Spécialiste des crises du système financier et de la monnaie, Michel Aglietta a marqué des générations d'économistes en Europe et aux Etats-Unis. Décédé fin avril, le chercheur français laissera un héritage majeur dans la pensée économique. Tour d'horizon des économistes qui l'ont côtoyé de près ou de loin pendant sa longue carrière.De la Banque mondiale au Fonds monétaire international (FMI) en passant par la Réserve Fédérale américaine (FED), l'Insee, la Banque de France ou les universités, Michel Aglietta a marqué de nombreuses institutions sur la planète. Décédé à Paris le 24 avril dernier à l'âge de 87 ans, l'économiste continuait jusqu'à récemment d'attirer une foule importante à ses conférences au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII) dans le 7ème arrondissement de Paris.
Polytechnicien et administrateur de l'Insee, « l'économiste a été absolument essentiel dans le renouvellement de la discipline-économie dès le début des années 1970 », témoigne Florence Jany-Catrice, professeure des universités à Rouen. Cinquante après sa thèse sous la direction de Raymond Barre, sa pensée continue d'irriguer le travail et la réflexion d'un grand nombre d'économistes en Europe et au-delà, et aussi des propositions de décideurs.
Michel Aglietta, « inventeur d'une vision, de méthodes et de concepts »
Cofondateur de l'école de la Régulation, Michel Aglietta s'est inspiré de nombreux auteurs classiques pour ses travaux. De Karl Marx à John Maynard Keynes en passant par Joseph Schumpeter ou Fernand Braudel, l'ancien étudiant en statistiques a renouvelé l'approche des économistes en plaçant la monnaie au centre de ses réflexions. Aglietta a été « l'inventeur d'une vision, de concepts et de méthodes pour analyser l'économie comme insérée dans les rapports sociaux et leurs transformations dans l'histoire longue », analyse Robert Boyer, économiste, ancien directeur d'études à l'EHESS et chercheur à l'Institut des Amériques. « Avec André Orléan, dans l'ouvrage "La Monnaie entre violence et confiance", il va poser les jalons d'une théorie institutionnaliste de la monnaie qui influencent de nombreux chercheurs aujourd'hui », développe Jean-François Ponsot, professeur des universités à Grenoble. Pour Michel Aglietta, « la monnaie est une institution essentielle à toute société humaine, elle a donc aussi une dimension sociale et politique », ajoute le spécialiste de la pensée keynesienne.