Dans ce paisible bourg de l'Ain écrasé de chaleur, les rues sont larges et l'architecture moderne, à l'exception du château qui domine le grand parc. Le seul bâtiment à avoir été épargné par les flammes le 21 juillet 1944, il y a quatre-vingts ans aujourd'hui. Dortan est un village enclavé à la frontière du Jura, tout en pentes, entouré de montagnes, de falaises et de plateaux boisés. Au fond de cette petite vallée coule la Bienne. On y distingue un groupe de bâtiments qui fait penser à d'anciennes usines. C'est la cité provisoire, construite au lendemain de l'éradication de Dortan par les troupes allemandes et des terribles massacres perpétrés par les légions de l'Est (Ostlegionen), des unités de la Wehrmacht constituées de prisonniers de guerre et de volontaires, principalement des citoyens soviétiques ralliés aux nazis.
Parmi celles-ci, la Freiwilligen-Stamm-Division : des Turcs, Azerbaïdjanais, Géorgiens, Tatares, Arméniens, Ukrainiens. Dans cette division, le 5e régiment des cosaques, engagé dans l'opération Treffenfeld, destinée à éliminer les maquis français de l'Ain et du Haut-Jura, a bien compris l'esprit de sa mission. Répandre la terreur parmi les populations civiles, leur faire payer les audaces de la Résistance. Elle va s'y employer avec une brutalité et une barbarie peu communes, qui n'ont rien à envier à celles des Waffen SS.