« La confiance est la matière première dans laquelle toutes les catégories de monnaie sont frappées » relève l'universitaire Yuval Noah Harari dans son best-seller « Sapiens ». Qu'il s'agisse du grain d'orge, la première « monnaie » connue de l'histoire, apparue à Sumer autour de 3.000 ans avant Jésus-Christ, des « cauris », les coquillages des sociétés primitives, des dollars ou euros d'aujourd'hui, circulant essentiellement sous la forme d'écritures électroniques, ces instruments servant de monnaie « n'ont de valeur que dans notre imagination commune » et reposent sur une convention collective, « une révolution purement mentale ». L'apparition de la monnaie a libéré les échanges de la condition dite de « double coïncidence des désirs » imposée par le troc et marqué ainsi le passage à l'économie de marché. « La monnaie est le système de confiance mutuelle le plus universel et le plus efficace qui ait jamais été imaginé » estime même l'historien israélien.
La parant de mille vertus, il lui attribue un rôle pacificateur : « la monnaie est l'apogée de la tolérance » affirme-t-il : « grâce à l'argent, même des gens qui ne se connaissent pas et ne se font pas confiance peuvent tout de même coopérer efficacement. » Dès l'Antiquité, Aristote avait défini ses trois fonctions, qui restent d'actualité : unité de compte (permettant d'établir les prix), réserve de valeur et intermédiaire des échanges (moyen de paiement ayant une valeur fiable aux yeux de tous). « La monnaie [nomisma en grec, de nomos la norme] est pour nous une sorte de gage donnant l'assurance que l'échange sera possible si jamais le besoin s'en fait sentir » écrit le philosophe dans « Éthique à Nicomaque ». Une sorte de contrat, de garantie.
La fin de la convertibilité en or de la monnaie (en 1936 pour le franc, en 1971 pour le dollar), a montré ce lien essentiel entre monnaie et confiance de façon plus évidente. Nos économies modernes sont fondées sur la monnaie « fiduciaire » (du latin fides, la confiance), c'est-à-dire émise par une banque centrale, sans valeur intrinsèque ni possibilité de la convertir en un poids fixe en or, et à 90% sous forme scripturale (le reste en pièces et billets). Cette monnaie fiduciaire est « acceptée en échange de biens et de services, car la population fait confiance à la banque centrale en ce qui concerne le maintien de la stabilité de la monnaie sur la durée » explique la Banque centrale européenne (BCE) sur son site.