Ce matin d'avril, une séquence briefing un peu particulière se tient dans un massif forestier près d'Évreux. Costumés pour certains en résistants, pour d'autres en GI, une vingtaine de femmes et d'hommes se serrent dans une tente. Dehors, une jeep de la Seconde Guerre mondiale stationne à côté d'un énorme camion Dodge. Un générateur ronronne derrière un arbre. Sous la toile kaki, les membres de l'Allied Reconstitution Group (ARG) s'affairent devant un écran pour préparer la Carentan Liberty March du 8 juin : une parade en hommage aux paras américains qui furent jetés sur les côtes normandes à l'été 1944. L'atmosphère est studieuse : il faut planifier les départs, repérer la ferme où sera planté le campement... « Les organisateurs attendent 250 reconstitueurs venus de toute l'Europe, dont nous », indique avec gourmandise Michel Ménager, le président de l'ARG.
Dans le groupe, l'esprit est bon enfant et le rire n'est jamais très loin. Les rares individus belliqueux qui frappaient à la porte ont été priés d'aller voir ailleurs, nous assurent les participants. « On n'est pas là pour jouer à la guerre mais pour s'amuser et transmettre une histoire », déclarent-ils. Et l'agenda est chargé : pas un week-end sans un « camp » jusqu'en octobre, 80e anniversaire oblige. « Ça va être plus compliqué que les autres années à cause de l'affluence », s'inquiète Michel. Comme pour se mettre en jambes, ce robuste chauffeur routier de 59 ans a revêtu une tenue complète de parachutiste la 101e Airborne, l'un des deux régiments américains dont son association porte les couleurs. « Une copie, précise-t-il dans un sourire. Une vraie peut coûter plus de 30 000 euros. De toute façon, si j'en avais une, elle resterait sur un cintre. »