare, a été acquise par des ménages dont la taille était inférieure aux potentialités du logement. » Objectif pour ces familles : aménager un espace pour télétravailler confortablement.
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Si le télétravail n'est pas encore pris en compte lors de la conception des logements par les promoteurs immobiliers, il joue en revanche sur les stratégies d'implantation des entreprises. « En Île-de-France, le secteur de l'immobilier de bureaux est en crise avec une baisse de la demande placée de 17% en 2023 », précise l'étude. Pourquoi ? Car les entreprises veulent réduire les surfaces de leurs bureaux de 20 à 30% pour « se réinstaller dans les centres-villes et offrir des bureaux de standing proches des transports collectifs à leurs salariés », détaille Anne Faure. Un enjeu de compétitivité et d'attraction des talents.
Jean-Victor Semeraro