Malgré un nouveau budget de crise, Bercy anticipe la suppression de "800.000 emplois"

Le gouvernement a présenté son troisième projet de loi de finances rectificative (PLFR) élaboré depuis le début de la crise, du jamais vu. Si il assure apporter un soutien massif aux secteurs fragilisés, l'État consacre toutefois pas moins de 20% de la richesse créée au sauvetage des entreprises. Emmanuel Macron va à nouveau s'adresser aux Français ce dimanche 14 juin.

4 mn

(Crédits : POOL New)

Le ministre de l'Economie et des Finances et le ministre de l'Action et des Comptes publics ont présenté en Conseil des ministres un troisième projet de loi de finances rectificative (PLFR-III) pour 2020. Au final, ce sont 45 milliards d'euros supplémentaires qui seront débloqués pour soutenir les secteurs les plus fragilisés.

Dans le même temps, la récession s'annonce terrible avec une chute du PIB de 11%.

Tandis qu'il évoquait d'abord des "milliers de suppressions", Bruno Le Maire a finalement précisé le chiffre : ce sont "800.000 emplois" qui pourraient être supprimés selon le ministre de l'Économie qui le décrit comme "un choc considérable."

"Notre évaluation est que nous aurons d'ici les mois prochains la suppression de 800.000 emplois, c'est-à-dire 2,8% de l'emploi total", a-t-il déclaré lors d'une audition devant la commission des Finances de l'Assemblée nationale.

Aussi, le gouvernement va renforcer d'environ 5 milliards d'euros le dispositif de chômage partiel et débloquer 1 milliard pour élargir les aides aux entreprises qui embauchent un apprenti.

"20% de la richesse nationale" consacrée au sauvetage

Au total, "l'ensemble des sommes qui sont consacrées à cette réponse à la crise économique représentent, avec ce PLFR 3, 460 milliards d'euros, c'est 20% de la richesse nationale française", a-t-il ajouté.

Ce projet de budget se concentre essentiellement sur les plans de soutien aux secteurs les plus menacés. Dans le détail, il inclut les 18 milliards d'euros du plan au secteur du tourisme, l'un des plus affectés par le confinement, 8 milliards pour l'automobile, 600 millions pour la French Tech, ou encore 15 milliards d'euros de soutien au secteur de l'aéronautique et les aides au secteur du livre. S'y ajouteront des mesures en faveur du petit commerce et du bâtiment.

Lire aussi : Un plan aéronautique pour sauver 100.000 emplois et créer un avion à hydrogène

Pour le BTP, le gouvernement envisage notamment de compenser les surcoûts engendrés par les mesures sanitaires sur les chantiers.

Avec la reprise de l'activité qui se profile, le patron du Medef Geoffroy Roux de Bézieux a, lui, appelé dans un entretien aux Echos à accélérer le déconfinement et à "réviser les protocoles sanitaires s'appliquant en entreprise".

Lire aussi : Le nouveau dispositif de chômage partiel pourrait durer jusqu'en 2022

Première ouverture en ce sens: Matignon a annoncé mardi soir son souhait de mettre fin au 10 juillet à l'état d'urgence sanitaire.

13 milliards d'euros de dépenses directes pour l'État

Même si à Bercy on défend une politique de soutien à "l'offre", le budget intégrera aussi des aides exceptionnelles directes pour les 800.000 jeunes précaires de moins de 25 ans et les ménages les plus modestes.

Enfin, il entérine un soutien de 4,5 milliards d'euros de l'Etat pour les collectivités, au moment où leurs recettes fondent avec la crise.

Au total toutefois, les dépenses budgétaires directes supplémentaires ne représenteront que 13 milliards d'euros, le reste étant des mesures de trésorerie (reports de charges, prêts garantis, etc.).

Certains secteurs s'estiment oubliés, comme l'agriculture ou les transports publics.

L'ONG environnementale Greenpeace regrette elle qu'à côté des plans pour l'automobile ou l'aérien, il y ait "toujours zéro pour la relance du ferroviaire".

Récession, déficit et dette records

Outre ces plans d'aides, le gouvernement est contraint d'aggraver encore ses prévisions économiques pour cette année. Il table désormais sur une récession de -11%, contre 8% de baisse du PIB anticipée il y a seulement quelques semaines.

Les difficultés du secteur du tourisme devraient à elles seules amputer le PIB de quasiment un point cette année.

Conséquence: avec des recettes fiscales qui vont fondre de 27 milliards de plus par rapport à l'estimation déjà en baisse du précédent budget rectifié, le déficit devrait encore s'aggraver à 11,4% du PIB et la dette publique gonfler à 120,9% du PIB, estime le gouvernement.

Lire aussi : Le déficit commercial se détériore fortement en avril

"En seulement trois mois, les modifications apportées à la trajectoire macroéconomique et de finances publiques sont massives et elles sont évidemment inédites", a commenté le nouveau président de la Cour des comptes et du Haut conseil des finances publiques (HCFP), Pierre Moscovici.

Dans son avis sur ce projet de budget, le HCFP s'est inquiété que le gouvernement ait pu sous-évaluer les dépenses prévues pour faire face à la crise, et à l'inverse minimiser la perte de recettes attendues, ce qui pourrait aggraver le déficit.

De fait, le gestion de la crise commence à être questionnée plus précisément. Ce mercredi, le parquet de Paris a ouvert une enquête sur la gestion de la crise sanitaire, à le suite d'une quarantaine de plaintes reçues - principalement déposées par des proches de victimes - par le parquet.

Pour la cinquième fois depuis le début de la crise du coronavirus, Emmanuel Macron s'adressera aux Français dimanche 14 juin, selon les informations du Figaro.

4 mn

Replay I Nantes zéro carbone

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 13
à écrit le 11/06/2020 à 12:54
Signaler
et en même temps psa fait venir une équipe de nuit c'est a dire 531 personnes venu de Pologne pour augmenter la production il est vrai qu'en France il n'y a personne pour produire des véhicules et avec la prime de l'etat

le 12/06/2020 à 20:46
Signaler
Croyez vous que risquer de mourir en allant travailler et ramener un smic est vraiment avantageux? surtout qu'il faut avoir une voiture, se lever... Alors que le chômage et les aides en enlevant ce qui est obligatoire d'acheter pour travailler rappor...

à écrit le 11/06/2020 à 8:44
Signaler
Ben oui des comptables négatifs ça sait arrêter une économie mais trouver des idées pour remplir les caisses ça ne sait pas faire.

à écrit le 11/06/2020 à 8:23
Signaler
En parlant de suppressions d'emplois : Il faisait partie des héros du confinement, mais a été licencié pour deux bières. Un éboueur de 46 ans, salarié de COVED, une entreprise de collecte de déchets de Fresne-Camilly près de Caen, s’est suicidé...

le 11/06/2020 à 10:46
Signaler
Quelle horreur, un service de ressources "humaines" de criminels le mot n'est pas exagéré dans ce cas là. Garde à vue pour le supérieur et toute sa hiérarchie au dessus !

à écrit le 10/06/2020 à 21:12
Signaler
Oh la.... Si meme le socialiste mosovici de la cour des comptes s' inquiète du deficit... On est mal.. A moins que... On prépare une bonne hausse des impots pour les francais...

le 11/06/2020 à 11:31
Signaler
Qui peut douter qu'il y aura une hausse d'impôts ? Le seul problème , c'est nous avons déjà le triste record du monde du pays le plus imposé. Le covid va vider nos poches.

à écrit le 10/06/2020 à 20:42
Signaler
Ce gouvernement m'a pris 1,7% de CSG en tant que retraité et ne me les a toujours pas restitués. Depuis ce moment là, je consomme et moi ma famille beaucoup moins. Ce COVID.19 sans le prévoir et venu conforter ma lutte contre ce pouvoir autoritaire.

le 11/06/2020 à 11:35
Signaler
Au fait vous voulez toujours plus d'état providence tout en contribuant moins. Pourtant les dettes cumulées sont en grande partie les votres du moins celles que votre génération nous laisse en héritage.

le 11/06/2020 à 13:40
Signaler
En tant que retraité vous payez moins de CSG que les salariés et d'autre part, 40% des retraités n'ont pas subi l'augmentation. Par ailleurs, vos revenus sont garantis, ce qui n'est pas le cas des salariés qui pour beaucoup vont connaitre le chômage....

à écrit le 10/06/2020 à 16:58
Signaler
"Bercy anticipe la suppression de "800.000 emplois" Sur 27,1 millions d'actifs ayant un emploi ,donc.

à écrit le 10/06/2020 à 16:03
Signaler
"Quoi qu'il en coûte"...Eh bien non, parce que ça commence à "piquer" et ça ne va pas s'arrêter tout de suite. Ça même faire mal de plus en plus, ce qui devrait entraîner des réactions en chaîne. Il faut deconfiner d'urgence et arrêter cette politiq...

à écrit le 10/06/2020 à 15:54
Signaler
Je crois que nos politiciens actuels n ont toujours pas compris que les Français ont été confinés 3 mois et ont compris que l ultra consommation est terminée. Ils ont remarqué que n avoir pas consommé beaucoup de produits inutiles n a pas changé leur...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.