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ÉconomieFrance

Loin de soutenir l’activité économique, les retraités épargnent trop

Photo de Jean-Victor Semeraro

Jean-Victor Semeraro

Publié le 19 juin 2025 à 16:06 - Mis à jour le 19 juin 2025 à 16:20

Les plus de 65 ans sont les ménages qui ont vu leur épargne augmenter le plus fortement durant la dernière année, selon l’Insee.

Les plus de 65 ans sont les ménages qui ont vu leur épargne augmenter le plus fortement durant la dernière année, selon l’Insee.

Reuters / Hans Lucas

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Les retraités ont vu leurs revenus s’accroître fortement l’année dernière grâce à la revalorisation des pensions. Mais loin de consommer plus, les ménages âgés continuent d’épargner pendant que l’économie tricolore tourne au ralenti.

Depuis la crise sanitaire, les Français épargnent beaucoup. Et même de plus en plus, selon l'Insee. Au point qu'au quatrième trimestre 2024, le taux d'épargne des ménages a atteint 18,5 %. Un chiffre certes largement inférieur au pic de 26 % constaté en pleine crise du Covid, mais toujours nettement au-dessus du taux de 14 % d'avant crise.

Et parmi les ménages, ce sont les retraités qui voient leur épargne croître le plus, selon la dernière note de conjoncture publiée par l'Insee le 18 juin. Un constat que l'Institut national des statistiques et des études économiques a pu dresser grâce à l'exploitation de 180 000 comptes bancaires anonymisés de La Banque postale.

L'épargne des retraités s'est fortement gonflée

Si le taux d'épargne de l'ensemble des clients de l'échantillon a progressé de 1,4 point entre 2023 et 2024, celui des 65 ans et plus est en hausse de 2,9 points. Quel que soit le niveau de revenus des retraités, des plus modestes aux plus aisés, la progression de leur épargne est toujours supérieure à celle des autres foyers (50-65 ans, 35-50 ans et moins de 35 ans).

« Ainsi, les plus âgés contribuent à hauteur des deux tiers de la hausse de 1,4 point du taux d'épargne entre 2023 et 2024 constatée dans l'échantillon de données bancaires », pointe l'Insee.

L'augmentation des revenus des retraités l'année dernière s'explique par la forte revalorisation - à hauteur de 5,3 % - de leur pension issue de la Sécurité sociale au 1er janvier 2024. Et faute de projet de loi de finances adopté à l'automne, les pensions ont encore été rehaussées, de manière automatique, de 2,2 % au 1er janvier 2025. À l'époque, pour réaliser entre 3 et 4 milliards d'euros d'économies budgétaires, l'ancien Premier ministre Michel Barnier souhaitait décaler cette revalorisation de janvier à juillet. Mais la censure de son gouvernement, le 4 décembre, en a décidé autrement.

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Outre les retraites de base, les retraites complémentaires du régime Agirc-Arrco ont aussi procédé à une revalorisation de 4,9 % au 1er novembre 2023. Avec l'objectif de compenser la forte inflation cette année-là. Et ce, avant de procéder à une nouvelle revalorisation, un an plus tard, à hauteur de 1,6 %.

Les ménages âgés ne consomment pas assez

En parallèle, « la consommation des retraités suivis dans l'échantillon n'a pas augmenté en 2024 dans des proportions similaires à leurs revenus », souligne l'Insee. Entre fin 2022 et fin 2024, le glissement annuel médian de leur consommation est resté largement inférieur à celui de leurs revenus. Un comportement qui ne soutient guère la croissance tricolore. Laquelle devrait croître de seulement 0,6 % en 2025, selon les économistes.

Ce décalage entre revenus et consommation existe également chez les non-retraités qui ont bénéficié de revalorisations de salaire ou de la hausse du Smic. Mais l'évolution de leur consommation a suivi davantage la hausse de leurs revenus.

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De manière nette, ce sont les retraités les plus modestes qui ont vu leur épargne croître le plus en 2024. Pour eux, la revalorisation des pensions a joué un rôle majeur. Selon l'Insee, d'après les données bancaires utilisées, il apparaît que « les pensions représentent environ 80 % des revenus pour les ménages modestes contre environ 60 % pour les plus aisés ».

Autre élément d'explication : la revalorisation du minimum contributif (Mico) du 1er septembre 2023 - montant plancher de la retraite de base - a été « en partie versée à l'automne 2024 », rappelle la note de conjoncture.

Une épine dans le pied du Premier ministre

Ces données objectives, François Bayrou ne va pas pouvoir les ignorer dans la construction de ses orientations budgétaires pour 2026. D'autant que le Premier ministre a indiqué sur BFM TV, en mai, que le plan budgétaire qu'il présentera d'ici le 14 juillet « va demander un effort à tous les Français ».

Pour rappel, l'objectif du gouvernement est de parvenir à dégager 40 milliards d'euros d'économies pour tenir le déficit à 4,6 % du PIB d'ici la fin de l'année prochaine.

Dans la chasse aux économies, l'idée de supprimer l'abattement de 10 % pour frais professionnels dont bénéficient les retraités est revenue en force dans le débat ce printemps. Le président du Conseil d'orientation des retraites (Cor), Gilbert Cette, l'a notamment défendue « à titre personnel » dans un entretien aux Échos début janvier. La mesure rapporterait environ 4 milliards d'euros et ne pénaliserait que les retraités qui acquittent l'impôt sur le revenu.

Selon L'Opinion, la majorité au Sénat (droite et centre) serait prête à défendre une autre solution : désindexer les pensions de retraite sur l'inflation dans le prochain budget. D'après un chiffrage communiqué aux sénateurs et révélé par le journal jeudi 19 juin, un gel des pensions permettrait d'économiser 3 milliards en cas d'inflation de 1 %. Une solution plausible, d'autant que les prix à la consommation ont progressé de 0,7 % en mai sur un an dans l'Hexagone.

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Aujourd'hui, les retraites pèsent pour un quart de la dépense publique : 400 milliards d'euros sur 1 600 milliards d'euros par an. Une dépense difficilement soutenable à long terme. Le 11 juin, le Conseil d'orientation des retraites alertait dans son dernier rapport que le régime devrait être en déficit de 6,6 milliards d'euros en 2030.

Jean-Victor Semeraro

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