Commémoration du 6 juin : « Certaines guerres sont inévitables » (Victor Brombert, vétéran)
François d'Alançon
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Victor Brombert, en novembre 1944, peu avant la bataille des Ardennes.
DR
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Victor Brombert, en novembre 1944, peu avant la bataille des Ardennes.
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Omaha Beach. 80 ans après, il n'a pas oublié. C'était la nuit, deux jours après le D-Day. Débarqué au petit matin, Victor Brombert s'endort, épuisé, dans un champ, enveloppé dans une couverture. Une fusée éclairante, le hurlement d'un Stuka qui plonge en piqué. Réveillé en sursaut, le GI s'accroche au sol humide, muscles tendus, pour échapper à la mitraille. Peur viscérale. « Je ne savais pas prier mais je savais comment faire un vœu », raconte le professeur émérite de littérature française, dans un entretien vidéo, depuis sa maison de Princeton. « Je me suis fait la promesse que, si je survivais, jamais de ma vie je ne me plaindrais. Quoi qu'il arrive, tout ce qui suivrait serait un cadeau précieux. »
Victor Brombert a accepté de revenir pour les lecteurs de La Tribune Dimanche sur cette page de sa vie, longtemps occultée, jusqu'à la publication de ses mémoires en 2002* et son retour sur les lieux, en 2004, à l'occasion du soixantième anniversaire du jour J. Esprit ludique et enjoué, Victor Brombert alterne l'anglais et le français, entre éclats de rire et pointes d'humour. « L'archéologie de la mémoire » ne facilite pas le déchiffrement du passé, note le centenaire. Les événements ont tendance à se mélanger. Les souvenirs reviennent, par bribes, des visions instantanées, discontinues, qui finissent par se fondre dans une simultanéité discordante.
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Au volant de sa Jeep, le master sergent s'était concentré pour ne pas s'enliser, rester sur les planches posées sur le sable et grimper au plus vite vers le surplomb. « Je vois la plage jonchée de débris, de barges à moitié coulées, de véhicules accidentés, de ceintures de munitions abandonnées. Les pieux minés. Les obstacles antichars. Un soldat blessé, la tête couverte de bandages, appuyé contre un muret, en attendant d'être évacué. » Ensuite, les semaines de combat dans le bocage normand, la forêt de Cerisy, la percée de Saint-Lô, sous un tapis de bombes, ont aussi laissé des traces. « Je me souviens de l'odeur des vaches mortes et des cadavres en uniforme, ceux des conducteurs de chars à moitié brûlés, leurs corps repliés sur les tourelles, comme momifiés par la lave d'un volcan. »
François d'Alançon