« Les marchés ont déjà anticipé » : treize ans de déni face aux agences de notation

Photo d'illustration
© XXSTRINGERXX xxxxx / Reuters

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L'histoire bégaie, et elle pourrait le faire de nouveau ce vendredi soir avec le verdict de Fitch. Novembre 2012, Moody's dégrade la note de la France qui passe de AAA à AA1. « Les marchés ont déjà pris en compte cette décision », estime Pierre Moscovici, alors ministre de l'Économie. Trois années passent. Septembre 2015, Moody's passe la note française de AA1 à AA2. « Les marchés avaient déjà intégré cette perspective », souligne Michel Sapin, ministre des Finances de l'époque.
On continue ? Avril 2023 cette fois, Fitch est à la manœuvre sur la dégradation. « Les marchés avaient déjà pris en compte cette dégradation », note Bruno Le Maire, installé à Bercy. Décembre 2024 pour finir. « Les marchés ont déjà intégré cette dégradation », lance le démissionnaire Premier ministre Michel Barnier, face à la dégradation pourtant surprise de Moody's.
Depuis le 13 janvier 2012, journée noire où Standard & Poor's a fait savoir que la France perdait son triple AAA, le même commentaire laconique revient à chaque nouvelle dégradation : « Les marchés ont déjà anticipé la décision », avec toutes ses déclinaisons possibles. Autrement dit, « les conséquences à venir sont quasi nulles ». « Même pas mal », diraient les plus jeunes.
On comprend le réflexe politique: face aux dégradations, chaque gouvernement tente de rassurer. Mais ce discours alimente une confusion, in fine problématique. Les agences de notation ne sont pas des prophètes capables de faire basculer les marchés du jour au lendemain.
Ce serait même l'inverse : les marchés sanctionnent, les agences tamponnent. Ce ne sont donc pas « les marchés qui ont anticipé une dégradation », mais plutôt la dégradation qui acte la trajectoire tendancielle d'un pays donné. Et si rien n'est fait, le mouvement devient potentiellement perpétuel. Chaque dégradation influence les investisseurs dans leurs arbitrages à venir, alimentant par là même un taux d'emprunt à la hausse, puis une nouvelle dégradation. C'est le cas de la France.
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Cette distinction n'est pas neutre, à l'heure où l'Hexagone doit une nouvelle fois construire dans l'urgence son budget. Reconnaître que la dégradation répétée de la note souveraine est le symptôme d'un problème structurel, et non un simple aléa extérieur, serait un premier pas. Comme pour le baccalauréat, désormais alimenté par le contrôle continu, la France est notée en permanence par les marchés. Et ses gouvernants devraient cesser de faire semblant de ne pas entendre la note. Et la petite musique qui en découle.